‹ La ville de DavidChapitre 34 sur 49 · I. — Sa valeur pour La topograpJiie de Jérusalem · texte numérisé non relu

I. — Sa valeur pour La topograpJiie de Jérusalem

Revenus de Bab3'lone (536), les Juifs se hâtèrent de rétablir l'autel des holocaustes et de recommencer les sacrifices prescrits par la loi. L'année suivante ils songèrent à relever les ruines du temple, en vertu d'un firman octroyé par CVrus. Mais les intrigues des Samaritains, exclus de la reconstruction, amenèrent la suspension des travaux jusqu'au règne de Darius. On les reprit alors, à la voix d'Aggée et de Zacharie ; mais bientôt on eut à subir de nouvelles tracasseries et « le pacha d'audelà du lleuve » vint même en personne faire une enc{uète. Enfin le firman de Cyrus fut retrouvé à Ecbatane et le gouvernement de Suse autorisa l'achèvement du temple, suivi de sa dédicace solennelle T)!,") .

Restaient les murs de la ville. Afin de se mettre à l'abri des vexations de leurs voisins, les rapatriés en essayèrent la reconstruction sans autorisation préalable de Suse. D'où nouvelles dénonciations et nouvelles tracasseries, suivies d'un ordre du roi défen-

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dant toute espèce de travaux 1). Et ce décret fut exécuté par les fonctionnaires impériaux avec un zèle tout particulier, « in bracJiio et robore ». Il paraît même qu'ils allèrent jusqu'à brûler les portes et faire des brèches dans les murs (2).

Néb<''mie, en faveur à la cour, apprit par son frère le triste état de ses compatriotes et de la Ville sainte. Dès lors, il n'eut plus qu'une pensée : revenir à Jérusalem, muni de pleins pouvoirs, afin de mettre un terme à ces maux.

Enfin, il obtint du souverain des lettres de recommandation pour ditlérenls fonctionnaires persans, un congé de douze ans et le titre de pacha de Jérusalem. C'était tout ce qu'il voulait. Sans délai il se rendit dans la Ville sainte, et mit la main à l'œuvre que lui assignait la Providence.

Une reconnaissance nocturne lui a révélé l'état des murs. Aussitôt il les divise en divers zones attribuées aux diverses parties de la population. Dans ces chantiers on travaille pendant cinquante-deux jours, en se relayant à des heures fixes, et tenant dans une main la truelle et dans l'autre l'épée. C'est assez dire les difficultés de l'entreprise au milieu de populations hostiles, qui dépitées par ce retour de fortune pour les Juifs, ne cessaient de harceler Néhémie et ses fidèles. Enfin la dédicace solennelle des murs couronne l'd'uvre hardie, au succès de laquelle s'était voué le gouverneur. Celui-ci ne perdait cependant pas de vue la restauration morale de la colonie ; mais son caractère religieux fit bientôt

(1) Estl., IV, 6-26 ; — V, 23.

(2) V. Van Hoonacker, Xouvellt'f^i rtudrn sur la restauration juive après l'exil de Babylone, Paris, 18%, p. 162-16i.

passer au premier plan Esdras « prêtre et scribe versé dans la loi du Seipjneur ». Lactivité de ces deux grands hommes forme la matière des livres d'Ksdras et de Xéhémie, autrefois réunis en un seul ouvrage.

Toute l'œuvre est le produit d'une compilation. A défaut d'autres preuves, les brusques transitions, l'usage intermittent de la première personne, l'insertion de documents araméens au milieu du texte hébreu, suffiraient à l'établir. Les mémoires personnels de Néhémie y occupent une bonne place, et c'est d'eux surtout que nous aurons à nous occuper.

Nous leur sommes redevables de l'intéressante inspection des murs accomplie nuitamment par le nouveau pacha ; à eux se rattache aussi la longue liste des travailleurs emplo3'és à la restauration de l'enceinte et le récit de la consécration des murailles de la ville. L'hagiographe en nous conservant quelque chose des écrits du grand homme, qui rebâtit Jérusalem, nous a fourni une source d'informations d'une incontestable valeur. Tout le monde en conviendra.

Cependant leur interprétation est de nature à soulever maints problèmes. Les vrais mémoires, s'ils ont un cachet d'histoire vécue tout particulier, sont aussi exposés à traiter les choses, qui leur sont familières^ sans se douter de l'ignorance du grand public et de la postérité surtout. Ils révèlent maints détails, mais n'ont que de fugitives allusions à l'histoire générale et aux circonstances supposées connues de tous. C'est surtout le cas pour la topographie : un mot suffit, parce c^ue celui cjui l'écrit et ceux à qui il l'adresse, connaissent les lieux. Aux

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habitants de Jérusalem on n'explique pas où est la mosquée d'Omar, ni où se trouve la porte de JafTa. Mais ce qui est parfaitement clair pour eux risque de devenir parfaitement inintelligible pour ceux qui ne connaissent pas Jérusalem, l^t non seulement les lecteurs, mais avant eux les copistes et plus encore les traducteurs, souvent étrangers au pays, sont exposés à écrire non ce qu'ils lisent, mais ce qu'ils comprennent. La remarque est de saint Jérôme (1). Très souvent même, devant des noms, qui leur paraissent étranges, ils sont exposés à introduire dans leur transcription ou dans leur classement des changements parfaitement arbitraires, qui viendront encore complicj[uer l'imbroglio. Que la divine Providence, tout en préservant les textes sacrés du genre d'erreurs qui les rendrait organes inaptes de la révélation, ne les a cependant pas préservés des conséquences naturelles qu'entraînent les vicissitudes qu'ils ont traversées, depuis longtemps on l'a reconnu dans l'Eglise. Depuis Origène et saint Jérôme la critique textuelle fut en honneur, et aujourd'hui son champ s'ouvre plus vaste que jamais. Transpositions, gloses, lacunes, fautes de transcription ou de traduction, quelquefois très sensibles, il y a de tout cela dans les Livres saints. Textes hébreux, grecs, latins et autres n'en sont point exempts. Aussi nous garderons-nous bien de faire du texte hébreu, par exemple, l'espèce de fétiche qu'en ont fait les théologiens protestants des premiers temps de la Réforme, ou les rabbins de toutes les époques. Mais d'autre part, cependant, nous nous en voudrions

(I) Praef. in Pentat.

d'exagérer à plaisir ce genre de phénomènes, pour proposer des soi-disant corrections inutiles et peutêtre fautives. Le texte lui aussi a ses droits et l'exégète n'est pas autorisé à le changer parce qu'il ne s'accorde pas avec ses opinions.

Il y a plus : s'en tenir à la seule critique textuelle, c'est faire le travail à demi. Non seulement la critique littéraire, qui examine la provenance du morceau, le point de vue de l'auteur, le genre de style employé, a ses droits, mais aussi la critique historique. Il faut s'aider des renseignements fournis par une saine érudition pour suppléer prudemment au silence des textes. Ici des données positives de l'archéologie, par exemple, sont d'un appoint très appréciable, et certes préférables aux théories préconçues et aux suppositions hasardées. Il faut replacer l'Ancien Testament dans la lumière de l'antique Orient et ne pas craindre de faire converger sur tous les points, sur les plus obscurs surtout, tout le faisceau de rayons, qu'une étude patiente et consciencieuse de l'antiquité sémitique a permis de réunir. Du reste, nous l'avons déjà dit, la vérité n'a rien à craindre de la lumière : elle ne peut que la mettre en relief ; le premier devoir de celui qui étudie et communique le fruit de ses études, est la recherche de la vérité, et volontiers il fait sienne la parole de Goethe : Licht, immci^ Licht !

Peut-être ces préambules ont-ils paru un peu l^ien longs. Nous ne les cro3'ons cependant pas inutiles ; car les principes que nous y émettons, nous ont constamment guidés dans notre enquête sur les données du livre de Néhémie.

Mais avant de procéder à l'examen des textes,

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il n'est pas sans intérêt de noter le jugement qu'ont porté sur la question un topographe et un exégète : le R. P. Vincent et le 11. P. Lagrange. Us ont d'autant plus de droit d'être écoutés, qu'ils ont traité la question avec le remarquable talent qu'on leur connaît. Aussi, comme nous l'avons dit déjà, ne saurions-nous mieux nous adresser pour connaître la théorie de Sion à l'Ophel, que tous deux patronnent. C'est ce qui explique la place que nous leur faisons dans ce travail.

Ecoutons d'abord le topographe : « Malgré tant d'apparente précision, écrit le R. P. Vincent, le récit de Néhémie est devenu la base de restaurations les plus divergentes, suivant qu'elles ont pour auteurs des exégètes ou des topographes ; aussi bien il suffit d'aborder la lecture de ces passages pour y rencontrer une obscurité profonde et voir surgir des difficultés inattendues qui relèvent tantôt de la critique, tantôt de l'archéologie et de la connaissance des lieux...

« L'obscurité a des causes multiples. Dans la reconnaissance nocturne, le point de départ est difficile à localiser, plusieurs repères sont mal définis : l'énumération des chantiers cj^ui s'échelonnent sur le pourtour de l'enceinte en reconstruction n'est pas toujours accompagnée des indications nécessaires pour fixer leur place dans la ligne du rempart ; plus d'une fois enfin, le sens même de ces indications nous échappe. Quant aux difficultés elles sont fameuses par le tourment qu'elles ont créé aux interprètes [l), »

(i; Les iintrit de Jérusalem r/'ap^è^■ Néhémie, yotes de critique lejctuelle, Revue biblique, 190i, p. 56-57.

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Le R. P. Vincent, soit comme exégète, soit comme topographe, a dû trouver dans le récit de Néhémie des obscurités d'autant plus profondes, et des difficultés d'autant plus inattendues, que dans son savant article il parait en quête d'arguments pour la théorie de Sion à TOphel. Et dans ce cas, avouons-le. la plus grande partie du récit de Néhémie devient incompréhensible.

Le R. P. Lagrange semble, au contraire, ne pas se douter de ces difficultés. Avec « l'immense majorité des interprètes ». il voit là plus d'un point « parfaitement clair », plus d'une chose « très simple à trouver ». et aboutit par un dernier syllogisme à faire tenir la « ville de David » entre Siloé et la fontaine de la \'ierge « sur l'Ophel ». ^îais il faut citer :

« 11 est du moins parfaitement clair, dit-il, qu'en décrivant l'ordre des travaux pour la construction de la muraille, il Néhémie A"a de l'orient au nord, puis à l'occident, puis au sud pour regagner son point de départ...

« Or en suivant cette direction, on rencontre la porte de la Fontaine, puis les murs de la piscine de Sélah, dans le jardin du roi, que la Vulgate traduit Siloé, avec l'immense majorité des interprètes : ensuite les escaliers qui descendent de la cité de David, la piscine fabriquée, la maison des héros (II Esd. III, 15 et 16i. Au verset suivant on se rapproche du Temple.

« Sion rencontre la cité de David après la fontaine de Siloé, à une époque où la ville comprenait la petite colline dite Ophel 1 , la cité de David était

(1) 11 y avait donc une époque oii la ville, Sion h cité de David, « ne comprenait pas la petite colline dite Ophel. »

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donc sur cette colline orientale ; la piscine fabriquée serait très simple à trouver : ce serait la piscine de Gihon ; et la maison des héros, la citadelle.

(( Doncdihon la piscine fahriquec) étant la fontaine de la Vierge, la cité de David entre Siloé et Gihon se trouvait sur la petite colline du sudest (1). »

En topographie, le R. P. Vincent fait remarquer à l'exégète, par un renversement des rôles, qui montre qu'il est impossible de séparer critique textuelle, critique littéraire et critique historique, que « Sélah est à lire évidemment Silla et désigne le canal amenant primitivement les eaux de Gihon dans la piscine à l'intérieur des murs i2 . » Voilà donc une évidence qui aurait échappé à l'exégète, car « Sélah n'est pas Siloé, mais Silla » ; seulement à sa place nous avons une nouvelle obscurité : piscine, berccah, c^ui veut dire canciL Inutile d'insister.

Les savants professeurs de Notre-Dame de France y ont été encore plus simplement. Le R. P. Germer- Durand attend jusqu'aux Machabées pour établir une première forteresse sur la colline sud-ouest ; ses élèves prolongent l'attente jusqu'à Héiode le Grand, pour y placer la première enceinte. Dès lors la question ne se pose plus et en une phrase tout est tiré au clair. « La cité, du moins dans la partie fortifiée, était située unicjuement sur l'Ophel et le Moriah, et on se ferait à tort une objection du parcours de Néhémie, dont tous les détails s'expliquent

(1) Op. Cit., p. 35.

(2) Op. cit., p. 68.

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parfaitement sans le faire passer par la colline occidentale (J). »

Comme on voit, les textes bibliques acquièrent une élasticité étonnante sous la plume de qui les remue avec hantise d'une opinion peut-être trop dégagée des données objectives de l'archéologie et de l'histoire. Avant donc de nous prononcer dans le débat, interrogeons les fouilles et les témoignages du passé.

//. — Les fouiUcs de M. Bliss.

Nous avons déjà eu l'occasion déparier des fouilles que M. Bliss a pratiquées au sud du mont Sion. Une splendide forteresse, isolée de tout autre mur de défense, occupait un jour le plateau occidental delà colline. Dans la suite des temps, un nouveau rempart partit de la place forte pour descendre, le long du flanc méridional de la colline, au fond de la vallée centrale.

Dans ce mur, à 40 mètres de la première forteresse, l'ingénieur rencontra une porte restaurée à diverses époques. Elle répond en tout point à la porte Sterquiline (2\ indicj[uée par Néhémie à i.(X)0 coudées audessous de la porte de la Vallée (3 . Puis dans la vallée, à l'angle sud-est du mont Sion, il explora une

(1) Lu Palcstinp, p. dS.

(2) i\>/i., II, 13.

(3) .V^'/j., III, 13-1'*. — Josophe l'appelle porte des Esséniens : mais avant d'y arriver, il parle d'un lieu nommé Bethso. Il faut probablement y voir les mois hébreux Bcllt zoalt qui signifient inaii^on on lieu d'immondice. — Nous lisons dans Jérémie, XIX, 2, « Sors à la vallée du fils d'Hinnom, qui est à l'entrée delà porte aux Tessons, charsut. » La porte aux Tessons est appelée porte du Fumier parle Targum.

{!' 17' iv'î)

FilJ. i.). — Kol ll.LKS AU FOND DE LA VALLÉE CK.M HALK.

Eclu-Uo I : 2 500.

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