LE LIVRE DE NÉHÉMIE
seconde porte, déjà connue par les travaux de M. Guthe (1). C'est, de l'aveu de tout le monde, la porte de la Fontaine (2 .
A partir de cette porte, le mur se prolonge dans la direction nord-est à une distance d'environ 50 mètres. Mais arrivé au grand bassin, Birket el Hamra (3), il tourne à angle droit vers le nord-ouest, laissant la piscine de Siloé à droite, en dehors de l'enceinte. L'ingénieur a retracé l'escarpe rocheuse sur une longueur de 180 mètres. Sa plus grande hauteur est de 3 mètres, et en certains endroits elle porte encore des fragments de l'ancienne muraille formée de beaux blocs à bossage. « Que cette ligne continue forme un rempart, dit Al. Bliss, ressort de l'épaisseur du mur c^ui varie de 2'", 40 à 3 mètres, comme cela a été constaté en deux points différents \/k). » Personne, du reste, n'a conçu des doutes à ce sujet (5).
A l'intérieur, une voie pavée court le long de la muraille. M. Bliss, C|ui l'a étudiée jusqu'à une distance de 300 mètres au nord de la porte de la Fontaine, admet, sans hésiter, qu'elle forme le prolongement de la rue découverte par M. Warren en face
(1) Am^grabiiinjrii bci Jrnisalcm, /.. D. P. Y., Leipzig, t. V, 1882.
(2) Neli., II, 1'. ; — III, i:;. — Bcll.Jud., V, iv, 2.
(3) Ccst peul-ôtre là » la piscine du Foulon » d'Eusébe, près de Siloé d'après saint .lorôme. Dans le voisinage d'Haeeldania on ne connaît pas d'autre réservoir.
(i) Op. cit., p. 124.
(o) Le R. P. Séjourné {Les fouilles de Jérusalem, Revue biblique, 1897, p. 303) écrit : « D'abord est-ce un mur?— Oui, certainement dans la partie inférieure, et je pense aussi dans la partie supérieure, bien que l'on n'ait retrouvé que l'escarpe presque partout. C'est un ensemble qui ne fait qu'un : seulement plus tard, cette muraille étant devenue inutile, on aura pris les pierres pour une autre construction, peut être pour l'enceinte Capitolina. »
I i\ LA VILLI': DE I).\V1I>
de l'arcJu' de llobinsou I). Elles sont l'une et l'autre dans la même direction et sur la même lii^ne, et leur construction est identique. Les dalles C|ui en forment le pavement sont de dimensions diiîérentes ; les plus grandes arrivent à 2 mètres de lon^^ueur, 1"'.30 de largeur sur un demi-mètre d'épaisseur. De côté et d'autre la rue est garnie d'une bordure en pierre de O'",!.") de hauteur. Sous la rue circule un canal haut de 2 à 3 mètres et large d'un mètre ; il est en partie taillé dans le roc et en partie maçonné avec de grosses pierres équarries et -couvert de grandes dalles (2 .
Cette voie, au fond de la vallée, offre certaines particularités des plus intéressantes qui méritent toute notre attention. Les deux plans ci-joints, empruntés à ceux de M. Bliss, nous permettront d'être concis dans leur exposé.
Au nord (A, fig. 24i la rue a cS mètres de largeur. A cause de la pente du sol, elle est entrecoupée de seize marches hautes de 0"',1() et espacées l'une de l'autre par un intervalle de 7'", 30.
Un peu plus basiB. la rue s'élargit considérablement et forme une bifurcation. Une nouvelle rue ;C) monte de là vers le nord-ouest dans la direction du Tyropéon qui, d'après Josèphe, « sépare la ville haute de la ville basse et débouche à Siloé. » Elle n*a que 3 mètres de largeur; mais son pavement est de même caractère que celui de la grande voie et, comme
(1) The recoiPiy af Jeriisdlcni. p. 102.
(2) Ce canal est le prolongement de 1 a(|iipduc découvert par M. Warren sous la rue (jui passe devant le Haram et qui, à ce qu'il parait, a clé plus lard utilisé comme égout. — Sous le pavé de la rue qui aboutit à la porte Sterquiline existe un canal semblable.
Il' 1-', 173)
Fifj. ii. ~ KoLii.i.Fs AïKirii i>e la i-iscink hk Sii.mk. Echelle i ■ i.2so.
LE Li\Hi: i»i': Ni':iii';.Mii:: I /.")
lui, limité par une double bordure en pierre 1 .
l^lus loin, toujours vers le midi, l'explorateur eonstata que la bordure occidentale de la voie sinterrompt et se termine à angle arrondi ^Di, ce qui lui fait supposer que de ce point une autre rue latérale remontait les lianes du mont Sion. Elle correspondrait à la rue si intéressante retrouvée dans la propriété des Pères Assomptionistes. Après avoir parlé de la découverte de deux rues qui se dirigent du nord au sud vers THinnom, les professeurs de Notre-Dame de France ajoutent : « Les fouilles ont mis également à jour une rue transversale qui descend en escalier vers l'orient (2), » c'est-à-dire vers Siloé. Qui ne songe immédiatement « aux degrés descendant de la ville de David », dont parle Néhémie ? Mais n'anticipons pas.
La voie est de nouveau entrecoupée par un escalier de huit marches longues de 15 à 17 mètres (E). L'espacement d'un degré à l'autre n'est pas régulier et même quek^ues degrés n'ont qu'une largeur moyenne de 0"',7r) à l'est tandis qu'ils atteignent 1"',20 à l'ouest. D'après M. Bliss, l'escalier était originairement beaucoup plus étroit et tout entier taillé dans le roc au pied du mont Sion ; plus tard, les marches furent allongées vers l'orient et, comme le rocher y fit défaut, on 3^ suppléa par des blocs de pierre posés dans le mortier.
Pourquoi le chemin fut élargi en cet endroit s'explique aisément : Tandis que la rue continue son
(1) L'ingénieur n'a explore cette rue (jue sur une longueur do 16 mètres; mais il a pénétré dans le canal creus»- on dessous jus(|u'à une distance de 46 mètres.
(2) Ut P(ih'.<Uni'. p. Ii2.
176 I.A \ILLK DE DAVID
parcours et s'avance jusqu'à la porte de la Fontaine, une autre branche s'en détache à l'est E F), sort de l'enceinte et descend à la piscine de Siloc, où elle aboutit par un escalier de trente-quatre marches. L'axe de la piscine n'étant pas parallèle avec la ligne de l'escarpe ou du rempart, l'escalier a S'", 10 de largeur au gradin supérieur et H'", HO seulement au gradin inférieur l ».
A l'est de l'escalier, M. Bliss retrouva enfin le quadruple portique c^ui forme la piscine de Siloé et dont parle le Pèlerin de Bordeaux en 333. Celui-ci vient de l'esplanade du temple : « En sortant de Jérusalem, dit-il. pour monter à Sion, on trouve à gauche, au fond de la vallée, près dun mur 2 , la piscine qui est appelée Siloé, avec un c^uadruple portique, et en dehors une autre piscine très grande... Delà on monte à Sion '3;. » Le Pèlerin trouva la piscine de Siloé dans l'état où elle fut laissée après
(1) Une marche étroite de 27 à 48 centimètres alterne régulièrement avec une marche plus large de l^jSO à l'",.'jO ; leur hauteur varie de 10 à 21 centimètres. La succession rogulièrc des marches contraste avec le mancjue de régularité dans leurs dimensions.
{2} Dans l'intéressant travail qui viont de paraître, Ln tjuesdonr del Pretoria ili PiUito, Jérusalem, i'.iOa, son auteur, le chanoine Don .loan Marta, conclut de ces mots « juxta murum », que l'enceinte d'.\clia Capitolina s'étendit vers .Siloé, s'arrôtant à environ cent mètres au nord de la piscine. Nous y voyons plutôt le mur découvert par .M Bliss, cjui laisse la piscine " (/(iiichp, au fond de la vallée, quand on vient «lu nord. Au sud du mur actuel de la ville, qui semble être la ligne à peu près suivie par Adrien, les explorateurs n'ont découvert aucun vestige de mur dans la direction indiquée par le savant chanoine. Ouant à Théodosc qui parle de « stades et de bornes milliaires » {De Terra saiicta, éd. Tobler et Molinier, P»/'/. de l'Or. J<it.. p. 66, 67,68, etc.), il a évidemment suivi les mesures itinéraires romaines, et les chiffres de ses pas ont été mal recopiés.
(3) Itiiierariuni a linrdigahi. Hierusalem tisque, éd. Tobler et Molinier, Publ. de l'Or, lai., Genève, 1879, p. 17.
LE LiNiU'; DE ni';iii':mie 177
la destruction de la ville par les Romains (1), et avec les mêmes dispositions qu'elle eut lorsque Jésus y envoya l'aveugle-né (2). C'est en mémoire de ce miracle que vers le milieu du vi*' siècle les chrétiens élevèrent au nord de la piscine l'église, dont M. Bliss a relevé le plan (3). Mais continuons à noter les vestiges de l'ancienne ville.
A 15 mètres avant d'arriver à la porte de la Fontaine, un égout (H) descend du mont Sion et vient déboucher à angle droit dans le canal établi au fond
(1) Le R. P. Séjourné {Les l'oiiilles à Jérusalem, Reine biblique, 1897, p. 30j) dit: « Il est très vraisemblable qu'il {Adrien) ait placé clans ces parages [de Siloé) les ouvrages mentionnés ci-dessus (deux bains publics), le totranymphon en particulier. » — Sept ans plus tard, le R. P. ("icrmer Durand, parlant des mêmes « thermes » désignés par l'expression Tetranyraplion, dit : u C'est sans nul doute la même construction que le Pèlerin de Hordcaux désignera sous le nom de Quadrijiorlicvs. » iTopagrdphie de Jérusalem, Echos d'Orienl, 11)01, p. 70). La présence de bains publics au nord-ouest de la ville paraît tellement gênante, que « sans nul doute », mais aussi sans nulle prouve archéologiciue ou historique, la piscine de Siloé n'est que l'œnrre d'Adrien ! O les tiiéories... et la critique !...
(-2) Jonn., I\, 7.
(3) C'est une église à trois nefs, de 32 mètres de longueur sur IS de largeur, avec une coupole sur quatre piliers. La nef méridionale s'élève au-dessus de la galerie septentrionale de la piscine, et l'autel est placé sur le canal même. A l'ouest, l'église envahit l'escalier descendant à la piscine, et s'étend jusqu'à l'escarpe. Aussi le narlhex fut-il construit au nord avec 16 marches descendantes conduisant à l'église. Toute l'architecture accuse l'époque de l'empereur .Tustinicn. Vers a30. Théodose parle de la piscine, mais il n'y vit pas d'église. Le pèlerin de Plaisance, dit Antonin (vers 370), est le premier qui y mentionne un monument chrétien. A part le quadruple portiijue et cet édifice sacré, .M. Bliss n'a découvert aucun vestige de construction, soit d'une église plus ancienne, soit de thermes.
Les professeurs de \otre-Danie de France (la Palrsliiie, p. 1711 disent: « D'après les archéologues, l'éditico dont parle saint (.') .\nlonin n'est que la restauration, faite par Juslinien, d'un monument antérieur. » Ce n'est pas exact. D'après les récils des pèlerins, les résultats des découvertes et le jugement des archéologues bien renseignés, il n'y eut jamais d'église à Siloé avant le règne de .lustinicn. Qu'il y ait eu, ensuite, une église plus ancienne tournée vers le nonl est de la pure fantaisie.
178 I.A All.I.l': DE DAVID
de la vallée. Il est tout entier taillé dans le roc et couvert de voûtes, dont les voussoirs sont formés de grosses pierres. Sa hauteur est de 3 mètres et sa largeur de 1"',25.
M, Bliss est d'avis que ce canal est le plus ancien de tous ceux qu'il a rencontrés au fond de la vallée. 11 est arrivé à cette conclusion non pas tant parce que le système de construction rappelle celui de l'aqueduc trouvé par M. Warren près de l'arche de Rohiuson, mais plutôt parce qu'il est manifestement antérieur au canal dans lequel il déi^ouche depuis. Sa voûte, comme l'explorateur l'a constaté, a été taillée à coups de ciseau, lorsqu'on fit passer devant lui le canal qui vient du nord 1 1 1.
Il est à regretter que M. Bliss n'ait pas eu la bonne fortune de constater en quel endroit le rempart traversait la vallée pour se replier sur la •:olline orientale. Il est vrai qu'il n'a guère sondé le sol en dehors de la ligne suivie par la rue. De plus, entre l'extrémité de la voie étudiée et le champ d'exploration de MM. AX'ilson et Warren, s'étend un assez grand terrain encore inexploré.
Un point encore mérite notre attention :
A la bifurcation de la rue, à l'endroit même où cesse le rempart pour livrer passage à la voie qui descend dans la piscine de Siloé, M. Bliss rencontra 'les fondements d'une construction massive formée de deux énormes pans de murs accouplés l. L'un a \ mètres d'épaisseur et occupe en partie la rue ellemême ; l'autre, vers l'est, est établi sur le roc et a une épaisseur de 1) mètres. Cette construction ne
[\] Op. cil., p. 138.
LIi l.lVRp; DK NlÔllKMirC 179
paraît pas être ancienne. « Mais il est possible, dit M. i31iss, que cette maç:onnerie occupe la place d'une ancienne porte, par laquelle l'embranchement descendit de la rue principale à la piscine I . » Il fallait en effet, de toute nécessité, qu'à l'endroit où une rue sortit de la ville, le rempart fût interrompu et remplacé par une porto.
En résumé, l'enceinte méridionale qui descendait du mont Sion à la porte de la Fontaine, se repliait vers le nord avant d'arriver au grand bassin, et continuait dans la même direction à une distance qui n'a pas été déterminée, mais qui ne peut être inférieure à IGO mètres. Ce mur, personne n'en doute, exxluait de la ville la piscine de Siloé.
Les lianes du mont Sion sont couverts de nombreuses demeures taillées dans le roc ou ménagées dans les grottes ; elles sont l'œuvre des habitants primitifs. Mais les nombreux canaux et les rues latérales qui descendent de la colline, comme d'autres travaux que le célèbre explorateur a relevés, témoignent qu'à une époque bien antérieure à Hérode le Grand, le mont Sion était occupé par une population très dense.
Pour beaucoup la déception fut grande, lorsqu'on termina l'exploration de la belle rue à 300 mètres de la porte de la Fontaine, sans avoir retrouvé, malgré les soins qu'on y mit, ni trace de canal, ni vestige de rue latérale, ni aucune autre commu-
1) Op. cil., p. li.s. — Le R. P. Si^journé (o/). cit., p. 299 et 30i) dit à son tour : '■ A la fin de cette dcuxièmo partie, la marche régulière du mur est interrompue par un énorme blocage... Cette voie si belle pouvait aussi avoir à franchir une porte, avec tours de défense, dont ce blocage serait le soubassement. C'est une hypothèse (jue nous croyons pouvoir proposer. »
nication directe avec la colline orientale, le fameux Ophel i .
Avant de confronter les vestiges de l'ancienne enceinte de la ville avec le récit de Néhémie, il nous reste à examiner les anciens travaux découverts par M. Bliss entre la porte de la Fontaine et l'extrémité méridionale de l'Ophel. Le lecteur pourra juger si, contrairement à l'histoire, la piscine de Siloé se trouva jamais dans l'intérieur de la ville.
///. — La piscine de SiLoe construite en dchcjrs de
A une époque difficile à préciser, on construisit un mur depuis l'angle sud-est du rempart cjui contournait le mont Sion, juscju'à la pointe méridionale de l'Ophel. Entre ce mur et la piscine de Siloé située
(1) Le R. P. Séjourné, après avoir parlé « de la belle rue » qui aboutit « à la porte de la Fontaine » à l'angle sud-est du mont Sion ou u colline occidentale » (Drrnièref! uouvelles à Jérusalon. R. B., 1896, p. 637i, écrit par exemple : d L'égout principiil pénètre sous une voie pavée à degrés, pratiquée à l'est du fond de la xallée, sur la collinG orieutalr ou Ophel. n {Les fouillera Jérusalem, p. 301). Pour une distraction elle est forte. La hantise de Sion à l'Ophel y est- elle étrangère? nue le lecteur en juge par le rapport suivant : n Ce.-^ marches taillées dans le roc {au pied du uiont Sio)i), écrit-il à la page 304, très polies, très usées déjà, lorsque, au temps des Romains, on a refait et élargi l'escalier, devaient exister longtemps avant les Romains. Seulement l'escalier se terminait srt»s doute plus tôt, donnait accès à des rues diverses allant les unes vers le nord, Jos autres a l'est sur In gauche à la cité de David. » Ceci est de la haute fantaisie introduite dans un problème fort po.sitif. En réalité, rien ne justifie ces hypothèses : car la rue principale vient du nord et aboutit à la porte de la Fontaine au sud-est du mont Sion. Les rues latérales et les canaux montent à l'ouest et aucun ne prend la direction de Vest. Tout le rapport se ressent de la même préoccupation. C'est regrettable !
LP; MVRTÏ I)K NHIIKMIE 181
à 100 mètres plus au nord, existe un vaste bassin ménaf;é au fond de la vallée pour recueillir les eaux de pluie et le trop-plein de la piscine de Siloé (1). Le gros mur qui traverse la vallée n'entra jamais dans le système de défense de la ville; il n'est qu'une simple digue, un barrage, pour retenir les eaux de l'immense réservoir autrefois très profond.
Ce mur, dit M. Bliss, a 71 mètres de longueur et son fondement a 6 mètres de largeur en moyenne. Sur cette base on éleva un mur d'une épaisseur de 2"', 10 a 2'", 00, muni à l'extérieur de sept gros pilastres en guise de contreforts. Chaque pilastre mesure 5'", 40 de largeur excepté celui qui bute contre la paroi rocheuse de la colline orientale, dont la dimension est à peu près deux fois plus grande. Les pilastres et le mur s'élèvent au-dessus des fondements jusqu'à une hauteur maxima de 7 mètres. Ils furent construits en même temps, avec de belles pierres à bossage, mais d'un caractère différent de celles du rempart voisin.
Cette construction a passé par bien des vicissitudes. N'ayant pas été assez robuste pour résister à la pression de l'eau du bassin, on l'a renforcée une première fois en remplissant les espaces restés vides entre les contreforts, par une maçonnerie en pierres à peine équarries. « Une troisième période de construction, dit M. Bliss, est indiquée par un grossier mur de soutènement qui devint nécessaire parce que sous la poussée de l'eau du réservoir le mur fit une
(1) La fontaine de la Vierge n'étant pas d'un débit bien considérable, une provision d'eau devint nécessaire pour arroser le jardin du Roi pendant les mois de sécheresse. Aujourd'hui les Arabes se servent de celle que leur amènent les égouts.
panse (1). » Il constata d'autres réparations moins importantes, toujours exigées par les mêmes besoins. Il observa de plus, raconte-t-il, que les pierres sont couvertes d'une croûte de carbonate de chaux produite par l'action de l'eau « qui filtrait à travers les murs ou qui déversait par-dessus les bords 2). »
Malgré tous les mo\^ens employés pour renforcer la digue, elle ne résistait que faiblement à la masse d'eau qui dans ce lit torrentiel s'accumulait contre sa paroi pendant les pluies d'hiver. Finalement, pour sauver le mur, on recula le réservoir vers le nord, et à lô mètres du barrage, on éleva un nouveau mur que M. Bliss indique en noir sur son plan, comme construction moderne. Ce dernier travail remonte probablement à l'époque de l'impératrice Eudoxie. Depuis ce temps-là, la vallée centrale se trouvait barrée par une chaussée de 2'i mètres de largeur en moyenne.
Voilà donc un mur situé au fond dune vallée, à l'endroit le plus bas de toute la ville et le plus accessible à l'ennemi. Il offre un point saillant que ne pouvaient protéger ni le mur de droite, ni celui de gauche si jamais il en existait un) ; car ils s'en écartent dans une direction opposée. De toutes les enceintes de la ville, ce mur seul est bâti avec un .SA^stème de contreforts absolument inusité dans toute autre construction militaire. Aux premiers coups de bélier, les pilastres devaient s'ébrécher et facilitera l'ennemi l'assaut de la ville. Oui peut sérieusement y voir un rempart.' Comment expliquerait-on dans
(1) 0]). cit., p. 97. — Sur le plan do l'cxploratoiir, ce mur ost marque avec une courbe bien accentuée, produite par la poussée des eaux. [•2] 0]i. rit., p. llj.
l.K I.n'KI': DK Nl';iIKMIK IS.'{
ce cas, pourquoi l'ennemi pénétra toujours dans la la ville parle nord, sans même essayer de l'envahir par le sud? Puis, quand un rempart de ville fait panse et menace de s'écrouler, se contente-t-on de le consolider avec des murs de soutènement en blocage ?
Si au contraire on veut bien voir dans ce tnivail une digue, un barrage, comme celui du Birket Israïl jeté à travers le vallon du nord-est du temple, ou mieux encore, celui du 13irket es Sultan qui traverse l'Hinnom, alors tout s'explique aisément, et le système de sa construction et le genre de ses restaurations successives.
Quant à M. Bliss, il avoue que plus d'un se refuse à voir dans le mur à contreforts une ancienne enceinte de ville. Mais partisan de la théorie qui met la K cité de David » à l'Ophel, il lui en coûte de leur faire cette concession ruineuse pour sa thèse (l). Ne trouvant cependant aucun argument archéologique à leur opposer, il insinue que l'aqueduc de Siloé pourrait bien être le canal d'Ezéchias, et que pareil travail n'a pas été fait pour conduire l'eau hors de la ville. Du coup le mur à 2^ii<^'^ff^(^'^ devient un rempart (2). Vraiment une raison technique, empruntée
(1) C'est M. Bliss lui-même qui avoue son faible. 11 raconte que lorsqu'il entreprit SOS fouilles, le général sir Ciiarles Wilson lui écrivit : « En commençant, vous ne devez suivre aucune théorie préconçue. » {Les /'o(/<//c.s' (le Jérusalrni, Urnie biblique. i896, p. 2t2). — Le conseil était sage, et l'on doit regretter que le célèbre explorateur commença ses fouilles avec la ronrictinii que la Sion des .lébuséens se trouvait à l'Ophel.
(2) « Quehiucs personnes, dit M. Bliss, ne pensent pas que ce premier mur (o coiilreforls) ait renfermé la piscino (de Siloe . Mais je ne crois pas qu'on ail pu faire un si grand ouvrage ([ue l'aqueduc, simplement pour amener l'eau hors de la ville. Je crois au contraire que le mur et l'aqueduc ont été faits pour avoir l'eau dans la ville. On aurait peut-être ainsi la ligne d'Kzéchias. » \Id., Ibid., p. ±i'6.)
à la construction du mur, eût mieux servi sa cause que l'évocation d'Ezëchias en cette alTaire. Nous avons dit plus haut pour quel motif l'aqueduc existait avant lui, et en quel point de la ville se déplo^'a son activité.
A l'est du mur à contreforts, sur la pente méridionale de rOphel, l'explorateur n'a retrouvé aucune trace de rempart, aucun vestige d'escarpe qui permette d'y supposer l'existence d'un ancien mur. A 3 mètres de la digue, il rencontra une construction deux ou trois fois restaurée et composée de murs dun mètre et d'un mètre et demi d'épaisseur, qui, d'après l'ingénieur, sont contemporains du nouveau mur de barrage (1).
Pour ce qui est des fameux degrés » qui descendent de la ville de David, il confesse n'en avoir rien trouvé sur la pente de la colline orientale. Mais près du mur b\zantin du grand réservoir, il découvrit cinq marches placées dans le mortier ; il en marque trois sur son plan et écrit : « Elles occupent la place où l'on peut raisonnablement chercher les degrés qui descendent de la ville de David ,2). »
^1) Les traces de l'enceinte à l'Ophel furent découverles à 400 mètres au midi du Haram ; mais depuis cotte li^'ne jusqu'à la pointe on n'en a pas retrouvé d autres vestifres.
(2j Op. cit., p 177. — Dans son jilan de Jenisaletii <tu lemp.^ de Néhémie ,'Z. D. P. F., t. XVII, 1894, p. 1), .M. Schick traça un escalier de 'lO à oO mètres de longueur an sud-est de l'Ophel, pour représenter les degrés qui « descendent de la ville de David. » Mais il avait composé son plan avant que M. Bliss n'eût entrepris ses fouilles. Son dessin n'a donc aucune valeur objective. II avait longtemps placé la porte de la Fontaine à la pointe de l'Ophel ; il corrigea toutefois son erreur après les fouilles de M. Guthe.
L'année dernière, le R. P. Vincent marqua sur son « Enceinte de Xéhémie » [Renie biblique, IflO'», p. 59) un escalier de neuf « degrés » larges d'environ :iO mètres, montant la pente méridionale de l'Ophel, mais sur un
LE LIVRE MF Xiai HMIK 1 S.")
Après cela, nous croyons pouvoir conclure des fouilles faites au sud de la ville que la piscine de Siloé était hors des murs, puisque le rempart retrouvé le côtoie à l'occident, sans qu'une trace de mur d'enceinte n'ait été relevée au midi ou à l'orient du célèbre bassin.
Passons à l'histoire.
Quelle que soit la sévérité avec laquelle les partisans de rOphel traitent l'œuvre de Josèphe, ils ne nient pas c|u'il connaissait le cours du mur méridional de Jérusalem. Ce cjuartier lui était familier.
Lorsque, ensuite, il décrit ce mur sous les veux des conquérants de la malheureuse ville, il ne put en faire qu'un tracé conforme à la vérité. Or, tout comme Néhémie, Josèphe trace ce mur à partir de l'angle nord-ouest du niontSion. Au lieu de la porte de la Vallée, qui correspond à la porte de Gennath, il prend comme point de repère la tour Hippicus, fait passer le mur par Bethso. lieu des Ordures, à la porte des Esséniens, porte Sterquiline. <( Ensuite, continue l'historien juif, vers le sud, il retournait au-dessus de la fontaine de Siloé, fléchissait vers l'orient, s'inclinait vers la piscine de Salomon, atteignait un lieu nommé Ophla et finissait par se joindre au portique oriental du temple (1^ »
On voit immédiatement que le mur décrit par Josèphe est celui que M. Bliss a exploré entre la
point dliïrrent de colui de M. Bliss. On le voit, le champ des hypothèses est vaste et le papier indulgent. Aussi le R. Père nous permetla-t-il de chercher ailleurs l'escalier que les ouvriers de Xèhémie rencontrèrent avant d'arriver k à la piscine construite », et de nous en tenir aux résultats positifs des fouilles, puis(iuc pour le moment nous faisons de la topographie.
{Ij Bell.jiid., V, IV, 2.
J8() LA VII, I.K ni-: DAVID
piscine de Siloé et le mont Sion. 11 passait de la colline occidentale à la colline orientale au-dessus de la piscine qui resta ainsi exclue de la ville.
Aussi dans sa harangue aux J uifs, pendant le siège de la Aille, Josèphe dit-il formellement que la piscine de Siloé restait au dehors de Jérusalem. " Les fontaines coulent maintenant avec abondance à l'avantage de Titus, tandis que auparavant elles étaient taries. Vous savez, en effet, qu'avant son arrivée, Siloé et toutes les fontaines situées hors de la ville manquèrent tellement d'eau, qu'on l'acheta par seaux. Pour vos ennemis, au contraire, elles sont si abondantes, qu'elles ne suffisent pas seulement pour eux et pour leurs bètes de sonime, mais encore pour les jardins l. »
Dès lors, la plupart des topographes, comme MM. Williams, Schuitz, Krafft, Fergusson. Thrupp, Lewin, Sepp, de Vogué, de Saulc\% Menke, Tobler et d'autres, y compris Caspari et von Altew. font-ils passer le mur de l'ancienne ville au nord de la fontaine de Siloé (2). Ce dernier écrit même à ce sujet : « Il est manifeste que le cortège, le jour de la dédicace, n'est pas descendu dans la vallée à la piscine de Siloé. Ce point si important a été souvent méconnu. Du reste, au-dessous de Siloé il n'}- avait pas de rempart à consacrer S». »
Au vi"" siècle seulement, le Pèlerin de Plaisance nous apprend que « la fontaine de Siloé est à présent -enfermée dans la ville, parce que l'impératrice
H)Ben.jii<l., \\ IX, 4.
(i) V. Zitnmcrmann, Re^laurirte Shidtplane drg allrti Jpnisalcm.
{3) Die Vand.sladt, /.. J). P. Y., Leipzig, t. III, 1880, p. IGo.
Il' i.ivRf-: i)i<: ni';iii';mii-: 187
Eudoxie ajouta de nouveaux murs à la cité (l.. » Quoiqu'il ne soit peut-être pas question dans cette relation que du nouveau mur de la di<Tue, le témoignaj;e du pèlerin italien fait peur à M. Bliss. et le 11. P. Vincent, qui résume sa conférence, écrit : « 11 faudrait toutefois se garder, pense le savant archéologue, de voir dans le récit de ce pèlerin la négation absolue de l'existence antérieure de la piscine à l'abri des fortifications à l'intérieur de la ville 2 . » Mais, M. Bliss n'avoue-t-il pas lui-même qu'à l'époque d'Hérode le mur passait au nord de la piscine, qui restait ainsi exclue de l'enceinte (3i ? N'estce pas lui-même qui fait cette judicieuse remarque: « Sur la carte de Madaba la mosaïque est cassée à l'endroit où devait se trouver Siloé ; mais au sud du Cénacle, le mur tourne vers le nord-est, ce qu'il ne ferait pas. si la piscine de Siloé avait été enfermée dans l'intérieur de la ville (4). »
Aussi faut-il admirer le courage du R. P. Vincent plutôt que son sens historique lorsqu'il écrit : « Le deuxième mur H I , celui découvert par M. Jiliss oitrc Ici piscine de Siloé et le mont Sion, correspond selon Josèphe à la ligne d'Hérode. qui peut-être n'aurait pas cru nécessaire de renfermer la piscine dans la ville, la raison qui existait pour Ezéchias d'en agir de la sorte, n'existait plus pour lui 5-. »
Vraiment la conjecture est peu heureuse : Une piscine qui gêne Hérode à tel point qu'il démolit un
(1) De locis Sfinctig, éd. Toblcr cl Molinier, l'iibl. de l'(>r. htl., p. 105.
(2) Op. cil., p. 2'ij.
(3) Op. cit., p. 33o. — Sur lo plan de la ville à l'époiiuc hcrodienne, M. Bliss marque nettement la piscine de Siloé en dehors do 1 enceinte.
(4) Op. cit., p. 318.
(5) Op. cit., p. 2'io.
ancien rempart et en construit un nouveau pour le seul plaisir de l'exclure de la ville ! D'ailleurs, on connaît les travaux exécutés par l'Iduméen à Jérusalem. Il restaura et agrandit le temple, bâtit la forteresse Antonia et le château à l'angle nord-ouest du mont Sion ; mais il n'a ni élargi ni diminué l'enceinte de la ville, et rien ne permet de supposer qu'il ait modifié le cours de la muraille méridionale. Il laissa celle-ci telle qu'il l'avait trouvée, et telle que l'avait déjà parcourue Néhémie.
Enfin, la position prise par le II. P. Vincent menace de l'acculer à la théorie extrême des professeurs de Notre-Dame de France, théorie qui ne rattache le mont Sion actuel à la ville de Jérusalem qu'au temps d'Hérode. Parmi les théories divergentes, elle est certes « celle dont la preuve serait la plus hasardée et la plus difficile à faire 'li. »
Ce serait le cas de dire, que les raisons peu satisfaisantes, avancées en sens contraire, confirment à leur manière les données de l'archéologie et de l'histoire qui mettent la piscine de Siloé hors des murs de l'ancienne ville.
Il y a donc loin de faire de la fontaine de la Vierge le Gihon supérieur dont Ezéchias amena les eaux dans Vintéricur de la ville, et de la piscine de Siloé le bassin que le même roi construisit entre deux rem])arts.
(1) Hevue biblùiuc, lilOi, Uttlletin, p. i",).
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