IV. — La restaurai ion des )uurs
Lors de son inspection nocturne, Néhémie, arrivé à la porte de la Fontaine, retourna vers le nord par la vallée centrale, comme nous l'avons déjà vu.
Son énumération des travaux exécutés pour restaurer les murs de Jérusalem, fournit aux études topographiques des renseignements nombreux et importants. Examinons donc la série des chantiers organisés entre la porte de la Fontaine et l'Ophel (1), et voA^ons si le livre de Néhémie concorde avec les données de l'histoire et de l'archéologie.
Après avoir dit que Melchias rebâtit la porte Sterquiline, l'écrivain sacré continue : « Et Sellum... bâtit (2) la porte de la Fontaine... et fit les murs de la piscine de Sélah, dans le jardin du roi, jusqu'aux degrés qui descendent de la ville de David. Après lui, Néhémias... bâtit jusque vis-à-vis le sépulcre de David, et jusqu'à la piscine construite (3), et jusqu'à la maison des Forts (4). »
(1) Voici la distribution des travaux à partir de ran;;,'le nord-est de la ville : Eliasilj et les prêtres liAlirent la porte des Brebis et le mur jusqu'à la tour Hananéel. Puis viennent les hommes de Jéricho, Zakour, les lils d'Hasnaa qui bAtirenl la porte des Poissons, Sadoq, les Téquitcs, Joîada et MesouUam (|ui construisirent la porte du quartier neuf, ou la nouvelle porte d'Ephraïm. Puis viennent les gens de Gabaon et de .Maspha, Ananias, Rcphala, Jedaïa, llallus, Malkia (jui bàlit la tour des Fours, et Salloum. Hanoum et les habitants de Zanoé bAtirent la porte de la Vallée et le mur jusiiu'à la porte Sterquiline. [^e/i., 111. l-lo;. — Au mont Sion protégé à l'ouest et au sud par des précipices, le mur .-^'niblo n'avoir guère soufTert pendant le siège de la ville par les Chaldéens.
(2) Dans le texte le mot bâtir signitie retitaurcr.
(3) En hébreu haafisouidh, littéralement le faite. Ce mot indique que la piscine avait été construite de main d'Iiomme.
lîK) LA VILLE DE DAVID
« Sc'lah, dit le H. P. Vincent, est à lire évidemment Sillet et désigne le canal amenant primitivement les eaux de Gihon dans la piscine à l'intérieur des murs (11. » Et c'est tout. Brcvis esse laboi^o... Cependant, que de conjectures hardies dans cette phrase! Il est 1" si peu évident que Sélah est à lire Silla, que le R. P. Lagrange trouve qu'il faut éi'ide))iment lire Siloé, et le docte professeur appuie son sentiment sur « la Vulgate qui traduit Siloé avec l'immense majorité des interprètes 2). » 2" Le mot Silla figure une seule fois dans la Bible : « Ils frappèrent Joas dans la maison de Millo, à la descente de Silla (3). )» Rien n'indique C|ue cette descente soit un canal primitif, encore moins un canal creusé dans la vallée de Cédron. 3" Le texte original et loutes les versions, sauf la Vulgate, ne parlent pas d'un canal de Sélah, mais d'une piscine de Sélah. 'ii" Que le canal qui primitivement conduisait les eaux d'A'ïn Rogel au sud de la colline orientale ait jamais porté le nom de Silla est une assertion purement gratuite. 5° Que ces eaux aient été amenées à rinterieur des }nurs est une affirmation démentie par les fouilles de M. Bliss et par l'historien juif.
Et maintenant au fait. Les Septante et les anciens rabbins, avons-nous dit plus haut ('li, distinguent la piscine de Sélah de la piscine de Siloé. Sélah semble se rattacher à la piscine coiistimite qui figure sans nom propre au nord de la seconde. Néhémie cependant a en \ue un réservoir situé plus bas, « dans le
(1) Op. cit., p. r.8.
(2; Op. Cîl.. p. :j;5.
(3) IV m Reg., MI, 20.
(i) Voir cil. 1, 55 I.
LE Li\iu: dp; ni':iii':.miI': 191
jardin du Hoi. » Est-ce la piscine de Siloé? Est-ce le vaste bassin formé par la dii^ue? C'est bien difficile à dire, mais c'est là ce qui, à notre avis, aura dérouté le copiste. Par la confusion des piscines et la similitude des noms, « Sélah de la toison du roi » des Septante (l) devint « Sélah du jardin du roi, » puis Siloé.
Si la piscine de Sélah était soit le Birket el llamra, soit la piscine de Siloé, il ne s'en suivrait nullement que la « ville de David et le sépulcre royal », cités immédiatement après, se trouvent sur la colline orientale. La simple lecture du texte interdit absolument une telle interprétation.
Depuis les degrés qui « descendent de la cité de David », jusqu'au quartier habité par les Nathinéens, à l'Ophel, le travail de restauration est réparti en douze sections, et fut accompli par autant de corporations placées chacune sous un chef spécial.
Les cinq premiers groupes d'ouvriers travaillent au fond de la vallée ; les sept autres « sur la montagne », c'est-à-dire, la colline orientale (2).
Néhémias bâtit jusqu'en face du sépulcre de David et jusqu'à la piscine construite près de la maison des Forts. Après lui bâtirent les lévites; puis Hasébias, ensuite Bavai. La partie de mur relevée par ces chefs n'est pas spécifiée ; mais la section suivante se rapproche de la colline orientale : <( Azer... bâtit la section vis-à-vis la montée de l'an-ile très fort 3). »
(1) I.cs Scplanlc rendent Sélah par jiriiif.i\ u la piscine des Peaux à la toison (lu roi. »
i^i] Une huitième corporation aclu-ve la réparation du rempart jusqu'au mur méridional du temple.
(3' On n'a j'as pu déterminer jusiiu'oii s'ctendait l'enceinte au nord de
Dès lors, nous trouvons les ouvriers sur la colline elle-même, qu'ils contournent. « Après lui Baruch. fils de Zachaï, bâtit sur la montagne (li, une seconde partie, depuis l'angle jusqu'à la porte de la maison du grand prêtre Eliasib. » Puis viennent Mérimoth, les prêtres et les hommes des campagnes de Jéricho, Benjamin avec Hassub et Azaria. Ces quatre sections ne sont indiquées que par les noms des propriétaires des maisons voisines. « Après lui Bennui, fils d'Henadad, bâtit une autre section depuis la maison d' Azaria jusqu'au tournant et jusqu'à l'angle. Phalel, fils d'Ozi, bâtit vis-à-vis le tournant et la tour qui s'élève près du palais royal, et qui est dans la cour de la prison. Après lui Phadaïa, fils de Pharos, i^et les Nathinéens habitaient dans Opher, jusqu'à la porte des Eaux à l'orient et à la tour en saillie. Après eux les Téquites bâtirent une autre section depuis la grande tour en saillie jusqu'au mur du temple (2;. »
Venons-en à l'application.
D'après la théorie qui place Sion à l'Ophel, les ouvriers seraient arrivés de la porte de la Fontaine directement à la pointe de la colline orientale, <» aux degrés qui descendent de la ville de David ». Néhémias répare le mur, qui couronne le précipice, u jusqu'en face du sépulcre de David » et arrive
la piscine de Siloé, ni, par conséquent, la lon<ïueur du rempart restauré par ces quatre corporations. Il semble néanmoins (lue le travail de réparation fut considérable, soit que le mur ait été fortement endommagé ou, ce qui est plus vraisemblable, parce qu'il a fallu l'exhausser à cause des décombres qui s'étaient accumulés au fond de la vallée.
(1) Le mot hébreu hehhcrah n'a aucun sens. Berlheau, Schultz et Clair [Esdras et Séhrmie) veulent que la véritable leçon soit haharah. sur la mnnlagne. La Vulgale, en elTet, traduit ce mot par in monte.
(2) A'e/(., III, 16-27.