LE LIVRE DE NÉIIÉMIE
ce même ordre que des fouilles récentes en ont retrouvé les vestiges.
Mais alors, lexégètc, comme le topographe, est inévitablement amené à voir Sion, « la ville de David », sur la colline occidentale.
Plusieurs savants ont donc cru devoir chercher sur rOphel la primitive ■.<■ cité de David ». La Bible, selon eux, conduisait à cette conclusion. Un texte surtout paraissait décisif : Ezéchias, afin de soustraire l'eau à l'ennemi et d'approvisionner la ville menacée d'un siège, capta les sources de Gihon supérieur et les introduisit à l'occident de la ville de David.
La position de Gihon détermine ainsi celle de la « ville de David ». Or du moment qu'on met Gihon à la fontaine de la Vierge, qu'on identifie le canal souterrain, qui conduit les eaux de cette fontaine à la piscine de Siloé, avec l'aqueduc creusé par Ezéchias, on est fatalement amené à mettre la « ville de David » sur l'Ophel.
Ces déductions sont fort contestables.
Tout d'abord, au temps d'Ezéchias, la Bible l'assure, il y avait de nombreuses sources dans les environs de Jérusalem. D'où les arguments basés sur cette considération, qu'aujourd'hui la fontaine de la Vierge est u la seule source d'eau vive qui soit à Jérusalem », ne sont pas concluants. Ezéchias pouvait diriger son activité d'un autre côté.
Quant au tunnel qui perce l'Ophel, il ne peut pas passer pour l'œuvre d'Ezéchias. Avant le règne de ce roi, Isaïe parlait déjà des « eaux de Siloé, qui coulent doucement », paroles qui trouvent leur véritable application dans l'aqueduc souterrain, amenant
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dans la piscine de Siloé l'eau de la fontaine de la Vierge. De plus ce canal présente dans sa construction une œuvre entreprise à loisirs et sans aucun but stratégique : il est étroit et ne permet guère le travail simultané déplus de deux ouvriers; il exploite une source dont une armée ennemie ne pouvait tirer profit, étant donné son faible débit et sa situation dans une caverne, sous les remparts. Au contraire, l'œuvre d'Ezéchias fut l'œuvre de la multitude empressée, et visait à soustraire à l'ennemi un avantage important. Enfin, la piscine de Siloé hors des murs au temps de Josèphe, était également hors des murs au temps de Néhémie, et celui-ci ne fit que relever l'enceinte des anciens rois de Juda. En aucune manière donc le canal de Siloé et sa piscine n'apparaissent comme l'œuvre entreprise par Ezéchias pour amener l'eau dans l'intérieur de la ville. L'inscription qu'on y a retrouvée, à en croire les épigraphistes, ferait penser même aux premiers temps de la monarchie. Mais si le canal de Siloé n'est pas le canal creusé par Ezéchias, la fontaine de la Vierge n'est pas non plus le Gihon supérieur.
La fontaine de la vallée de Cédron est j)lutôt l'Aïn- Rogel de la Bible. L'ancienne tradition est d'autant plus receval^le que des indices assez significatifs la confirment : espions de David, dans la cachette de la caverne, à la source d'Aïn-Rogel la fontaine de l'Espion); — limite naturelle de Juda et de Benjamin, débouchant à Aïn-Rogel (fontaine remarquable par son intermittencei, — présence de foulons dans les environs d'Aïn-Rogel (fontaine du Foulon i.
L'identification surtout paraît mise hors de doute par la survivance de noms, si tenace en Orient.
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I^ncore aujourd'hui le banc de nicher qui fait face à la fontaine s'appelle /ehwèlé; or, d'après la Bible, le Zohéleth était près d'Aïn-Roj^el. La plupart des savants, du reste, reconnaissent dans la fontaine de la N'^ierge l'Aïn-Rogel biblique. Nouvelle raison pour ne pas y voir le Gihon d'Ezéchias.
A son tour, le récit inspiré du sacre de Salomon force à chercher le (iihon dans une direction complètement opposée. Adonias et ses partisans se trouvent au rocher de Zohéleth, près d'Aïn-Ro<çel, lorsc^ue Salomon se trouve au Gihon. Le fils de Bethsabée devait être sacré à l'insu de son compétiteur et avant que celui-ci n'eût fait son apparition dans Jérusalem ; sinon, c'était une nouvelle édition de la révolte d'Absalon et la guerre civile, tout à l'avantage de l'audacieux jeune homme. En réalité, Adonias n'a vent de la chose cju'après le fait accompli. La ville en fête, au retour du cortège, éveille son attention ; mais il ne peut deviner la cause de la fantasia ; il espère encore recueillir une bonne nouvelle, cjuand on lui annonce comment tous ses plans échouent : Salomon est en possession du trône ! — Adonias et Salomon avaient une suite nombreuse. Impossible de localiser ce récit en deux actes simultanés et indépendants dans une même vallée étroite, à 500 mètres de distance à peine. Tous les anciens l'ont compris. Si donc l'Aïn-Rogel, où se trouve Adonias, est à l'est de la ville, le Gihon, où se trouve Salomon, doit être dans une autre vallée, soit à l'ouest de la cité.
Or le Gihon de Salomon est identic^ue au Gihon supérieur d'Ezéchias ; tout le monde l'admet. Donc le Gihon d'Ezéchias doit se chercher à l'occident de la
ville. Et de fait, tout ce que nous savons de ce côté de Jérusalem explique très bien les travaux du pieux monarque.
C'est d'abord le Birket Mamillah, grande piscine à l'ouest de la ville. Sa position près de la ligne de faite des eaux et à une distance assez considérable de Jérusalem, empêche d'y A'oir un vulgaire réservoir pour l'eau de pluie, comme le Birket es Sultan. Et de fait, la présence de sources dans les environs est attestée. Ensuite les nombreux travaux h3^drauliques découverts dans le ra\'on de la piscine, et aboutissant, soit à la tour de David, soit à la piscine traditionnelle d'Ezéchias, soit même au Birket el Burak sous le mur du Haram es Schérif, confirment le dire des historiens sur les aqueducs de cette région.
Enfin le « champ du Foulon », situé selon la Bible à l'extrémité du « canal de la piscine supérieure », c'est-à-dire, selon nous, autour du Birket Mamillah, se recommande comme une excellente base d'opération pour une armée assiégeante. C'est la ligne qu'occupent Romains et Croisés, c'est l'endroit où Achaz et Ezéchias s'attendent à voir déboucher l'ennemi ; le lieu choisi pour la démonstration militaire des envoyés de Sennachérib.
A l'exemple d'archéologues et d'exégètes de nom, d'accord avec les anciens, nous localisons en cet endroit le Gihon supérieur, dont Ezéchias boucha les sources et capta les eaux pour les introduire dans la ville.
<c A l'occident de la ville de David », rendu dans un autre endroit par l'expression « dans sa ville », c'est-à-dire d'Ezéchias, ou bien encore « au milieu de
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la ville », reçoit ainsi une explication très satisfaisante. Qu'on prenne la « Avilie de David » au sens strict, le Gihon est au nord-ouest du mont Sion et la piscine d'Ezéchias sur la même ligne. Qu'on prenne la « ville de David » au sens large, comme on est obligé de le faire dans bien d'autres cas, c'est à l'ouest de son enceinte c|ue se trouvent emmagasinées les eaux soustraites à l'ennemi. Qu'on prenne la « ville d'Ezéchias » pour cetfe partie qu'il entoura de murs, alors, appuA'é sur les découvertes modernes, on retracera le mura l'ouest de la piscine traditionnelle d'Ezéchias, puis vers le nord et enfin vers l'est, englobant ainsi le fameux bassin, tout en excluant le Golgotha.
Le mur restauré par Manassès, pour autant que l'état du texte permet de le conjecturer sans exégèse arbitraire, n'est autre que le mur construit par Ezéchias. La vallée dont il est fait mention dans ce passage obscur, paraît être la vallée centrale, laquelle, à l'analogie des autres particularités topographiques de l'intérieur de la cité, n'eut dans l'antic^uité aucun nom propre. C'était la vallée, comme encore aujourd'hui elle est VEl-^Vâd.
La fuite de Sédécias par le sud. « par la porte entre deux murs », a été introduite inutilement dans le débat. La configuration des anciennes murailles autour de Siloé et l'uniciue porte découverte en cet endroit, expliquent d'autant mieux l'expression de l'Ecriture sainte, que la piscine de Siloé se trouvait hors des remparts.
Ce point a été mis particulièrement en lumière par les intéressantes fouilles de M. Bliss. Au temps de Josèphe la chose ne soulTre pas de doute ; mais grâce
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aux fouilles nous pouvons affirmer la môme chose pour le temps des rois de Juda. Dès lors la reconstruction des murs par Néhémie nous apparaît sous un nouveau jour. Les obscurités de son récit, obscurités dont les causes sont multiples, se dissipent peu à peu : il contourne à l'ouest et au nord la piscine de Siloé. D'autre part, l'absence des vestiges de murs ou de rues sur l'Ophel, au moins dans le voisinage de la piscine, tandis que escaliers, rues, canaux abondent dans la direction de Sion, vierft encore confirmer la thèse traditionnelle, qui place sur la colline occidentale la « ville de David ». Tout cela est d'autant plussignificatif cjue l'ingénieur, M. l^liss, ne cherchait guère des preuves dans ce sens. Néhémie a reconstruit le mur que Josèphe décrit, et qui embrassait au sud le Sion actuel, puis, passant à l'ouest de Siloé, s'étendait vers le nord. C'est là que les ouvriers rencontrèrent « les degrés descendant de la ville de David ». De là le mur fiéchissant vers l'orient pour aboutir au sud du temple.
En résumé donc, les textes bibliques, examinés à la lumière des intéressantes fouilles pratiquées à Jérusalem, ne donnent aucune probabilité à la thèse, qui met à l'Ophel la « ville de David ». Ils paraissent même la condamner, tout en confirmant l'opinion traditionnelle, qui, appu^'ée sur l'histoire et les fouilles, met la « ville de David » sur la colline occidentale de Sion.
Reste maintenant à examiner certaines particularités de la terminologie biblique.