‹ La ville de DavidChapitre 42 sur 49 · LA TERMINOLOGIE BIBLIQUE · texte numérisé non relu

LA TERMINOLOGIE BIBLIQUE

catastrophes quand « l'abomination » souillerait le sanctuaire (1). Le fils d'Onias ne paraissait si })eau au Siracide, que parce que pontife saint, il officiait dans un temple somptueux, orné d'un clergé d'élite (2).

Aussi, lorsqu'on vit les armées ass3'riennes profaner la demeure du Très-Haut, ce fut un immense cri d'angoisse. Le peuple se sentait frappé à mort. Cette blessure irrita son ardeur et surexcita son courage, d'où l'héroïque effort des Machabées. Fils de prêtres, prêtres eux-mêmes, ils luttèrent et le peuple avec eux pour l'espérance d'Israël. Et quand après un combat de géants, sans analogue dans l'histoire juive, ils eurent enfin reconquis Jérusalem, ils volèrent au temple. On le restaura, on le purifia, on l'embellit, on y inscrivit le nom des héros, et sa dédicace solennelle resta dans les souvenirs par une fête annuelle, VHanouka, à laquelle on convia les frères d'Egypte, établis dans le delta. Plus grand encore fut l'enthousiasme, quand le pontife Simon devint prince de la sainte cité. L'indépendance politique était enfin assurée au nouvel état qui. sous la conduite de ses prêtres, venait de conquérir sa liberté religieuse. Les anciens jours de David semblaient en passe de revivre, et volontiers on saluait l'aurore des temps messianiques.

L'espérance anxieuse, longtemps comprimée, rendue plus vive par la longue série des désillusions, qui depuis la restauration faisait gémir les pauvres fidèles, maintenant éclatait. Plus que jamais on

(1) Ttan., IX, 24-27.

(2) EccU., 4, 1-23.

vivait du passé, et par un mirage familier aux enfants du désert, on cro^'ait en toucher la réalisation. Au début de l'ère chrétienne, la fièvre atteignant son parox3'sme, la multitude en délire courait à tous les imposteurs, espérant toujours voir apparaître le nouveau David. l'Oint du Seigneur, cjui devait inaugurer le règne de Dieu sur la terre. Hérode lui-même, pour faire oublier ses usurpations, ses crimes et son origine étrangère, ne trouva rien de mieux que « d'édifier le temple ». Respectant les anciennes dimensions consacrées par une tradition séculaire, il l'agrandit, le développa, l'embellit et aboutit à ce travciil gigantesque, « cet amas de neige et d'or », qui faisait la gloire d'Israël, une merveille du monde et le suprême espoir de ceux qui succombèrent sous ses ruines, en attendant toujours la venue du Libérateur annoncée dans ce sanctuaire.

Le temple, en un mot, absorbait et résumait la vie religieuse d'Israël dans la manifestation de son culte et l'affirmation de son caractère national. Voilà les faits. VoA'ons maintenant leur reflet dans les écrits inspirés.

[1. — -Les acceptions du mot Sion dcins les livres 2:>octicjues.

A l'origine, le nom de Sion ne s'appliquait qu'à Urusalim, la citadelle des Jébuséens. Mais lorsque David eut agrandi la forteresse en y rattachant Milo avec la ville basse, la dénomination de Sion

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s'étendit à toute la « ville de David », ou toute la colline qui portait la capitale du roynume d'Israël (1)

Par la translation de Tarclie d'alliance de la maison d'Obedcdom dans la ville ro3'aIe (2), le mont Sion devint l'habitation de Jahvé, .sa montagne sainte, suivant l'expression du psalmiste :

Moi j'ai établi mon roi Sur Sion, ma monta^-'ne sainte (3).

Lorsque Salomon eut achevé le temple du Seigneur sur la colline orientale, l'arche sainte fut transportée avec grande solennité de la « cité de David » dans sa nouvelle résidence (4), qui devint par là même un nouveau fo^'er de sainteté.

Mais Jérusalem était elle-même un sanctuaire, la Ville sainte, le lieu le plus auguste et le plus favorisé de Jahvé. La Terre promise était devenue la Terre sainte (p), et les descendants d'Abraham le peuple de Dieu.

Dans la bouche des psalmistes et des prophètes, Sion la « ville de David » devint le symbole de la protection divine et de la gloire d'Israël, et leur servit, dans un sens métaphorique, à désigner tout ce qui rappelle l'alliance entre le divin Législateur et son peuple élu. Dans les livres poétiques, Sion est tantôt S3mon3mie du temple, l'asile de l'arche

(1) // Par., X.WIl, o.

(2) III (Zi Reg., VllI. — II Par., V, 2

(3) Ps. II, 6, trad. B. d'Eyragues, Le>t Psaumes traduite dr l'hébreu, Paris, 1904. — Ce psaume est messianique (le/., IV, 2;i, ±1. — XIIF. 23. — Hebr., V, b). Mais le p.salmiste y fait allusion à David.

(4) m {I) Reg., VIII, 1.

(5) Zach., II, 12.

sainte ^1), tantôt de Jérusalem dont le roi-prophète fit sa capitale, et qui à cause de sa prééminence par choix divin, est le centre de toutes les grâces et de toutes les bénédictions :

C'est comme la rosée de IHermon Oui descend sur les montagnes de Sien.

Là, Jahvéh a envoyé la grâce Et la vie pour toujours (2 .

Le seul fait d'être né sous ses remparts protecteurs constitue un privilège devant le Seigneur :

Elle est fondée sur les saintes montagnes Jahvé préfère les portes de Sion A toutes les tentes de Jacob.

On dit de toi des choses merveilleuses Cité de Dieu.

Je compte Rahab et Babylone parmi les miens; Voici les Philistins, Tyr avec l'Ethiopie, Celui-ci est né là !

Et l'on dit de Sion :

Celui-ci et celui-là y sont nés 3).

Le nom glorieux de Sion sert aussi à représenter Jérusalem comme le cœur de la nation, le centre de

(1) « Dieu l'entendit et s'enflamma,

Il prit Israël en aversion, Il délaissa la demeure de Silo, La tente où il habitait parmi les hommes.

Il choisit la demeure de Juda, La montagne de Sion qu'il aimait. Il biUit son sanctuaire comme les hauteurs du ciel. Comme la terre (ju'il a fondée pour toujours Il fit choix de David son serviteur

Et le tira des bercails du troupeau. » [Ps. L.XXVIII. (Vulgate LXXVII), b9-G0, 68-70.

(2) Ps. CXXXIII (V. CXXXII), 3.

(3) Ps. LXXXVII (V. LXXXVI), 4, 5.

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la vie politique et religieuse d'Israël 1), et souvent il désigne les habitants de la Ville sainte.

Les restes de Sion, les survivants de Jérusalem

seront appelés saints

et tout homme inscrit pour la vie à Jérusalem Quand le Seiffneur aura levé la souillure des filles de Sion,

effacé dans Jérusalem les taches de sang

au vent du jugement, au vent dévastateur; Jahvé viendra sur tout le mont Sion et sur ses assemblées (2;.

Sion est aussi employé pour désigner les enfants d'Israël, le peuple de Dieu (3), ou le territoire de Juda (4), et même la communauté juive dans la Dispersion (5).

On pourrait citer par centaines les exemples où Sion est pris au sens figuré, dans une acception poétique.

Aussi les livres historiques 6) préviennent-ils, comme à dessein, la confusion que l'emploi de ce nom dans des acceptions si diverses pouvait faire naître dans les esprits. Tandis que l'auteur du IP livre de Samuel dit que la citadelle de Sion était devenue la «ville de David » 7), l'auteur du P'" livre des llois rappelle que la ville de David est la citadelle de Sion. « Salomon fit monter l'arche d'alliance

{l)Ps. IV, 20; — XLVIII (V. XLVII), 13-1:5;— LXVI, 2. —/s., VIII, 18; — X, 12; — XXIV, ^3; — XXIV, 8; — XXX, 19. — Joël, 11,32. — Zach., I, 14 ; — IX. 9.

(2) 1$., IV, a, trad. P. A. Condamin, Le lirre d'isaie, Paris, 1905. — Cfr. Is., III, 6, 17; — X, 24 ; — LXVI, 8. — Ps. IX, 5: — LXXII. 28. — Threti., II, 10; — IV, 2 ; - V. 11. — Oaruc, IV, 24.

(3) /s., X, 32. — Soph., III, 14. — Pn. LXVMI, 36.

(4) T/iren., IV, 22.

(o) Jrr.. XXXI, 23 : — III, 14. — Zdcli., Il, 7.

(6) Il faut excepter les livres des .Machabées, dont nous parlerons tout à l'heure.

(7) II Reg. (II Sam.), V, 7. — Cfr. I Par., XI, a.

de Jahvé de la cité de David, c'est-à-dire de Sion (1 ). » Ce passage est reproduit dans les mêmes termes par l'auteur du ]V livre des Chroniques (2 .

N'est-ce pas pour éviter de créer de la confusion que les livres historiques emploient si rarement le nom de Sion, et qu'ils le remplacent de préférence, à l'occasion 3), par les mots « ville de David '\) ? »

Il est du reste inutile d'insister davantage sur les curieux phénomènes qui se manifestent dans l'emploi du mot Sion. Nous reproduisons volontiers les trois conclusions synthétiques que le R. P. Lagrange a déduites de l'étude des textes, bien que nous aurions à faire quelques légères réserves.

« 1'' Le nom de Sion, dit-il, s'applique à l'origine à la citadelle des Jébuséens ou à la colline qui la portait devenue la cité de David.

« 2" Le nom de Sion, sous la forme plus spéciale de mont Sion, fut appliqué, depuis la translation de l'Arche, à la colline du Temple.

« 3° Le nom de Sion signifie tantôt une colline spéciale de Jérusalem, la même évidemment qui porte le nom de mont Sion (5), tantôt la ville entière, tantôt même la communauté juive (6). »

Ailleurs, le docte professeur reconnaît aussi que « l'esplanade du temple était hors de la ville de

(I) IH (I) Rpg., VIII, 1.

{2)11 Par., \,2.

(3i G(^ncralement lorsqu'il ost question des sépultures royales.

(4KIoséplie no la désigne qu'une seule fois avec l'expression de <■ ville de David », et ne prononce jamais le nom de Sion. Il préfère citer la citadelle et le Millo sous le nom de rille haute ou marche haut et rille basse ou Acra.

(o) Il n'y a qu'une colline qui porte le nom de mont Sion. c'est la colline occidentale, et ce n'est pas par métaphore.

,6) Op. cit., p. 31.

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David) (1) », c'est-à-dire hors du mont Sion historic|ue. Cela est très juste, et il faut en conclure que si (ivec la ville, ses habitants, la nation et même la Dispersion, le temple aussi est parfois désigné sous ce beau nom de Sion, c'est en vertu d'une de ces figures de style dont les hagiographes embellissent leurs poésies.

Comment alors le R. 1*. Lagrange peut-il trouver dans le mot Sion appliqué au temple un puissant argument contre le Sion traditionnel et en faveur de sa thèse favorite? Ecoutons-le plutôt : « Le mot seul de Sion pouvait même s'employer en opposition avec Jérusalem : «J'ai été dévoré de zèle pour Sion et pour Jérusalem » (Zach. I, 14). On remarquera que ce texte n'est pas parallélique (2). » S'il s'était rendu compte de la pensée du prophète, il aurait lu, trois versets plus loin : « Voici ce que dit le Seigneur des armées : Mes villes regorgeront encore de biens, le Seigneur consolera encore Sion, et choisira encore Jérusalem |3 . » Le parallélisme synon^'mique entre Sion et Jérusalem est donc parfaitement établi par l'auteur sacré. Ce sont les habitants de sa ville de prédilection et non le temple, que le Seigneur regorgera encore de biens et favorisera de ses consolations (4).

La Bible offre, au contraire, des passages où le sanctuaire semble formellement exclu de Sion. « C'est pour cela, dit le prophète Michée, que Sion sera labouré comme un champ, que Jérusalem sera

(1) Op. cit.. p. 35.

(2) Op. cit., p. 29.

(3) Z((ch., IV, 17.

(4) Cfr. IV 'II) Reg., XIX, 21, 31. — Is., XXXVil, 22.

comme un monceau de pierres, et que la montagne du temple deviendra comme une forêt l . » Il y a longtemps que cette prophétie s'est accomplie à la lettre. Arrivons-en au fameux passage qui, prétendon, exclut manifestement le Sion traditionnel du mont Sion bililique :

Jahvé est grand et dig^ne de louanges, Dans la cité de notre Dieu, sur sa montagne sainte ; Belle est la colline.

Joie de toute la terre !

Le mont Sion, du côté de l'Aquilon Est la cité du grand roi !

Dieu dans ses palais Se montre comme un rempart

Quand les rois se sont avancés Ensemble ils ont passé, Frappés de stupeur, ils regardent ; Epouvantés, ils ont pris la fuite.

Faites le tour de Sion, parcourez son enceinte. Comptez ses tours, Examinez ses remparts, Considérez ses palais, Pour le raconter à la génération future 2).

Dans ce chant de victoire pour la délivrance de Jérusalem, Adrien Reland chercha des données topographiques el proposa diverses interprétations (.'^;. Le R. P. Lagrange en fit de même. «Je concéderais volontiers à Reland, dit-il, qu'il peut être question de la colline, aussi bien que du nord de la cité ; mais de quelle colline parle-t-il? Précisé-

(1) Mich., III, 12. — Cfr. Jrr., XXVI, 18. — Dans les livres de .Machabées, la cité est invariablement divisée en trois parties : la colline du temple, la « ville de David », et Jérusalem.

{2)Ps., XLVIII (V. XLVIIj, -I-ii, 13-1j, trad. B. d'Eyragues.

(3) Pala-titina, Utrecht, 1714, p. 847-848.

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ment le prétendu mont Sion n'est pas beau à voir dans son élévation du côté du nord où il est dominé partout : ce qui est beau, c'est sa croupe du côté du sud, qui ne peut être désignée par le Psalmiste : latcra aquilonis. Tandis que la colline orientale s élevant «graduellement vers le nord, le Temple qui la dominait de ce côté faisait l'admiration du prophète (1). »

C'est toujours regrettable lorsque les savants jugent de la topographie de l'ancienne Jérusalem d'après l'impression que produit la ville moderne ; car les erreurs deviennent inévitables. Personne n'ignore, par exemple, que le mont Sion, avant le règne d'Hérode Agrippa, formait le point culminant de toute la ville, et n'était dominé de nulle part, pas même du côté de l'aquilon.

Puis, la croupe du sud peut bien trouver des admirateurs, bien qu'elle ait perdu beaucoup de sa beauté d'autrefois, depuis que les escarpes de Maudsley ne sont plus couronnées de hautes tours et de murailles crénelées. Mais pourquoi le prophète n'aurait-il pu trouver le mont Sion beau à voir du côté du nord, puisque, malgré les bouleversements survenus depuis, il offre encore le point le plus pittoresque de tout le panorama de Jérusalem à qui l'observe du haut des terrasses des Dames de Sion, ou du couvent de la Flagellation?

Enfin, comment le quartier des Xathinéens, « la colline orientale s'élevant graduellement vers le nord, » a-t-il contribué à faire du temple, qui le domine, l'admiration du prophète le contemplant

(1) Op. cit., p. 26.

du côté septentrional? — Nous ne saisissons pas !

Pour nous, nippelons que de l'Aquilon, récfion des ténèbres, venaient les ennemis, et que, en particulier. Antiochus Epiphane, le grand persécuteur de l'époque des Machabées, est symbolisé dans les prophéties de Daniel (Il comme le roi de l'Aquilon. C'est là tout le thème du psaume en question.

La thèse doit être bien caduque, puisque son défenseur puise ses arguments, pour l'étayer. dans les psaumes et les prophètes, sans tenir compte de la nature de la composition, des circonstances historiques, de la terminologie biblique, oubliant tout à fait que les règles du langage poétique ne sont pas celles de la prose, en Orient surtout.

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