‹ La ville de DavidChapitre 43 sur 49 · III. — Sion cVaprcs les livres des Mculiabees · texte numérisé non relu

III. — Sion cVaprcs les livres des Mculiabees

Le temple joua toujours un grand rôle dans l'histoire de Jérusalem, non seulement à titre de sanctuaire national, mais aussi comme place forte. La citadelle du temple fut en effet une des plus belles fortifications de l'antiquité. Au temps des Machabées. Antiochus Eupator, malgré ses puissantes machines de guerre, ne réussit à s'en emparer que grâce à la disette qui régna dans les rangs des Juifs (2 . Puis trois fois, sous Pompée, sous Sosius et sous Titus, les Romains en firent le siège et ne parvinrent à s'en rendre maître qu'après un laps de temps fort long et des efforts inouïs.

{{) D(iii.,\\, 6. 7. 8, 11, 13, la.

(2) A cause de l'année sainte, les .luifs n'avaient pas cultivé la terre. 1 Much.., M, 51-53. — // Mach., V, 11-21.

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C'est cette citadelle, avec le temple qu'elle protégeait, qui, dans les livres des Machabées, porte le nom de Sion ou monlaj^ne de Sion, et constitue une des trois divisions de la villefli.

Comme le démontre le contexte, l'expression de « mont Sion » ne s'applique qu'au temple et à sa forteresse et ne dépasse jamais leur périphérie. Le nom de Sion ne s'étendit pas à toute la colline orientale, comme certains le prétendent ; le penchant méridional ou rOphel semble faire partie de la ville proprement dite. En effet, après que le « mont Sion » eut été solidement fortifié, « ils s'assemblèrent pour bâtir la ville, et le mur, qui était le long du torrent, du côté de l'orient, tomba et Jonathan le répara (2). » Ce texte est formel.

Qu'on n'objecte pas que les Juifs, pour reconnaître les bienfaits de Simon et de ses frères, firent graver leurs hauts faits sur des tables d'airain « qu'ils déposèrent aux archives sur la montagne de Sion .'ii. » Les archives ne constituent pas ici un palais situé en dehors de l'esplanade du temple, comme ce fut le cas deux siècles plus tard, au temps de Josèphe. Le texte grec dit qu'ils suspendirent les tables d'airain « aux colonnes sur la montagne de Sion, » c'est-àdire aux colonnes du sanctuaire, comme cela ressort clairement des deux derniers versets du même chapitre : « Ils décidèrent aussi de graver ce document sur des tables d'airain et de les placer dans la

(l)La colline du temple appelée « Sion, » la forteresse de Jérusalem nommée « ville de David », et « .Icrusalem ;i ([ui (orme le reste de la cité.

(2) Z iJ/rtCc/l., X1I,3G,37.

(3) l Macch., XIV, 2G.

galerie du sanctuaire, dans un endroit honorable et d'en déposer une copie dans la chambre du trésor, pour servir à Simon et à ses fils 1 . » La copie, comme l'original, fut conservée au sanctuaire, car Néhémie nous apprend que la maison ou la chambre du trésor se trouvait dans l'enceinte du temple 2i.

La Sion jébuséenne devenue la « ville de David » ne s'élevait jamais sur le domaine d'Oman que le roi-prophète acheta dans sa vieillesse, et qui servit ensuite d'emplacement au temple du Seigneur. Les auteurs des livres des Machabées eux-mêmes distinguent constamment la « cité de David », la Sion historique occupée par les S\'riens, de leur mont Sion occupé par le temple et sa citadelle. Que déduire de cette terminologie?

S'il faut reconnaître la fidélité historique des livres des Machabées, néanmoins la f(jrme de la diction devient parfois absolument poétique dans la description de certains personnages ou de certaines situations. Or, du moment que la couleur poétique n'est pas bannie de leurs récits, rien n'empêchait les auteurs sacrés de suivre l'exemple des psalmistes et de désigner le temple et sa forteresse sous le nom glorieux de Sion. Les circonstances devaient même le suggérer.

Dans les psaumes de la période post-exilienne, et particulièrement dans ceux qui se rapprochent de l'époque des Machabées, le temple est le centre de la vie politique et religieuse d'Israël. Depuis Alexandre le (jrand, la « ville de David », la Sion du

(1| I Miicch., XIV, 48,4;).

(2) .Vf/»., X,38; - XII. 43.

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livre des Rois, était devenue le séjour des infidèles, des impurs, une citadelle qui brava le sanctuaire et menaça la religion, un boulevard où s'embusqua lennemi pour répandre la désolation parmi ceux qui restèrent fidèles à la foi de leurs pères. Sion, ce nom idéal de sainteté et symbole de la gloire du peuple de Dieu, ne convenait plus à un lieu pollué par le séjour de l'étranger. Et l'on comprend l'accent du psalmiste, quand il supplie Jahvé de sauver sa nation en tirant son temple de la désolation :

Souviens-toi de la montagne de Sion, ton séjour ! Porte tes pas vers ces ruines si longtemps désolées L'ennemi a tout ravagé dans le lieu saint. Tes adversaires ont rugi au milieu des solennités; Ils ont levé leurs étendards 1).

Lorsque les Machabées entreprirent l'admirable lutte pour l'indépendance, le temple devint pi us que jamais l'unique boulevard de la religion, le seul lien entre les enfants de Dieu, le seul centre de réunion pour les vaillants défenseurs de la foi de leurs ancêtres. 11 était donc juste et sage d'exalter le sanctuaire et de concentrer en lui toutes les gloires d'Israël, toutes les espérances des braves guerriers combattant pour Dieu et la nation. De Sion, la Ville sainte, devait sortir le salut 2). C'est au temple que le Messie devait inaugurer son règne (3). C'est là qu'on attendait le Libérateur (4).

On aurait donc mauvaise grâce de soutenir que

(1) Ps. LXXIV, 2-4.

(2) IV ([] Reg., .XIX, 31. — /'s. XIII, 7 ; — XIX, 3 : — LU. 7. — Joël., II, 32. — Xich., IV, 2.

(3) Agg., II, 7-tO. — Malach., III, L

(4) La Sion métaphorique n'a pas fait oublier la Sion historique. Josèphe t'vitc d'appeler le sanctuaire et sa citadelle « mont Sion n, et

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les Machabées confondirent l'emplacement du temple avec la « ville de David », à laquelle seule convient historiquement le nom Sion.

Insinuer ensuite c^ue ce nom n'aurait pu passer, même par figure, à la colline du temple que si son prolongement méridional portât originairement la ville jébuséennei I , c'est oublier, d'abord, que ni les vallées ni les montagnes n'ont empêché les hagiographes de l'étendre bien au-delà de l'enceinte de Jérusalem. C'est méconnaître, ensuite, tous les renseignements positifs que fournissent les livres des Machabées sur la position topographique de la forteresse des Syriens, la « ville de David », par rapport à celle du temple, comme la position de l'Ophel « le long du torrent, à l'orient » par rapport au temple et la « ville de David ».

Il y a là une preuve évidente que les idées religieuses ne faisaient pas abstraction complète des faits du passé. Les contemporains des Machabées connaissent la « ville de David », la localisent là où nos études précédentes l'ont montrée (2), et ne

lorsqu'il rapporte les passages du I" livre des Machabées (VI, 48, — VII, 33), il remplace le mot Sioii par celui de trinpie.

il) P. Lagrange, 0]i. cit., p. 26 — Le R. Père cilele passage du I" livre des Machabées où l'historien raconte comment les .luifs, vainqueurs do Ljsids k Brlhsoiir et non à Bethoron\ montèrent à Jérusalem; puis il ajoute : « La concordance est parfaite : on veut puriticr le Temple, on arrive au mont Sion, on le trouve profane. » Il conclut de là que la « ville de David » se trouvait k... l'()}>hel. Il faut certes beaucoup de bonne volonté pour argumenter de la sorte. En tout cas la concordance est moins parfaite entre cette conclusion et celles que le R. Père formula ailleurs. A la page 17, il trouve (jue le nom de Sion a été applicjué en premier lieu à la citadelle des .lébuseens, et à la page 3.j, il avoue que l'esplanade du temple était hors de la ville des Jébuséons et même hors de la « cité de David. »

(2) M. J.-B. Pelt [op. cil., t. Il, p. -iOO et 415) enseigne avec nous, qu'au

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sonfifent pas à l'identifier avec le temple. C'est donc qu'ils ont conscience que leur Sion n'est qu'une appellation métaphorique parfaitement justifiée sans doute, mais aussi parfaitement distincte de la Sion jébuséenne devenue « cité de David. »

En s'étendant, l'antique Sion donna son nom, du reste, non seulement au temple, mais aussi à toute la Ville sainte, au peuple et même à Israël dispersé. Il devint un nom symbolique.

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