LA TERMINOLOGIE BIBLIQUE
situé hors de la « ville de David », et non celui de son père construit dans la « ville de David >>, qui servit de résidence aux rois de Juda. Par conséquent, les textes du IV livre des Rois, du livre de Jérémie et du IV livre des Chronic^ues, qu'on invoque contre le Sion traditionnel, ne se rapportent nullement à la demeure royale de David, mais bien à celle de son fils, et si on y lit que du temple on descendait dans le palais des rois de Juda, cela ne veut pas dire qu'on descendait du temple dans Sion, « la cité de David ». Les textes sont formels.
Si M. l'abbé Pelt n'avait pas fait la confusion formulée dans le premier alinéa du passage cité ci-dessus, il n'aurait certainement pas insisté sur le mot « monter », employé dans la Bible pour exprimer le passage de la « ville de David » au temple de Salomon.
Mais puisqu'on voit dans le verbe « monter » un argument décisif, une preuve évidente, que « Jérusalem commença toute petite » sur la »< toute petite colline de l'Ophelfl) », force nous est d'examiner la A^aleur du verbe monter, tel qu'il est usité dans les Livres saints, et de voir conïment il peut servir à déterminer le point de départ du mouvement ascendant vers le temple.
Le mot hébreu àlah, monter, est une des racines que les philologues appellent fondamentales; elle a reçu une vaste extension idéoloij^ique, explic^uée aisément, d'un côté par la pauvreté de la langue hébraïque, d'un autre côté par les idées particulières c^ue se faisaient les anciens dans certaines situations.
(1) Les professeurs de Notre-Dame de France, La Palestine, p. ol.
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I.es anciens n'avaient que des notions très imparfaites sur les altitudes géographiques, ou sur les difTérences de niveau d'une région à l'autre, et ils n'en jugeaient que d'après les apparences. Le choix des expressions dans le langage se confirmait naturellement à la conception, .\insi, par exemple, à qui se trouve en face du désert ou de la mer, ceux-ci .•-cmblent s'élever à mesure qu'ils fuient vers l'horizon. Ce n'est là qu'une illusion d'optique ; mais dans le langage usuel, on monte a\i désert, on y est conduit en haut i , de même qu'en s'éloignant du rivage, on monte en haute mer [2'\.
On supposait aussi anciennement, que la région septentrionale de la terre était plus élevée que la méridionale. De là on descend invariablement en voyageant du nord au sud (3), et à l'inverse, on monte en se rendant du sud au nord (4).
Dans langage biblique on monte aussi auprès des rois et des princes 5, surtout pour se présenter à leur tribunal ()i, parce qu'ils habitaient généralement la citadelle, la partie la plus élevée de la ville, souvent exprimée par la porte ou les portes 1 7 i. C'est
(1) « Alors .lésus fut conduit en haut. àv/yOr.. dans le désert. » Mallh.. IV, 1. — Cfr. Jnb., VI, 18. texte hébreu.
(2) « Et ils monti'rent en haut sur la mor) iLvr,/<yr,z2\i. » Luc, Vlll, :i2.
— Saint Paul riescendit de la haute mer ù Césaréo Maritime. .!<■/., .Wlll, 26. — Cfr. AcL, XVI, U : - .\11I, l.i.
(:i) Abraham descendit en E^typte. Gm.. \\\, 10. — Cfr. Gni., .WVI, 1.
— Deul., .\, n. — Jos., .\.\1V, 4. — Àct., X.\l, 17.
(i) Abraham monta de l'Egypte. Gen., XFII, 1. — Cfr. Ex., XllI, 18. — Jos., \l, 3 — Dllébron on montait à Jérusalem, Jo^., X, 4, (luoiquc celle-ci se trouve à une altitude sensiblement inférieure.
CJ) \iiiii., XVI, 12, l'i.
({])Jud., IV, 5; — XX, .3.
7) Gen., XXII, 17; - XXIV. - /;.)•.. XX, 10 — Deul., V, 14; — XII. 12. — Eslh., m, 2, 3 ; — IV, 2 ; — V, ï). — Parce que la porte rcprésen-
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sans doute par suite du langage usuel que Joseph après être monte au-devant de Jacob, son père, dans la terre de Gessen, monta de nouveau au palais du pharaon d'où il était venu i 1 1. Ajoutons encore que la Bible fait usage du verbe àlah pour exprimer le simple passage d'un lieu dans un autre, transire (2).
La religion des peuples sémitiques contribua de son côté à donner au mot alah, monter, une extension idéologique, qui peut parfois nous paraître très impropre. Dans les anciens temps, les sanctuaires étaient tous établis sur la cime des collines ou des montagnes, d'où leur nom de hcunôth, liants lieux. On y montait, naturellement. Cependant, le sanctuaire finit par être considéré comme une hauteur, uae élévation, non au point de vue matériel, mais au point de A'ue religieux, idéal. De là le mot inonter ne doit pas être pris nécessairement dans le sens littéral, parce que ce n'est là qu'une expression figurée, S3'mbolique, consacrée par la religion. Le prophète Jérémie raconte que les Hébreux « avaient
tait la place forte, la capitale, elle devint synonyme de puissance, comme dans l'expression de « portes de l'enfer » [Mal th., XVI, 18), dans la Suhliwc parle des Turcs, ou le YàmPH des Chinois.
(1) Gen., XLV, 9. — Si Joseph n'habitait pas alors lo palais du pharaon, il demeurait au moins tout près i^'rn., XLV, 2).
(2.) m (/) Roff., IX, 24. — Il est dit aussi \Jo!<., X, 4), (lue les rois du midi passèrent par la vallée de Raphaïm, lorsqu'ils montèrent à Jérusalem. Puis David \ll Reg. ill S(im.). V, ii), 23 monta do Jérusalem dans la vallée de Raphaim, pour attacjuer le camp des Philistins.
Outre le mouvement d'ascension des êtres dniniés, le verbe nlali exprime aussi l'élévation desétros inanimés, comme la vapeur, la fumée, l'aube du jour, les mouvements de colère, le chemin ou terrain incliné, la plante (|ui lève, le sort tiré de l'urne et sijjnille métaphoriquement, se développer et devenir robuste. Noir Geaenius. hebreir and clial'Iettn lexicon, éd. Prideaux Tregelles, Londres, Ibo7, p. G30.
bâti les hauts lieux de Topheth. qui est dans la vallée du fils d'Ennoni ; 1). »
Quoique ces hauts lieux fussent situés au fond de la vallée la plus basse de Jérusalem, le peuple a dû y monter conforniément au langage habituel, même en s'y rendant du mont Sion. Descendre dans un temple, à un autel, à un haut lieu, était une idée qui répugnait aux sentiments religieux de ces tempslà, et qui, en tout cas, ne reçut pas son expression dans le langage 2).
Parce que Jérusalem est la Ville sainte, on n'\descendait jamais non plus, même en venant du septentrion; on 3' montait invariablement (3). Le Talmud de Balnlone raconte même que quelques docteurs juifs, venant du nord, montèrent à Jérusalem en passant parle Çophim (4, le Scopus de Josèphe (5), bien que par son élévation il domine de beaucoup toute la Ville sainte 6 .
Or, si un écrivain sacré, postérieur à la construction du temple, raconte que David monta à l'aire d'Oman pour l'acheter et pour y ériger un autel, 3'
(1) Jrr. Ml. ;îI.
{'2) De nos jours encore. If prêtre monte a l'autel, celui-ci se trouvai il dans une crypte, de plain pied avec le sol.
(3, // Rrg. H Sam.), XLX. 34. — /// (/) Rrg., XII, 28. — IV Rpq., XII, 17. — isd., 1. 3. — Zach., XIV, 17. - / Mardi., 1.22:— XIII, 2.
Le Nouveau Testament emploie quelquefois la locution de " aller de la (ialiloe à .lérusalcm » ou bien a se rendre de .lérusalem en Galilée », mais jamais il n'y est dit que du nord on descend à Jc^rusalem, ou qu'on y monte de celte ville. Mais du ii* au m' siècle, l'expression dracemlre à Jérusalem apparaît dans les .4c-/a Pilali, éd. Tischendorf, Erang. apocrypha, Leipzig, 1875, p. 373.
(4) V. .Neubauer, La géographie du Talmud, p. 1,'jl.
(5; Bell, jiid., II, xi.x, i, 7 ; — V, it, 3.
6 .\prés avoir été couronne roi à Gilion. hauteur qui domino légèrement le mont Sion. Salomon monta aussi en ville. 11 se rendit dans la Ville sainte au palais royal, auprès du roi-prophete son père.
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a-t-il là un argument dccisif que la colline (|ui portait la « ville de David » était plus liasse que celle qui reçut le sanctuaire ? Ce serait méconnaître l'esprit de la Bible et oublier toute notion sur le caractère de la langue hébraïque, comme de toute langue sémitique.
Mais soit! Prenons le mot monter dans son sens le plus naturel ; on n'y trouvera pas davantage rarcjunicjil décisif c^xi' on y cherche. Le temple s'élevait sur le point culminant de la colline orientale, et pour y arriver, de n'importe quel point de la ville, il fallait nécessairement y monter. Dans des cas semblables, les écrivains sacrés se contentent de faire connaître le point de départ et le terme du mouvement, le but de la marche. La raison en est qu'ils parlent à des gens qui comprennent à demi-mots et pour cjui la description détaillée des accidents et des détours du chemin suivi est parfaitement superflue.
Précisément à l'angle nord-est du montSion,Néhémie organisa deux processions qui devaient se rendre solennellement au temple, l'une par le nord, l'autre par le sud. Son récit passe sous silence toute descente du haut de la colline occidentale, ainsi que la traversée de la vallée centrale, pour ne mentionner que la »io7i^6'e de la petite colline qui portait le temple 'I). Y aurait-il là aussi un argument décisif ciue le mont Moriah est plus élevé que le mont Sion ?
Au temps de Salomon, « une multitude immense venue depuis l'entrée d'Emath jusqu'au fleuve d'Egypte (2) » prit part à la translation de l'arche sainte, de la « ville de David » au temple. Le roi et
il) Neh., XII.
(2: m (/] Rcg., Vlll, 1, Gj. — II Par., V.
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le peuple précédèrent les lévites, et immolèrent des victimes sans nombre sur le parcours de l'imposante procession qui se déplo3'a dans les rues de la cité 1 '. Cela suffit ; car de même que tout Israélite savait de quel point de la ville étaient partis les deux chœurs liturgiques de Néhémie et quel chemin ils avaient suivi pour se rendre au temple, de même aussi personne ne pouvait ignorer où se trouvait la <( ville de David ». d'où l'arche fut montée au Saint des Saints et par quelle voie se déplo3'ait le cortège 2 .
Le Nouveau Testament semble offrir un exemple, qui montre bien que dans le langage biblique on moiitait du mont Sion actuel à la colline orientale. Nous ne voulons pas invoquer les Actes des Apôtres, où il est dit que « Pierre et Jean montèrent au temple 3). » On pourrait nous objecter, et non sans raison, qu'il n'est pas certain, d'après le contexte, que les apôtres partirent directement du Cénacle, leur demeure habituelle depuis l'ascension du divin Maitre.
La première condamnation de Notre-Seigneur dans la maison de Caïphe au mont Sion (4) fournit un argu-
ai) Une telle procession n'aurait pu sori;aniser si la d ville de David » se fût trouvée sur la petite colline orientale prés du temple.
2 II est aussi dit que de la « ville de David » la fille de pharaon (( montait dans sa maison. » {lll I Reg., X. 24 . Si saint .Jérôme traduisit le mot (tleta par monter, il rendit le mot héda II Par.. Xlll, 11 par transporter IraiiKlulit . Nous avons vu du reste quels sens les anciens attachaient au verbe ttlah. et ce que la Bible veut exprimer.