‹ La ville de DavidChapitre 6 sur 49 · XVI · texte numérisé non relu

XVI

(2) Les rois seuls furent ensevelis dans l'intérieur de la ville. Par exception, le grand prêtre Jolada, ayant été régent du royaume,- fut déposé

XVI IN rUODlCTION

conservent les noms de ceux qui durant quatre siècles y furent déposés ou en furent exclus (1).

Au retour de l'exil, les vieillards qui avaient vu les splendeurs du temple de Salomon [2;, avaient vu également la royale nécropole. Du coup,Néhémie retrouve sans hésitation la « ville de David (3). »

Un peu plus d'un siècle avant Jésus-Christ, le prêtre-roi Hyrcan pénètre dans le domaine funéraire, en t|uète de richesses, destinées à libérer Jérusalem du siège d'Antiochus le Pieux (4).

Hérode le (irand à son tour viole la sépulture ; mais entravé dans sa tentative 5 , il ne peut arriver jusqu'aux chambres sépulcrales de David et de Salomon. Afin de réparer son sacrilège attentat, il construisit avec le faste dont il était coulumier, « un splendide monument en pierre blanche à l'entrée du sépulcre de David [j)). »

dans lo sépulcrr de David. (// Par. \.\IV, Id. D'après les Talmuds, la prophètcsse Houlda (ut aussi ensevelie dans la villf. Voir A. .\eubauer> La Céoyniphte du Tttlinud, Paris, 18GS, p. 13»).

(I) A cause de leurs ini(|uités, Manassès et Ammon ne furent pas ensevelis avec leurs prres. Ils recurent la sépulture dans leur jardin, au sud du temple [IV {II. Reg. XXI, IS|. — Ezéchiel iXLIll, 7i vit dans le voisinaj,'o de ces tombeaux une profanation du sanctuaire.

{■*) Eiid. III. \1.

(3) Neh. III, lj, 10: - XII. 30.

(4) Josèphe, Ant. jud. VII, xv, 3: — XIII, vm, 4. — hrll. jud. I, ii, 5. (ii) D'après la rumeur publique, dit Josèphe [Ant. jud. XVI, vu, 1),

deux satellites d'Hérode y périrent mystérieusement dans les llammes, ce qui ellraya le roi.

(6) Josèphe, Ant. jud. VII, xv, 3; — XVI. vu, 1. — Les sépulcres juifs sont tous conçus suivant une môme donnée traditionnelle, qui se retrouve en Phénicie. C'est toujours un fpéos creusé dans le roc. Les ^'rands caveaux ont une façade avec un vestibule. Une porte basse et étroite conduit dans une salle rectangulaire, autour de laquelle s'ouvrent des chambres f,'arnii's do bancs ou de fours à cercueil tailles dans la masse. Chez tous les anciens peuples de l'Orient, existait 1 usage de déposer des objets précieux dans les chambres sépulcrales à c<itc des défunts.

INTRODUCTION X\ri

Saint Pierre dans son discours au peuple juif de Jérusalem et de la Dispersion parle avec emphase de ce tombeau du Roi-Prophète «jusqu'aujourd'hui parmi nous (1). » Ce n'était donc pas la résurrection de David, mais bien celle du Messie que l'Esprit- Saint avait autrefois annoncée ! Le fait des deux tombeaux, celui de Jésus vide, celui de David, f^ardant son dépôt, le prouve sans réplique. Et trois mille personnes, convaincues par la harangue enflammée du Prince des Apôtres, reçoivent le baptême et se joignent aux disciples du Christ (2/.

Le monument élevé par tiérode semble même avoir survécu à la ruine de la cité déicide.

Dion Cassius, racontant la révolte juive de 132 sous Barchochéba, note qu'avant la guerre, « les Juifs eurent un présage de cette calamité : le monument de Salomon, [jivy,;jlsIov toù ^ylou.Cy/rj-, tenu en grand honneur, s'écroula sans cause apparente '3. »

Ce « monument de Salomon » est-il celui élevé par Hé rode?

Les termes de l'historien romain manquent de précision. Mais, étant donné que le temple à cette époque était détruit, la ville en ruines, le plateau de Sion seul épargné par les légionnaires et devenu en partie camp romain, on est incliné à admettre l'identification proposée. Et c'est là l'opinion de plusieurs savants (4).

A défaut d'autres informations, le tombeau des

(1) Àcl. II, 29.

{•1) Act. 11,41.

i3) Hist. rom., LXIX, lî, Hambourg, IToi, t. II, p. 1102.

('.) Von Altcn, Die David stadl, /.. D. P. V., Leipzig. 1880, t. H, p. 172. — C. Mominert, Topographie des alleu Jérusalem, lion u. Akra, Leipzig, 1901, p. 302.

XVIII INTUOni CTIOX

vieux rois hébreux désignait donc remplacement de la « ville de David». Aussi nous est-elle indiquée sans hésitation par les anciens. A en croire Flavius Josôphe, la « ville de David » occupait la colline sud-ouest de Jérusalem, le plateau de Sion (IV Eusèbe de Césarée (2; et saint Jérôme 3) ne parlent pas autrement.

Sur le mont Sion également, le Pèlerin de Bordeaux '/i , sainte Silvio d'Ac^uitaine (5), sainte Paule visitent « la ville dont s'empara David et qu'il rebâtit (5). »

La tradition juive passa dans la société chrétienne sans que les rabbins reprochassent jamais aux chrétiens d'avoir par un déplacement topographique ou par une superfétation, renchéri sur les gloires du mont Sion, devenu par les m3'stères du Saint- Cénacle le berceau de l'Eglise. Le royaume messianique commençait à s'épanouir là même où David avait jeté les bases de la grandeur future du royaume juif. Touchante coïncidence du SA'mbolc et de la réalité.

Il y a plus, ce fut la prétendue existence du tombeau de David sous l'église du Cénacle, qui causa la perte de ce sanctuaire pour les catholiques. En effet

(1) Ant.jud., \VI, VII. 1.

(2) « Le Golgotha... se Irouvo au nord du mont Sion. » Oiioniasticon, éd. Klostcrmann, Leipzi:;, 100'«. p. 7i, mot Golgotha.

(3) « Paule monta ^i Sion qui signifie forteresse ou lieu d'observation. David s'empara un jour de celte ville et la réédiûa... Là on lui montra le lieu on le Saint Esprit était descendu sur cent vingt disciples. » Epist. CVin,Ad Eustochium, Migne, Pair., lat. t. XXII, col. 884. — Cfr. Onoina.'iticon, loc. cit., p. Ta.

(4) Iliii. a Bordigala Ilienisalrni usqiie, éd. Tobler et .Molinicr, Publ. de l'Or, lat., Genève, 1879, p. 17.

(^) l'eregrinatio S. Silriœ, éd. Gamurrini, Rome, 1887, p. 100. (G) Saint Jérôme, loc. cil.

INrilOUUCTIOX ,\IX

la Icfçende, d'origine juive, fut accceplée par les Musulmans, qui eux aussi vénèrent David ; en conséquence ils voulurent élever une mosquée en cet endroit.

Réellement curieuse cette conspiration des chrétiens, des Juifs et des Musulmans, pour mettre sur le mont Sion « la ville de David ». Voyez-y une déviation inconsciente ou une version tendancieuse, l'accord n'est pas moins remarquable et demande une explication. A notre avis, la force de l'antique tradition, s'imposant à la conscience populaire, fournit la solution la plus acceptable.

Mais on a fait justement remarquer que beaucoup de savants sont fort sceptiques en matière de tradition. Comme d'instinct ils l'écartent, et là où elle affirme, ils interrogent, non pas la tradition ellemême sur son origine et son histoire, ce qui serait excellent, mais d'autres données, tenues à tort ou à raison pour plus autorisées.

Dans le cas présent, les topographes modernes ont interrogé la Bible et les découvertes archéologiques.

Aussitôt surgissent des difficultés exégétiques considérables. La Bible est moins un livre qu'une bibliothèque d'ouvrages différents d'époque et de st3''le, mais rédigés la plupart pour des personnes au courant des matières traitées. De là son laconisme, le vague de ses expressions, la hardiesse de ses métaphores. Poursuivant un but religieux, elle indique en passant et jette comme au hasard des indications d'ordre profane d'autant plus précieuses pour nous, que le milieu où s'écrivit la Bible, a disparu depuis longtemps.

XX IXTRODICTION

Un exemple ayant trait à notre question : « Sion » désigne à l'origine la cité jébuséenne devenue la capitale de David. Sous la plume des poètes, c'est le temple, Jérusalem tout entière, la Judée, le peuple de Dieu, voire même Israël dims la Dispersion !... La « ville de David » s'étend également à mesure que le périmètre de Jérusalem se développe. Le premier livre des Machabées, reflétant l'enthousiasme religieux de l'époque, va jusqu'à séparer le « mont Sion » de la « ville de David » : celle-ci est la citadelle des SN^iens, celui-là le temple et ses fortifications l).

Dérouté par cette terminologie, un ministre protestant, après avoir rompu avec la tradition, conclut en liSfri que la cité jébuséenne s'élevait sur le mont Moriah (2;. là où fut autrefois le temple de Salomon 3;.

Mais l'aire d'Oman, établie en cet endroit au temps de David, oblige d'autres savants à confiner la cité jébuséenne sur le prolongement méridional du Moriah, qui, au moins depuis la captivité de Babylone, porte le nom d'Ophel. L'usage oriental en effet ne permet pas une aire à l'intérieur d'une ville forte (4).

l'-t les mêmes textes bibliques c|ui conduisent les

(1) I Maccli. I, :3j : — IV, 3(5: — XIV, 20: — XV. 37.

(2) Ch. Ed. Caspari. /.um itnd die Alint der Syhrr, Tlieol. Studien u. Kritiken, ISC.t, p. 300-328.

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