CARTIER AVAIT-IL DES PRÊTRES AVEC LUI
ARTIER avait-il des prêtres avec lui dans ses voyages au Canada, et particulièrement dans les séjours qu'il fit à Stadacona ou Québec?
Nos historiens se sont partagés en deux camps: les uns veulent que Cartier ait eu des aumôniers à chacun de ses voyages, les autres prétendent, en apportant le texte même du capitaine malouin comme argument, qu'aucun prêtre ne fit le voyage du Canada avec lui.
Les Récits de Cartier, il faut l'avouer, sont assez obscurs sur ce point, mais les commentaires de M. Benjamin Suite sur certaines phrases ne laissent pas de doute possible, il nous semble : Cartier s'était fait accompagner par des prêtres.
Nous citons M. Suite:
" Deuxième voyage, 1535, dans le golfe, le 10 juin, à l'endroit appelé Brest ou Vieux-Fort, côte du Labrador, Cartier approche de la terre ferme. Voici son texte: "Le jour de Saint-Barnabé (11 juin) après avoir ouï la messe, nous tirâmes outre", c'est-à-dire qu'il continua sa route.
"Le dimanche suivant, il marque: "Fîmes dire la messe." S'il a fait dire la messe c'est qu'il y avait quelqu'un de propre à cette fonction. Pourquoi supposer que ce fut une simple lecture spirituelle faite par le capitaine ? "J'ai fait dire la messe." Il n'y a pas deux sens à ces paroles.
"Le 6 juillet, il note qu'il a entendu la messe; non pas qu'il ait fait des prières lui-même. C'est la messe.
"Le 7 septembre, à l'île aux Coudres, jour de Notre-Dame, "après avoir ouï la messe," il continua son voyage. C'est encore la messe.
"A Québec, au mois d'août 1535, Taignoagny interpelle Cartier lui demandant "s'il avait parlé (prié) à Jésus" et il (Cartier) répond que ses prêtres y avaient parlé. Est-ce assez clair ?
"Jusqu'ici Cartier entend la messe sans la dire, ou il ordonne la messe et y assiste, puis il parle des prêtres qui sont avec lui. C'est de plus en plus la messe.
"En décembre, le scorbut exerçait ses ravages parmi les marins. On fit une procession religieuse et ensuite Cartier "ordonna que le dimanche suivant l'on dirait la messe au dit lieu", c'est-àdire l'endroit où la procession avait contre-marché. Le dimanche eut lieu cette messe et alors Cartier fit vœu d'un pèlerinage à Notre-Dame de Roquemadou.
"Va-t-on croire que le mot "messe" n'avait pas, pour les Malouins, la même signification qu'il a pour nous ?
"Faut-il penser que, à défaut de prêtres, Cartier lisait ou récitait les prières et croyait bonnement que c'était la messe ? Un protestant ne s'y tromperait pas.
"Quand le capitaine Cartier dit qu'il a entendu la messe, peut-on s'imaginer qu'il s'était entendu parler ?
"S'il ordonne de célébrer la messe, concevez-vous qu'il s'adressait cet ordre à lui-même ?
"Lorsqu'il écrit: "Je fis dire la messe", vous figurez- vous que c'était commander à quelqu'un de l'équipage de chanter des hymnes ou de lire l'évangile selon saint Jean ?
"Et quand Taignoagny lui demande s'il a imploré le ciel par la prière, Cartier répond que les prêtres ont prié à sa place.
"Voilà donc les faits. Quiconque sait lire peut les comprendre".
En tout cas, nous ne connaissons pas les noms des aumôniers de Cartier, lors de son premier voyage. Dans la liste officielle des marins du voyage de 1535-1536, nous voyons les noms de dom Anthoine et de dom Guillaume Le Breton. Ces noms doivent être ceux des deux aumôniers de Cartier.
Sources: Le Devoir, de Montréal, 20 février 1914, article de Paul Hame; 25 février 1914, article de N.-E. Dionne; 26 février 1914, article de Montarville de la Bruère; 28 février 1914, article de l'abbé Chs-P. Beaubien; 12 mars 1914, article du R. P. Pacifique; 18 mars 1914, article de Benjamin Suite; l'abbé H. -A. Scott, Comptes rendus de la Société Royale du Canada, 1922.
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