LE PAIN BÉNIT À L'ÉGLISE PAROISSIALE DE QUÉBEC
"Te pain bénit," dit le Père Richard, " est un pain qu'on offre à | l'église pour être bénit par le prêtre célébrant, être partagé — entre les fidèles et mangé avec dévotion." "C'est," dit Bergier, "un pain que l'on bénit tous les dimanches, à la messe paroissiale, et qui se distribue ensuite aux fidèles."
L'usage de rendre le pain bénit nous vient de France et il y existe encore dans bon nombre d'églises de Paris et dans plusieurs diocèses de la province.
Autrefois, dans la plupart des diocèses de France, chaque famille devait présenter le pain bénit à son tour. Le seigneur, patron de la paroisse, choisissait le dimanche que bon lui semblait pour offrir le pain bénit. De là l'usage des pains bénits de dévotion que les particuliers, les sociétés ou confréries avaient le privilège d'offrir à certaines fêtes, de préférence aux fêtes dans lesquelles la loi n'obligeait pas à offrir le pain bénit. La loi, il ne faut pas l'oublier, au Canada comme en France, obligeait chaque paroissien à rendre le pain bénit à son tour. Les registres du Conseil Souverain nous donnent les noms d'un certain nombre de francs tenanciers poursuivis pour avoir refusé de donner le pain bénit.
A la cathédrale de Québec, le pain n'était pas bénit par le prêtre qui chantait la messe mais par l'évêque. On apportait le pain bénit devant son trône.
Après la bénédiction, le pain bénit était transporté à la sacristie où le bedeau et ses aides le coupaient en petits morceaux et la distribution en était faite dans l'église pendant le chant du Credo.
Le Journal des Jésuites, presque chaque année, note des différends, des brouilles, des jalousies et des prétentions de toutes sortes amenées par le pain bénit. Tous ces ennuis se continuèrent même sous le régime anglais. Vers 1877, Mgr Taschereau, archevêque de Québec, à raison des nombreux inconvénients qu'entraînait la distribution du pain bénit, suggéra aux curés de son diocèse de laisser tomber cet usage. Le pain bénit ne se rend plus dans aucune paroisse du diocèse de Québec.
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M. l'abbé Charles Trudelle écrivait il y a une trentaine d'années:
" Il n'y a pas assez longtemps que l'usage du pain bénit a cessé d'exister pour qu'il soit déjà oublié et pour qu'on n'en parle plus. Non, on en parle souvent et on en parlera encore longtemps. On dit quelquefois, par exemple, d'un faux dévot, avec un petit grain de malice, que c'est un mangeur de pain bénit. On en parle encore à propos de politique, et on dit, en temps d'élection surtout, que tel candidat qui, pour faire mousser sa candidature, ne manque pas d'aller, au su et au vu de toute la paroisse, faire visite au curé et d'entendre la grand'messe, qu'il a mangé du pain bénit.
" Mais, mieux que cela et dans un ordre de choses plus conforme au précepte de la charité envers le prochain, on appelle, dans certaines paroisses, pains bénits, des personnes pauvres, infirmes et sans appuis, qui vivent de la charité publique et qu'on transporte pour un temps plus ou moins long de maison en maison pour être soignées et entretenues. On dit de ces pauvres malheureux qu'ils passent en pains bénits.
Source: Bulletin des Recherches Historiques, vol. XVIII (1912).
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