‹ La ville de Québec sous le régime françaisChapitre 104 sur 275 · LA CHAPELLE SAINT- JEAN AU COTEAU SAINTE- GENEVIÈVE · texte numérisé non relu

LA CHAPELLE SAINT- JEAN AU COTEAU SAINTE- GENEVIÈVE

Peu après son arrivée à Québec, Jean Bourdon s'était fait accorder par M. de Champlain une concession d'environ cinquante arpents en superficie au coteau Sainte-Geneviève. Bourdon s'occupa immédiatement de faire défricher sa concession et de la mettre en valeur. Tout à son emploi d' " ingénieur de M. le gouverneur," il confia à son ami l'abbé de Saint-Sauveur la surveillance de ses défrichements. Dès le printemps de 1635, une modeste habitation s'élevait sur la concession de l'ingénieur Bour don et, à l'automne, il s'y installa avec Jacqueline Potel, sa femme > qu'il avait épousée le 9 septembre.

En 1635 et 1636, plusieurs nouveaux colons passèrent de Normandie dans la Nouvelle-France. Quelques-uns s'établirent au coteau Sainte-Geneviève, et cette solitude commença à se peupler petit à petit.

Dans l'été de 1650, Jean Bourdon fit construire sur sa concession du coteau Sainte-Geneviève une chapelle en bois pour l'usage de sa famille. M. l'abbé de Saint-Sauveur, qui habitait avec lui, se chargea, avec la permission des Pères Jésuites, de desservir cette chapelle.

Le Père Ragueneau, qui était supérieur de la mission du Canada, visita la chapelle Saint- Jean au commencement de novembre 1650 et en fit la bénédiction.

" Le 7 novembre 1650," écrit-il dans le Journal des Jésuites, " j'allai faire la visite au cap Tourmente, à Beaupré, à Beauport, au Cap-Rouge, et repassant par Sillery, j'allai à la côte Sainte- Geneviève, et ne rentrai à Québec que le 15."

C'est après cette visite du Père Ragueneau, que M. de Saint- Sauveur commença à célébrer la messe dans la chapelle de M. Bourdon, à la côte Sainte-Geneviève. Il avait reçu, dit M. l'abbé Auguste Gosselin, tous les pouvoirs nécessaires pour desservir les habitants de cette mission. Sans avoir le titre de curé, il y exerçait de fait les fonctions curiales. Les habitants du coteau Sainte-Ge-

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neviève regardaient la chapelle Saint- Jean comme leur église paroissiale, et y remplissaient leurs devoirs religieux, à l'exception du devoir pascal.

L'abbé de Saint-Sauveur célébrait même des mariages dans la chapelle de M. Bourdon. Dans les registres de Notre-Dame de Québec pour les années 1652, 1653 et 1654 nous trouvons les actes d'une dizaine de mariages célébrés par le vénérable abbé, dans la chapelle Saint- Jean.

Dans son rapport au Saint-Siège, en 1660, M8' de Laval parle de la chapelle Saint-Jean, comme d'un édifice séparé de l'habitation de Jean Bourdon. Il lui donne une certaine importance puisqu'il la compte au nombre des huit églises ou chapelles qui s'élevaient alors dans le gouvernement de Québec. Il la place à environ une demi-lieue de la ville.

Avec le temps la concession en roture de Jean Bourdon avait pris de l'importance et, le 19 mars 1661, la Compagnie de la Nouvelle-France l'élevait à la qualité de fief mouvant et relevant du fort Saint-Louis de Québec.

Le recensement nominal de 1667 nous donne les noms des personnes qui habitaient le manoir de Jean Bourdon: 1° M. Jean Lesueur, sieur de Saint-Sauveur, prêtre, 65 ans; 2° Jean Bourdon, procureur général pour le roi, 64 ans; 3° Anne Gasnier, sa femme, 52 ans; 4° Jacques Bourdon, sieur d'Autray, 19 ans; 5° Marie Gloria, 13 ans; 6° Marguerite Gloria, 9 ans; 7° Madeleine Gloria, 4 ans; 8° Pierre Lafaye, meunier, 40 ans; 9° Jacques Beaujour, cuisinier, 30 ans; 10° Pierre Mercereau, 18 ans; 11° Jacques Hamel, 29 ans; 12° Jean Léonard, 17 ans; 13° Nicolas Longval, 23 ans; 14° Le nommé Provençal dit Pierre Jourdain, 18 ans; 15° Lucien Talon, 24 ans; 16° Jean-Baptiste Hallé, 9 ans.

Il est assez difficile de dire combien de temps on célébra les offices religieux dans la chapelle Saint- Jean. M. Bourdon décéda en 1668. Ses deux fils occupés à des expéditions lointaines n'habitèrent pas le manoir Saint- Jean, après la mort de leur père. Lors de la vente du fief Saint-Jean par les héritiers de Jean Bourdon à noble homme Charles Bazire, le 28 août 1677, la chapelle était déjà disparue ou en ruine puisque l'acte de vente ne la mentionne pas.

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