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L'ŒUVRE DE MADAME BOURDON À QUÉBEC

" "1"ean Bourdon épousa en secondes noces, le 21 août 1655, Anne Gasnier, veuve de Jean Clément Du Vault de Mon- J ceaux, celle-là même qui avait acquis, en 1649, la maison des Hospitalières à Sillery.

" La nouvelle épouse de Jean Bourdon joignait, à une grande distinction de naissance et de manières, la pratique des plus solides vertus. Voici en quels termes la vénérable Marie de l'Incarnation nous parle de cette dame et de son mariage avec Bourdon.

" Cette dame," dit-elle, "est un exemple de piété et de charité dans tout le pays. Elle, et madame d'Ailleboust sont liées ensemble pour visiter les prisonniers, assister les criminels, et les porter même en terre sur un brancard. Elle est continuellement occupée à ces bonnes œuvres, et à quêter pour les pauvres, ce qu'elle fait avec succès. Enfin elle est la mère des misérables, et l'exemple de toutes sortes de bonnes œuvres.

" Madame de Monceaux, en unissant son sort à celui de Jean Bourdon, avait eu en vue de se dévouer tout entière à ses intérêts et à l'éducation de sa famille; elle ne faillit pas à la tâche. Jamais maison ne fut mieux réglée que la sienne, jamais ferme mieux surveillée.

" Avec cela, elle trouvait moyen de s'occuper d'une foule de bonnes œuvres. Mais la principale à laquelle elle se dévoua, fut de placer, de nourrir et d'entretenir, en attendant qu'elles fussent demandées en mariage, les filles que l'on envoyait chaque année au Canada, afin de procurer aux colons de bonnes et honnêtes épouses. On vit alors, à Québec, sous la direction de madame Bourdon, ce qu'on aurait pu appeler l'œuvre des filles émigrées.

" Le bureau principal de cette œuvre patriotique et chrétienne se tenait dans une maison que possédait Jean Bourdon au pied de la côte de la basse ville.

" Le recrutement des filles pour le Canada se faisait avec un soin admirable. Souvent c'étaient des personnes pauvres, mais honnêtes, de diverses provinces de la France venues à Paris pour y

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servir dans les hôpitaux ou autres institutions de ce genre, et à qui on faisait comprendre qu'en allant au Canada elles y trouveraient l'aisance, la liberté, le bonheur. Plus souvent encore, c'étaient des filles parties directement des campagnes de France, sur les conseils de leurs curés.

" Madame Bourdon fit plusieurs voyages en France afin de voir par elle-même à ce que le recrutement des personnes envoyées au Canada ne se fît que dans des milieux respectables; et lorsqu'elle rencontrait des filles honnêtes et courageuses décidées à quitter leur pays, elle les encourageait, prenait note de leur âge, enregistrait leurs noms, ceux de leurs parents, celui de leur pays natal, et se chargeait d'avoir soin d'elles durant la traversée. Un jour, au témoignage de Marie de l'Incarnation, elle amena à Québec, "sur un vaisseau normand," pas moins de cent cinquante filles.

" En arrivant à Québec, les filles qu'on avait choisies avec tant de précaution ne tardaient pas, en général, de rencontrer le parti qui leur convenait.

" Quant à celles qui ne trouvaient pas tout de suite à se marier, il fallait leur procurer un asile, pourvoir à leur subsistance, à leur entretien, ou du moins leur trouver de l'emploi, du travail. Avec un dévouement admirable, madame Bourdon, aidée de quelques amies, se chargeait de tout. Elle se faisait la mère, la conseillère, la protectrice de toutes ces jeunes personnes, en attendant leur établissement ; et, lorsque un bon parti se présentait, elle était heureuse de contribuer à la formation d'un ménage bien assorti et chrétien. Que de familles canadiennes, en remontant à leur origine, trouveraient le nom d'Anne Gasnier associé à celui de leurs aïeux ! Elle s'est intéressée à leur avenir, elle a pris part à leur établissement et apposé sa signature à un grand nombre de contrats de mariage. Qui ne garderait un souvenir reconnaissant à cette dame de qualité qui se consacra avec tant de dévouement à l'œuvre patriotique des filles émigrées au Canada ? "

Source: L'abbé Auguste Gosselin, Jean Bourdon et son ami l'abbé de Saint-Sauveur.

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Signature de Madame Bourdon

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