LE SITE DU FORT DE JACQUES CARTIER
Peut-on retracer approximativement le site du fort élevé par les compagnons de Cartier, à l'automne de 1535 ? Il est certain que ce fort fut élevé dans les environs des navires de Cartier, c'est-à-dire à l'embouchure du ruisseau Lairet, qui se jette dans la rivière Saint-Charles, du côté nord. Le Frère Sagard dit dans son Histoire du Canada: " Et en l'an de grâce 1627, les Récollets prêtèrent aux Jésuites une charpente pour être employée au bâtiment qu'ils avaient commencé au delà de la petite rivière (Saint-Charles), à sept ou huit cents pas de nous, en un lieu que l'on appelle communément le Fort- Jacques-Cartier."
Champlain, dans ses Voyages, est beaucoup plus explicite que Sagard.
"Plus proche du dit Québec, dit-il, y a une petite rivière (Saint-Charles) qui vient dedans les terres d'un lac (Saint-Charles), distant de notre habitation de six à sept lieues. Je tiens que dans cette rivière, qui est au nord et un quart du norouest de notre habitation, ce fut le lieu où Jacques Quartier hiverna, d'autant qu'il y a encore à une lieue dans la rivière des vestiges comme d'une cheminée, dont on a trouvé le fondement et apparence d'y avoir eu des fossés autour de leur logement, qui était petit. Nous trouvâmes aussi de grandes pièces de bois écarries, et quelques trois ou quatre balles de canon. Toutes ces choses montrent, évidemment, que ça été une habitation, laquelle a été fondée par des chrétiens: et ce qui me fait dire et croire que c'est Jacques Quartier, c'est qu'il ne se trouve point qu'aucune ait hiverné ni bâti en ces lieux que le dit Jacques Quartier au temps de ces découvertures. ..."
Plus tard, Champlain, parlant du deuxième voyage de Cartier et de son établissement sur les bords de la rivière Saint-Charles, dit positivement que les Jésuites avaient leur résidence à l'endroit même où Cartier avait passé l'hiver de 1535-1536:
"Quartier ayant reconnu, selon son rapport, la difficulté de
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pouvoir passer les sauts, et comme étant impossible, s'en retourna où étaient ses vaisseaux, où le temps et la saison le pressèrent de telle façon, qu'il fut contraint d'hiverner sur la rivière Sainte- Croix (Saint-Charles), en un endroit où maintenant les Pères Jésuites ont leur demeure, sur le bord d'une autre petite rivière qui se décharge dans celle de Sainte-Croix, appelée la rivière de Jacques Quartier, comme ses relations en font foi."
Du temps de Champlain, on le voit, le ruisseau Lairet était plutôt désigné sous le nom de rivière Jacques-Cartier. Le nom de Lairet prit bientôt le dessus et cette appellation s'est continuée jusqu'à nos jours.
Il n'y a donc pas de doute possible sur le site approximatif du fort de Jacques Cartier. Tous les auteurs modernes sont d'accord à le placer à l'embouchure du ruisseau Lairet.
Sagard ni Champlain ne nous disent sur quelle rive du ruisseau Lairet se trouvait le fort de Jacques Cartier.
Le commentateur de l'édition canadienne des Voyages de Cartier écrivait en 1843:
"On aperçoit encore aujourd'hui sur la rive gauche de la petite rivière Lairet, à l'endroit où elle tombe dans la rivière Saint-Charles, des traces visibles de larges fossés ou espèces de retranchements. ' '
M. N.-E. Dionne, qui avait particulièrement étudié le Récit du séjour de Cartier à Québec en 1535-1536, sans faire entrer en ligne de compte les retranchements vus en 1843, est, cependant, fortement d'opinion que le fort de Jacques Cartier était situé sur la rive gauche du Lairet.
Source: N.-E. Dionne, Jacques Cartier.
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