UNE DÉLÉGATION IROQUOISE À QUÉBEC EN
A ux environs de 1657, la paix était censée exister entre Franl\ çais et Iroquois, mais ceux-ci ne cessaient de faire déprédations sur déprédations dans tout le pays. A tout instant, on les voyait aux alentours de Québec et de Montréal.
Le 25 octobre 1657, un certain nombre d'Iroquois de la tribu des Onneyouths tuaient Nicolas Godé, Jacques Noël et Jean de Saint-Père, à la Pointe Saint-Charles, près de Montréal.
M. d'Ailleboust, qui agissait alors comme gouverneur, en attendant l'arrivée de M. d'Argenson, ordonna d'arrêter tous les Iroquois qui se trouvaient dans la colonie. Bon nombre de ces perfides tombèrent ainsi aux mains des Français. C'était le seul moyen d'avoir la tranquillité puisque ceux qui étaient prisonniers servaient d'otages.
Les Agniers, qui étaient peut-être les plus agressifs, parmi les tribus iroquoises, tinrent un grand conseil et décidèrent d'envoyer des délégués à Québec pour obtenir la mise en liberté des prisonniers.
Les trois délégués qui étaient des jeunes gens arrivèrent à Québec au mois de janvier 1658, mais ne furent reçus par M. d'Ailleboust que le 4 février. Le plus âgé des trois était porteur de neuf colliers de porcelaine. Il en présenta sept à M. d'Ailleboust, et offrit les deux autres aux Hurons et aux Algonquins qui assistaient à l'entrevue. Il déclara qu'il ignorait qui avait commis le triple meurtre de la Pointe Saint-Charles. Les Onnontagués, les Onneyouths, les Goyogouins ou les Tsonnontouans pouvaient être coupables du forfait, mais il assurait que les Agniers étaient absolument étrangers à cette attaque. Il demandait donc de mettre ses compatriotes en liberté.
M. d'Ailleboust ne leur donna pas sa réponse tout de suite. Il se concerta avec les Français et les Sauvages alliés de passage à Québec, puis convoqua les ambassadeurs iroquois au château Saint-Louis pour le 12 février.
Le jour fixé, les Iroquois se présentèrent au château où M.
d'Ailleboust avait invité les officiers de la garnison et les sauvages alliés. Le gouverneur intérimaire leur fit donner sa réponse par un interprète. Il disait:
" C'est chose étrange que toi, Agnier, tu me regardes comme un enfant. Tu me prends pour un chien. Quand on frappe sur un chien, il crie, il s'enfuit, et si on lui présente à manger, il revient et il flatte celui qui l'a frappé. Toi, Agnier, tu me tues; moi, qui suis Français, je crie: on m'a tué. Tais-toi, me dis-tu, nous sommes bons amis, et tu me jettes un collier de porcelaine comme en me flattant et en te moquant. Sache que le Français tirera raison de ta perfidie qui dure depuis trop longtemps. Il n'a qu'un mot à te dire, le voici : Fais satisfaction, ou dis qui a commis le meurtre. Tu sais bien que ton armée est en campagne, et cependant tu crois m'amuser avec un collier de porcelaine. Le sang de mes frères crie bien haut; si bientôt je ne suis apaisé, je tirerai vengeance de leur mort. C'est Ondessonk (le Père Le Moyne) en personne que je veux voir. Tu es si effronté que tu oses bien redemander quelques haches et quelques haillons qu'on a pris à tes gens; as- tu rapporté ce que tes compatriotes ont pillé, ce que vous avez volé depuis deux ans, dans les maisons françaises ? Si tu veux la paix, faisons d'abord la guerre. Le Français ne sait ce que c'est de craindre quand une fois la guerre est résolue ..."
Le discours énergique de M. d'Ailleboust en imposa aux Agniers. Ils cessèrent de réclamer la liberté pour leurs compatriotes et promirent au gouverneur de revenir au printemps avec le Père Le Moyne, qui se trouvait dans leur canton, et d'amener également les meurtriers des trois colons de la Pointe Saint-Charles, s'ils pouvaient les découvrir.
Les trois ambassadeurs retournèrent tout de suite dans leur pays.
Source: Ernest Gagnon, Feuilles volantes et pages d'histoire.
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