‹ La ville de Québec sous le régime françaisChapitre 127 sur 275 · PIERRE DE VOYER, VICOMTE D'ARGENSON · texte numérisé non relu

PIERRE DE VOYER, VICOMTE D'ARGENSON

A famille de Voyer d'Argenson s'est signalée dans les armes,

la magistrature, la prélature, les lettres, etc. Originaire de

J — la Touraine, elle y possédait la terre de Paulmy depuis le règne de l'empereur Charles le Chauve, selon une tradition très respectable. Regnault de Voyer, sire de Paulmy, fut le compagnon d'armes, le conseiller et l'ami intime de saint Louis, roi de France, et le suivit dans tous ses voyages d'outre-mer. Un Voyer fut tué à Azincourt. Jean de Voyer figure à Pavie et à Cérisolles. C'est lui qui, en épousant Jeanne Gueffault, fit entrer la terre et le nom d'Argenson dans sa famille.

René de Voyer d'Argenson fut employé par Richelieu et Mazarin dans des mission délicates et difficiles. Son fils aîné, René de Voyer d'Argenson, fut ambassadeur à Venise. Son second fils, Pierre de Voyer, vicomte d'Argenson, fut notre gouverneur.

Pierre, chevalier, dit le vicomte d'Argenson, fut baptisé le 19 novembre 1626. Il était seigneur de Chastre et vicomte de Mouzé. Il fut tonsuré le 25 mars 1636, mais opta pour l'épée, et entra au service du roi comme gentilhomme ordinaire de la chambre.

En 1643, on le voit bailli de Touraine. En 1650, il est enseigne aux Gardes. Un peu plus tard, il devient conseiller d'État. Il servit aux sièges de Porto-Lougone, de la Bassée et d' Ypres, à la bataille de Lens et au siège de Bordeaux, où il reçut plusieurs blessures.

Nommé au gouvernement de la Nouvelle-France, le 26 janvier 1657, pour remplacer M. de Lauzon, déjà retourné en France, le vicomte d'Argenson s'embarqua de bonne heure au printemps de la même année pour Québec. Le vaisseau qui le portait, mal conduit ou pris par les tempêtes, relâcha deux fois en Irlande. Le nouveau gouverneur, peu accoutumé à la mer, ne continua pas sa route sur ce vaisseau. Il retourna en France avec quelques-uns de ses compagnons de voyage. C'est ce qui explique pourquoi il ne vint prendre possession de son gouvernement qu'un an et demi après sa nomination.

Jeune encore, M. d'Argenson avait à peine trente-deux ans,

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sa grande sagesse et ses mœurs sévères l'avaient fait remarquer du président Lamoignon, qui l'avait recommandé au roi pour succéder à M. de Lauzon.

Le président Lamoignon était le conseiller ordinaire de M. d'Argenson. Le Canada était si éloigné de la France que le gouverneur pouvait difficilement communiquer avec son ami. Laissé à lui-même, il fut un peu embarrassé pour conduire les affaires de la colonie.

Soldat de profession, M. d'Argenson vit, en arrivant à Québec, le triste état de la colonie, et comprit qu'elle ne pouvait se relever si le roi n'envoyait des secours en hommes et en argent. Les démêlés qu'il eut peu après avec M81" de Laval au sujet de questions de préséance et de droits honorifiques de même qu'au sujet de la traite de l'eau-de-vie, joints à une santé chancelante, achevèrent de le dégoûter de la Nouvelle-France, et il pria le président Lamoignon de travailler à lui faire avoir un successeur. C'est M. Dubois d'Avaugour qui vint le remplacer. Celui-ci arriva à Québec, le 31 août 1661, et M. de Voyer d'Argenson en partit le 19 septembre suivant. Il était donc resté au Canada un peu plus de trois ans.

Nous avons peu de renseignements sur le reste de la carrière de M. de Voyer d'Argenson. Nous savons qu'il testa le 9 avril 1709 et demanda à être enterré à Mouzé. Il semble ne s'être pas marié.

Source: Le Monde Illustré, de Montréal, 16 novembre 1901, article de Régis Roy.

Signature du gouverneur d'Argenson

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" LA RÉCEPTION DE Mp LE VICOMTE D'ARGENSON "

1e gouverneur d'Argenson arriva à Québec le 11 juillet 1658. Le nouveau gouverneur fut reçu avec tous les honneurs dus à son rang par M. d'Ailleboust, administrateur de la colonie. M. d'Argenson ne se reposa pas longtemps des fatigues de la traversée. Le lendemain même de son arrivée, au moment où il allait se mettre à table, on vint lui apprendre que les Iroquois, dont la présence avait été signalée dans les alentours de Québec, venaient de tuer une femme montagnaise occupée à travailler dans un champ. Il ne perdit pas un instant. A la tête de deux cent cinquante hommes, il se mit à la poursuite des lâches assassins. Mais, ceux-ci, avertis par leur coureurs, s'enfoncèrent dans la forêt et l'expédition revint à Québec sans coup férir.

Ce fut le 28 juillet, quelques jours seulement après la surprise causée par les Iroquois, que les élèves du collège de Québec donnèrent une réception solennelle en l'honneur du vicomte d'Argenson.

L'estrade avait été dressée dans le jardin du collège, à l'ombre d'une haie vive dont les branchages touffus protégeaient les spectateurs contre l'ardeur du soleil. Toute la population de Québec put se placer sur les bancs rustiques disposés en hémicycle. Les fauteuils des invités étaient au milieu de l'enceinte champêtre.

Le Journal des Jésuites nous donne un bien pâle compte rendu de cette réception, qui, sans doute, fut très imposante. A la date du 28 juillet 1658, le Père De Quen note:

" M. le gouverneur nous fit l'honneur, avec M. l'abbé Queylus, de dîner chez nous, où il fut reçu par la jeunesse du pays d'un petit drame en français, huron et algonquin, dans notre jardin, à la vue de tout le peuple de Québec. Le dit sieur gouverneur témoigna être content de cette réception."

Le compte rendu du Journal des Jésuites est sobre, trop sobre, mais, heureusement, ce petit drame en trois langues a été conservé. Il nous fait connaître, en même temps, les jeunes écoliers qui montèrent sur les planches ce jour-là. C'étaient Pierre Duquet, qui représentait le génie universel de la Nouvelle-France ; René Char-

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tier, qui représentait le génie des forêts, interprète des étrangers; Ignace de Repentigny, Jean-François Buisson, Charles Sevestre et Denys Masse, personnages français; Charles Denys, qui représentait le sauvage huron; Jean-François Bourdon, qui représentait l'Algonquin; Guillaume Brassard et Paul Denys, qui représentaient les étrangers, l'un du sud, l'autre du nord; et enfin Jean- Baptiste Morin et Jean Poupart qui représentaient, le premier, un captif huron, et l'autre, un captif nez-percé.

Le génie universel de la Nouvelle-France (Pierre Duquet) présenta ainsi au gouverneur d'Argenson les différents personnages de la pièce:

" Monseigneur, le bruit et la renommée de vos grandeurs, de vos vertus et de vos mérites avaient déjà passé les mers et retenti jusques ici aux oreilles du Français, avant qu'ils eussent l'honneur de vous voir en ces contrées; mais le bruit de vos canons tirés à votre arrivée s'étant fait entendre partout sur terre, on a amassé toutes les nations lesquelles venant de fort loin et par des chemins très fâcheux, on ne doit pas s'étonner, Monseigneur, si j'ai différé si longtemps à vous les présenter en qualité de génie universel de ce nouveau monde."

Chaque personnage fit ensuite son compliment au gouverneur dans sa propre langue. Les quatre Français, plus policés que leurs frères hurons, algonquins et nez-percés, parlèrent en vers.

Signature de Pierre Duquet

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