LETTRE DE M& DE LAVAL
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UN FESTIN DE Mp DE LAVAL AUX SAUVAGES
Ies Sauvages jugeaient de la qualité et de la valeur des personnages qui venaient en rapport avec eux par l'éclat et l'abondance des festins qu'ils leur donnaient. L'intelligence, chez eux, était développée jusqu'à un certain point, mais l'instinct et la sensibilité les gouvernaient plus que toute autre faculté. Mgr de Laval, qui voulait les gagner, dut faire comme les gouverneurs et leur donner à manger. Le 22 juin 1659, cinq jours après son arrivée, il fit donc un grand festin aux Hurons et aux Algonquins, dans une des salles du collège des Jésuites.
Le Père de Brébeuf dit que le menu ordinaire de ces festins était le cerf, l'ours et même le chien. Les convives ne faisaient usage ni de tables ni de chaises. Ils s'asseyaient tout simplement sur le plancher, et chacun se servait dans les chaudières où les aliments avaient été mis au feu. Le repas préparé, l'ordonnateur nommait à haute voix les animaux qui garnissaient les chaudières. Chacun marquait son approbation en frappant le plancher ou la terre de son plat, et en répétant du fond de l'estomac : Ho! Ho! Ho!
Le festin offert par de Laval mit les Hurons et les Algonquins en bonne humeur, et il y eut plusieurs harangues entremêlées de leurs chants ordinaires. Les discours, prononcés en langue sauvage, étaient aussitôt traduits en français par un Père Jésuite.
Le principal orateur fut un chef huron. Il commença en louangeant l'évêque qui n'avait pas craint de traverser les mers pour venir convertir des misérables. "Nous ne sommes plus rien," ajouta-t-il, "en qualifiant Mgr de Laval du titre d'homme de la grande affaire, nous ne sommes plus que le débris d'une nation florissante, qui était autrefois la terreur des Iroquois, et qui possédait toutes sortes de richesses. Ce que tu vois n'est que la carcasse d'un grand peuple, dont l' Iroquois a rongé toute la chair, et qui s'efforce d'en sucer jusqu'à la moelle. Quels attraits peux-tu trouver dans nos misères ? Comment te laisses-tu charmer par ce reste de charogne vivante, pour venir de si loin prendre part à un si pitoyable état auquel tu nous vois? Il faut bien que la Foi qui
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opère ces merveilles soit telle qu'on l'a publiée, il y a plus de trente ans. Ta présence seule, quand tu ne dirais mot, nous parle assez haut pour elle, et pour nous confirmer dans les sentiments que nous en avons."
Le chef huron termina en affirmant à de Laval qu'il ne réussirait à faire les Hurons chrétiens qu'en détruisant les Iroquois, leurs ennemis. " De notre vie dépend celle d'une infinité de peuples, dit-il encore, mais notre vie dépend de la mort des Iroquois."
Ce discours était d'autant plus touchant qu'il représentait les derniers soupirs d'une nation mourante.
La harangue d'un capitaine algonquin ne fut pas moins pathétique. " Je m'en souviens, dit-il, en comptant par ses doigts, il y a vingt-trois ans que le Père Le Jeune, en nous jetant les premières semences de la foi, nous assura que nous verrions, un jour, un grand homme, qui devait avoir toujours les yeux ouverts, et dont les mains seraient si puissantes, que du seul attouchement elles inspireraient une force indomptable à nos cœurs, contre les efforts de tous les démons. Je ne sais s'il y comprenait les Iroquois : si cela est, c'est à présent que la foi va triompher partout; elle ne trouvera plus d'obstacle qui l'empêche de percer le plus profond de nos forêts, et d'aller chercher à trois et quatre cents lieues d'ici les nations qui nous sont confédérées, au pays desquelles cet ennemi commun nous bouche le passage."
Le chef algonquin, en parlant ici des mains de l'évêque de Pétrée, voulait faire allusion au sacrement de confirmation. Le spectacle de l'évêque imposant les mains sur eux dans la cérémonie de la confirmation avait frappé son esprit.
M87 de Laval répondit aux discours des chefs algonquins et hurons. Il les félicita de leur éloquence et leur conseilla de persévérer dans la foi qu'ils avaient embrassée. Cette foi, leur dit-il, vous donnera des biens autrement plus précieux que ceux que les Iroquois vous ont fait perdre.
Source: Relation des Jésuites, année 1659.
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