LES TEMPS HÉROÏQUES DE QUÉBEC
ord Elgin, gouverneur du Canada de 1847 à 1854, qui fut si
aimable et si bon pour nous, était un homme instruit et,
conséquemment, sans préjugés, mais sa sympathie pour les Canadiens français ne provenait pas seulement de ses belles qualités. Dès son arrivée ici, il s'était mis à étudier notre histoire et s'était rendu compte que nos origines étaient pures et dignes des descendants des croisés.
C'est le noble lord qui a consacré définitivement le qualificatif de temps héroïques à la période de notre histoire qui s'étend de la fondation de Québec, en 1608, à l'expédition de M. de Tracy contre les Iroquois, en 1666.
Il n'y a pas que les hommes qui furent braves dans les commencements de la Nouvelle-France. Les femmes furent vraiment héroïques. Que dire, par exemple, des Ursulines et des Hospitalières établies à Québec ?
Sait-on qu'aux environs de 1660, la situation était si désespérée à Québec qu'il fut presque question d'abandonner le pays ?
C'est dans les annales des communautés de Québec que nous trouvons des précisions au sujet des tristesses de l'année 1660. Les annales des Ursulines disent :
" Les habitants de Québec étaient pour la plupart dispersés dans les champs, au printemps de 1660, quand, soudain, se répand la nouvelle que douze cents Iroquois, rassemblés dans les environs de Montréal, complotent de perdre toute la colonie, " et que, dans ce but, ils vont commencer par la capitale où réside Onnontio, afin qu'ayant coupé la tête, il leur soit plus facile d'abattre les membres," c'est-à-dire qu'après avoir pris Québec, ils fondront sur Trois-Rivières et Montréal, pour anéantir à jamais, en Canada, la race française!
" Qu'on s'imagine, s'il est possible, la terreur qui se répand partout à cette nouvelle! On expose le Saint-Sacrement pour implorer la miséricorde de Dieu, et l'on se recommande à la sainte Vierge. Mgr de Laval, craignant pour les religieuses, leur ordonne
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de sortir de leurs maisons, et les fait conduire chez les RR. PP. Jésuites où on leur donne des corps-de-logis séparés: aux Ursulines, celui de la Congrégation, et aux Hospitalières, un autre qui en était voisin.
" Quand les habitants nous virent quitter une maison aussi forte que la nôtre," dit la Mère de l'Incarnation, "car celle de l'hôpital est mal située au regard des Iroquois, ils furent si épouvantés qu'ils crurent que tout était perdu. Ils abandonnèrent leurs maisons et se retirèrent, les uns dans le fort, les autres chez les Révérends Pères, les autres chez Mgr notre évêque, et les autres chez nous où nous avions six ou sept familles, tant chez nos domestiques, que dans nos parloirs et offices extérieurs. Le reste se barricada de tous côtés dans la basse ville où l'on posa plusieurs corps de garde. Cependant le monastère avait été mis en état de siège. L'on avait fait quantité de redoutes, dont la plus forte était proche de notre écurie, pour défendre la grange d'un côté et l'église de l'autre."
" Une nuit s'étant ainsi passée dans les transes, le lendemain matin, après la messe, on ramena à leur monastère la famille émigrée des Ursulines et de leurs élèves. Le soir venu, elles reprirent le chemin du collège des Révérends Pères: cette scène qui, heureusement, ne devait pas avoir de dénouement sérieux, se renouvela pendant huit jours. Jugeant alors que le monastère était suffisamment fortifié, on permit aux religieuses d'y demeurer.
" Le 8 juin, on commençait à se rassurer un peu, lorsqu'on apporte tout-à-coup la nouvelle que les Iroquois sont à la veille de tomber sur Québec. " En moins d'une demi-heure, dit la Mère de l'Incarnation, chacun fut rangé en son poste et en état de se défendre. Toutes nos portes furent de nouveau barricadées, et je munis tous nos soldats de ce qui leur était nécessaire. Les femmes étaient tout-à-fait effrayées."
" Nous avions vingt-quatre hommes auxquels il fallait donner tous les besoins de guerre et de vivres. Ils étaient divisés en trois corps-de-garde et faisaient la ronde toute la nuit par les ponts de communication qui allaient partout, et nous gardaient ainsi fort exactement. Enfin, nous fûmes heureuses d'être délivrées de ce fardeau, et l'on en chanta le Te Deum en toutes les églises."
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