POUR VENTE D'EAU-DE-VIE AUX SAUVAGES
A vente de l'eau-de-vie aux Sauvages fut probablement la
question qui causa le plus d'ennuis à Mp de Laval pendant
— son long épiscopat. Le prélat et les missionnaires prétendaient qu'il était impossible de songer à amener les Sauvages au christianisme du moment qu'on leur fournissait de l'eau-de-vie. D'un autre côté, les traiteurs affirmaient que les Sauvages, pouvant se procurer de l'eau-de-vie dans la Nouvelle- Angleterre, abandonneraient l'alliance des Français pour se joindre aux Anglais si on ne leur en donnait pas dans la colonie.
Le 5 mai 1660, M*1 de Laval excommunia tous ceux qui vendaient de l'eau-de-vie aux Sauvages. Il avait même obtenu la peine de mort contre ceux qui transgresseraient les ordonnances à ce sujet.
Le gouverneur d'Avaugour, homme rigide et fidèle observateur des lois, n'y alla pas de main morte pour arrêter cet abus.
Le 7 octobre 1661, il fit arquebuser le nommé Daniel Uvil pour vente d'eau-de-vie aux Sauvages. Le 1 1 octobre, un nommé La Violette eut le même sort, pour la même faute. Quelques jours plus tard, une veuve de Québec fut arrêtée pour avoir traité de l'eau-de-vie avec les Sauvages. M. d'Avaugour était bien décidé à la punir aussi sévèrement.
Le Père Lalemant, sans songer aux conséquences que pourrait avoir sa démarche, intercéda pour cette pauvre femme auprès du gouverneur. M. d'Avaugour déclara que si la traite n'était pas une faute punissable pour cette femme, elle ne l'était pas plus pour les hommes qui s'y livraient. Aussi, en janvier 1662, il décréta que la traite de l'eau-de-vie serait désormais libre pour tous.
M*1 de Laval entra alors en scène. Les prêtres, sur ses instructions, refusèrent l'absolution à ceux qui faisaient la traite ou l'encourageaient directement et indirectement.
Garneau écrit, dans son Histoire du Canada:
" Les choses en vinrent au point que le prélat, la mître en tête, la crosse à la main, environné de son clergé, monta en chaire
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et fulmina, après un discours pathétique, une sentence d'excommunication contre tous ceux qui refusaient de se soumettre aux défenses de la traite de l'eau-de-vie. Cet anathème solennel enveloppait indirectement M. d' Avaugour, et il suscita des accusations injurieuses contre les ecclésiastiques."
Le Journal des Jésuites est très discret sur tous ces événements. Au mois de février 1662, on y lit la mention suivante: " Le jour de S. Mathias, on fut obligé de relever l'excommunication, à cause des troubles et désordres extraordinaires."
MF de Laval, pour mettre fin à ces tristesses, résolut d'aller porter ses plaintes au pied du trône. Il s'embarqua le 12 août 1662, en compagnie du Père Ragueneau. En France, l'évêque de Pétrée obtint tous les pouvoirs qu'il désirait pour régler le commerce de l'eau-de-vie. Le roi, de plus, lui accorda le rappel de M. d'Avaugour et lui permit de choisir lui-même son successeur.
MF de Laval revint au pays, le 15 septembre 1663, mais M. d'Avaugour était parti depuis le 23 juillet.
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