‹ La ville de Québec sous le régime françaisChapitre 143 sur 275 · LE GOUVERNEUR DE SAFFRAY DE MÉZY · texte numérisé non relu

LE GOUVERNEUR DE SAFFRAY DE MÉZY

E roi Louis XIV, pour être agréable à ]VF de Laval, qui avait

I eu tant à se plaindre de M. d'Avaugour, voulut qu'il fit lui- — même le choix de son successeur.

M*1" de Laval suggéra Augustin de Saffray de Mézy, major de la ville de Caen.

La famille de Saffray était de vieille noblesse normande. Dès le mois d'août 1358, Pierre Saffray avait été anobli par lettres de Charles V, duc de Normandie, régent du royaume pendant la captivité du roi Jean.

Odet de Saffray, seigneur de Mézy, de Vimont, d'Escoville, etc., fut capitaine d'une compagnie de gens de pied. C'est du mariage de ce Odet de Saffray et de Anne Thiboust que naquit notre gouverneur.

Suivant un passeport, donné au camp d'Heilly, le 30 septembre 1636, par Monseigneur, fils de France, duc d'Orléans, le chevalier de Mézy servait alors en qualité de gentilhomme volontaire.

M. de Mézy avait eu, paraît-il, une jeunesse fort dissipée. Le plaisir et le jeu avaient fait disparaître toute sa fortune qui ne devait pas être considérable puisqu'il avait cinq frères et une sœur. L'Histoire de ï Hôtel-Dieu de Québec nous dit qu'une conversion éclatante et une humilité extrême, qui lui faisaient rendre aux pauvres tous les services, jusqu'à les porter sur ses épaules dans les rues d'une grande ville, l'avaient recommandé à l'attention de M^ de Laval. Comme il était chargé de dettes, Louis XIV, qui l'avait nommé pour sa dévotion, lui accorda de généreuses gratifications afin qu'il pût payer ses créanciers.

Nommé gouverneur de la Nouvelle-France, le 1er mai 1663, M. de Mézy s'embarqua peu après pour son gouvernement. Il fit le voyage avec MKr de Laval.

Le Journal des Jésuites note ainsi, le 15 septembre 1663, l'arrivée des deux personnages à Québec :

" Le 7, nous vint la nouvelle du vaisseau du Roi, qu'on estimait être celui qui portait monseigneur de Pétrée. On envoya

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chaloupe au devant à Tadoussac, qui en effet ramena ici le 15, M. le gouverneur de Mézy, Monseigneur l'évêque, etc."

Les premiers mois du séjour de M. de Mézy à Québec se passèrent assez bien. Il manifestait même beaucoup de respect pour M81 de Laval à qui il devait sa charge. Mais, d'un caractère soupçonneux et atrabilaire, M. de Mézy s'imagina bientôt que l'évêque de Pétrée voulait empiéter sur ses attributions. Deux partis s'étaient formés dans le Conseil Souverain, l'un qui voulait la traite de l'eau-de-vie et l'autre qui s'y opposait, et suivait les avis de M*7 de Laval sur ce point. M. de Mézy, par dépit, se montra favorable à la traite et voulut destituer les conseillers qui ne lui étaient pas favorables, mais, pour cela, il lui fallait le consentement de l'évêque, qui lui fut refusé. Le gouverneur, illégalement, passa outre et nomma des conseillers de sa seule autorité.

Le gouverneur ne garda plus alors de mesure à l'égard de M" de Laval. Le vieux Journal des Jésuites lève un peu le coin du voile sur ses procédés. " Le 5 (octobre 1664), dit-il, M. le gouverneur fit publier à son de tambour réitéré une pancarte d'injures contre M. l'évêque et autres, ce qui donna sujet aux ecclésiastiques de voir en leur conscience ce qu'ils étaient obligés de faire: de hoc alibi. M. le gouverneur se plaignait partout tout haut qu'on lui refusait la confession et l'absolution; mais notre réponse était que Dieu savait tout."

Il y avait plus de six mois que durait la scandaleuse situation créée par M. de Mézy lorsque la maladie puis la mort du gouverneur vinrent y mettre fin.

Signature du gouverneur de Mézy

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