LE TREMBLEMENT DE TERRE DE 1663 À QUÉBEC
A Mère Marie de l'Incarnation, après avoir raconté à son fils
les visions d'une femme sauvage et d'une "personne d'une
— vertu éprouvée, " qui avaient eu connaissance d'avance de toutes les horreurs du tremblement de terre de 1663, ajoute:
" Le 3 février 1663, le temps était fort calme et serein, et la vision n'était pas encore passée, que l'on entendit de loin un bruit et bourdonnement épouvantable, comme si un grand nombre de carosses roulaient sur des pavés avec vitesse et impétuosité. Ce bruit n'eut pas plus tôt réveillé l'attention que l'on entendit sous terre et sur la terre et de tous côtés, comme une confusion de flots et de vagues qui donnaient de l'horreur. L'on entendait de toutes parts comme une grêle de pierres sur les toits, dans les greniers et dans les chambres. Il semblait que les marbres dont le fond de ce pays est presque tout composé, et dont nos maisons sont bâties, allaient s'ouvrir et se mettre en pièces pour nous engloutir. Une poussière épaisse volait de tous côtés. Les portes s'ouvraient d'elles-mêmes, d'autres qui étaient ouvertes se fermaient. Les cloches de toutes nos églises et les timbres de nos horloges sonnaient toutes seules, et les clochers aussi bien que nos maisons étaient agités comme des arbres quand il fait vent; et tout cela dans une horrible confusion de meubles qui se renversaient, de pierres qui tombaient, de planchers qui se séparaient, de murs qui se fendaient. Parmi tout cela l'on entendait les animaux domestiques qui hurlaient. Les uns sortaient des maisons, les autres y rentraient. En un mot, l'on était si effrayé, que l'on s'estimait à la veille du jugement, puisque l'on en voyait les signes.
" Un accident si inopiné et en un temps auquel les jeunes gens se préparaient à passer le carnaval dans des excès, fut un coup de tonnerre sur la tête de tout le monde, qui ne s'attendait à rien moins. Ce fut plutôt un coup de la miséricorde de Dieu sur tout le pays, comme on l'a vu par les effets. Dès cette première secousse la consternation fut universelle. Et comme l'on ignorait ce que c'était, les uns criaient au feu, croyant que ce fût un incendie, les
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autres couraient à l'eau pour l'éteindre; d'autres se saisirent de leurs armes, croyant que ce fût une armée iroquoise. Mais comme ce n'était rien de tout cela, ce fut à qui sortirait dehors pour éviter la ruine des maisons qui semblaient sur le point de tomber.
" On ne trouva pas plus d'assurance dehors que dedans: car par le mouvement de la terre, qui trémoussait sous nos pieds comme des flots agités sous une chaloupe, on reconnut aussitôt que c'était un tremblement de terre. Plusieurs embrassaient les arbres qui, se mêlant les uns dans les autres, ne leur causaient pas moins d'horreur que les maisons qu'ils avaient quittées; d'autres s'attachaient à des souches qui, par leurs mouvements, les frappaient rudement à la poitrine.
La première secousse, au dire de la Mère Marie de l'Incarnation, dura près d'une demi-heure. Sur les huit heures du soir, le tremblement de terre recommença, et pendant une heure il redoubla deux fois. " Le redoublement vint trente-deux fois cette nuitlà, à ce que m'a dit une personne qui les avait comptés, " dit encore la Mère de l'Incarnation. Elle ajoute, cependant: " Je n'en comptai pourtant que six, parce que quelques-uns furent faibles et quasi imperceptibles. "
Les secousses du tremblement de terre, tant à Québec qu'à la campagne, durèrent l'espace de sept mois, quoique avec inégalité.
On a prétendu que la Mère Marie de l'Incarnation avait quelque peu exagéré les horreurs du tremblement de terre de 1663. Le Père Jérôme Lalemant, qui n'était pas le premier venu, a également parlé de ce tremblement de terre dans les Relations des Jésuites. Son récit ne diffère pas sensiblement de celui de la sainte Ursuline.
Source: Mère Marie de l'Incarnation, Lettres; Relation des Jésuites, année 1664.
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" Te 26 mars 1663, Mgr de Laval fondait le séminaire de Québec. " Pour ne pas nuire aux Jésuites, qui tenaient déjà un — collège bien organisé, le fondateur n'ouvrit d'abord qu'un grand séminaire dont les premiers élèves furent Germain Morin, Louis Jolliet, Amador Martin, Pierre de Francheville, Louis Soumande.
" Parmi les prêtres qui, après Mgr de Laval, doivent être considérés comme fondateurs de cette maison, nommons MM. de Bernières, de Maizerets, Dudouyt, Morel et Pommier.
" Le 9 octobre 1668, sur le désir formel de Louis XIV et de Colbert, M81 de Laval ouvrit un petit séminaire, destiné à l'éducation des enfants français et sauvages.
" De 1663 à 1680, le séminaire de Québec n'eut, pour soutenir son œuvre, d'autres ressources que les largesses de son fondateur, le travail, le zèle et l'abnégation de ses prêtres. En 1680, M81 de Laval lui donna tous ses biens, consistant surtout en terres, s'en réservant cependant l'usufruit jusqu'à sa mort . . .
" Avec le dix-huitième siècle commença ce que l'on pourrait appeler la période des épreuves. Un premier incendie, le 15 novembre 1701, vint " en moins de quatre à cinq heures, consumer l'ouvrage de plus de trente ans." Des bâtiments construits de 1677 à 1696, il ne restait presque plus rien. C'était une perte de plus de trente mille livres.
" Le zèle et la confiance de M81" de Laval et des prêtres du Séminaire ne furent pas ébranlés par ce malheur. Soutenus par les sympathies de la population canadienne, ils se mirent courageusement à l'œuvre, et, à force de travaux, d'économies et de privations de toutes sortes, ils étaient parvenus à relever la maison de ses ruines, à la refaire plus grande et plus confortable que jamais, lorsque, le 1er octobre 1705, un nouvel incendie, non moins désastreux que le premier, détruisit le petit séminaire de fond en comble. On dut renvoyer tous les élèves, à l'exception de douze.
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" Le vénérable fondateur, alors plus qu'octogénaire, et ses dignes collaborateurs, abattus mais non découragés, entreprirent une seconde fois le rétablissement de cette maison pour laquelle ils avaient déjà tant travaillé. Ils y réussirent. Au prix de quels sacrifices ? Dieu seul le sait !
" D'autres épreuves s'ajoutèrent: ce fut, en 1708, la mort de Mp de Laval, et de 1700 à 1715, des épidémies de petite vérole et de pourpre qui enlevèrent bon nombre d'élèves et plusieurs prêtres de la maison ... On peut dire que le premier quart du dix-huitième siècle ne laissa guère après lui que des souvenirs douloureux. Et, cependant, au milieu de toutes ces difficultés, le séminaire poursuivait son œuvre. Il élevait des enfants qui se destinaient à l'état ecclésiastique; en préparait d'autres pour les arts et les métiers; formait des séminaristes pour le sacerdoce; fournissait des prêtres aux paroisses; envoyait enfin des missionnaires jusqu'en Acadie et au Mississipi.
" De 1730 à 1755, sous l'habile direction des Vallier, des Villars et des Jacrau, la maison vit des jours meilleurs: les dettes furent payées, des améliorations importantes furent faites, le nombre des élèves augmenta. Malheureusement, la guerre arriva avec toutes ses horreurs: famine, sièges, bombardement, etc. Faute de pain pour les nourrir, le séminaire dut renvoyer tous ses élèves, à la fin de 1758. Comme leurs devanciers, en 1690, les écoliers de 1758 échangèrent la plume pour le mousquet.
" Malgré la bravoure et l'endurance des Canadiens, le Canada tomba " presque enseveli sous ses ruines."
" Autant et peut-être plus que n'importe quelle institution du pays, le séminaire de Québec eut à souffrir de cette guerre. Non seulement tous les bâtiments à Québec, ravagés par les boulets, étaient devenus inhabitables, mais les fermes elles-mêmes avaient été pillées et incendiées. Tout était à refaire. . . "
Source: Almanach de L'Action Sociale Catholique, 1917, article de Amédée Gosselin.