‹ La ville de Québec sous le régime françaisChapitre 156 sur 275 · MADAME DE LA VALLIÈRE ET LES URSULINES · texte numérisé non relu

MADAME DE LA VALLIÈRE ET LES URSULINES

Dans les Mémoires de madame de Maintenon, nous trouvons l'allusion suivante à Québec:

" En ces temps-là, les gens de bien formaient des ligues de piété contre les maîtresses. Ils s'attribuaient la conversion de La Vallière et aspiraient à triompher aussi de madame de Maintenon qui y avait plus de part qu'eux et dont l'éternelle enfance se joua longtemps de leurs projets. . . De présomptueuses dévotes, occupées de tous les péchés hormis les leurs, se punissaient par des haires et des cilices de fautes qu'elles n'avaient pas commises.

" Avec toute la sévérité de l'orgueil qui expie les crimes d'autrui quelques-unes fesaient de longs pèlerinages, d'autres d'abondantes aumônes. De tous côtés, on priait, on pleurait, on se donnait la discipline, on s'imposait des pénitences, non pour que le roi de France laissât en paix ses voisins, diminuât les impôts, se soumît aux lois, rendît aux remontrances des parlements, le droit d'effet suspensif (enlevé par les édits de 1667 et 1669), mais pour qu'il cessât d'aimer une femme.

" Et comme si les vœux du nouveau monde étaient plus agréables à Dieu que ceux de l'ancien, on fesait offrir à Québec, le sacrifice propitiatoire pour des péchés faits à Paris. . . "

Avons-nous besoin de noter que les Mémoires de madame de Maintenon cités ici ne furent pas publiés ni écrits par cette grande dame. Madame de Maintenon était trop pieuse, et avait trop le sentiment des convenances pour prendre ce ton de persiflage, à l'égard des bonnes âmes qui priaient et s'imposaient des pénitences pour la conversion de Louis XIV.

Nous ne croyons pas nous tromper, en concluant du passage que nous venons de tirer des Mémoires de madame de Maintenon, que c'est au monastère des Ursulines de Québec qu'on priait pour faire cesser les relations de Louis XIV avec madame de La Vallière.

En effet, le 19 août 1664, la vénérable Mère Marie de l'Incar-

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nation, écrivant à une de ses anciennes novices de Tours, la mère Isabelle de La Vallière, lui faisait la confidence suivante:

" Tous vos proches me touchent de près, et le sujet qui vous afflige, m'afflige aussi. J'en ai eu connaissance en ce bout du monde où je vous dirai que nous avons entrepris de faire de grandes pénitences et de grandes dévotions, pendant dix semaines, en l'honneur de la Passion de Notre-Seigneur, afin qu'il plaise à sa bonté d'y mettre ordre et d'opérer la conversion de qui vous pouvez juger."

Le nom de la correspondante de Marie de l'Incarnation nous permet de supposer qu'elle était parente de Louise-Françoise de La Vallière.

Celle-ci était alors dans le plus fort de son crédit auprès du grand roi. Sa vie à la cour n'était pas précisément celle d'une carmélite.

Les ferventes prières des Ursulines de Québec ne furent pas entendues tout de suite. Dieu, dont les desseins sont insondables, n'exauce pas toujours sur-le-champ les prières même les plus ferventes. Toutefois, onze ans après le message de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation à la Mère Isabelle de La Vallière, la duchesse de La Vallière quittait la cour de Versailles pour entrer chez les Carmélites de Paris.

Elle prononça ses vœux de Carmélite et mena une vie plus angélique qu'humaine. Elle mourut en disant des Carmélites qui entouraient son lit de mort de leurs regrets et de leurs larmes: " Une pécheresse comme moi ne mérite pas de mourir au milieu de ces vierges-là."

Les Ursulines de Québec possédaient autrefois une peinture représentant madame de La Vallière, en prière. Elles ont fait transformer ce portrait en sainte Thaïs. Cette peinture est encore dans la chapelle du monastère.

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