JEAN TALON À QUÉBEC
" TE nom de Jean Talon est l'un des plus glorieux de notre his- I toire. Cet homme éminent a été pour le Canada, au dix- — * septième siècle, ce que Colbert fut pour la France. Il s'est montré, sur les rives du Saint-Laurent, le digne collaborateur du grand ministre. Il a donné à la colonie un essor qu'elle n'avait point connu jusque là. Ses conceptions fécondes, ses vastes projets, ses initiatives intelligentes ont fait sentir leur influence sur les progrès économiques, industriels et commerciaux et sur l'administration interne de la Nouvelle-France, durant trois quarts de siècle.
" Jean Talon était né vers 1625. Il fut nommé intendant de la Nouvelle-France le 23 mars 1665.
" Talon arriva à Québec le 12 septembre 1665, en même temps que M. de Courcelles. L'escadre qui le suivait portait plusieurs compagnies du régiment de Carignan, " un grand nombre de familles, quantité d'artisans, des engagés, des bœufs, des moutons, les premiers chevaux qu'on ait vus en Canada, en un mot une colonie plus considérable que celle qu'on venait renforcer. "
" Pendant que MM. de Tracy et Courcelles faisaient construire des forts, organisaient et dirigeaient des expéditions, le nouvel intendant se consacrait avec ardeur à la tâche qu'il était venu accomplir.
" M. Talon encouragea l'agriculture. Il fit faire des explorations relatives aux mines de charbon, de cuivre, dont on lui avait signalé l'existence. Il fit construire des vaisseaux à Québec pour inaugurer des relations commerciales avec les Antilles, et il y expédia du poisson, des pois, des huiles, du bois. Il favorisa la culture du lin et du chanvre. Par ses soins, s'élevèrent une tannerie, une brasserie pour la fabrication de la bière, une halle pour la vente des produits, ainsi que des fabriques de souliers et de chapeaux.
" En 1666, il fait faire le premier recensement nominal de la Nouvelle-France. Pour donner l'exemple, il fit défricher des terres aux environs de Québec, il y forma trois villages, qu'il appela Bourg-Royal, Bourg-la-Reine et Bourg-Talon, et il y envoya grand nombre de colons. Il accorda au sieur Follin un privilège
pour la fabrication du savon et de la potasse. En un mot, il donna une puissante impulsion à la colonisation, aux industries et au commerce . . .
" Cependant, dès 1666, il avait demandé son rappel. L'état de sa santé et certaines difficultés avec M. de Courcelles lui faisaient désirer son retour en France. Il l'obtint en 1668.
" En 1669, Colbert décida de renvoyer Talon au Canada. Malheureusement, le vaisseau qui le portait, ballotté par une effroyable tempête, fut obligé de relâcher à Lisbonne, et, finalement, périt en s'en retournant à La Rochelle, presque en vue de ce port. Talon ne put se rendre au Canada que l'année suivante.
" Durant sa seconde administration, Talon, tout en continuant de s'intéresser aux œuvres qu'il avait commencées, s'occupa surtout de la découverte et de la prise de possession des régions du nord et de l'ouest. Immédiatement après son arrivée, en 1670, il envoya le célèbre Cavelier de La Salle vers le pays des Illinois, et Saint-Lusson au Sault Sainte-Marie. En 1671, il dirigea une expédition vers la baie d'Hudson, sous la direction du Père Albanel. Il tourna aussi sa sollicitude vers l'Acadie, qu'il aurait voulu relier au Canada par une voie directe et sûre.
" En reconnaissance des services rendus par cet illustre intendant, Louis XIV érigea pour lui, en baronnie, en 1671, les trois bourgs qu'il avait établis, près de Québec, et il le créa baron des Islets.
" L'année suivante, Talon demanda et obtint définitivement son rappel. Les cinq années qu'il avait passées dans la Nouvelle- France avaient été fécondes et fructueuses. Il n'était point sans défaut; son esprit était trop imbu des préjugés parlementaires et gallicans au sujet des rapports de l'Église et de l'État. Mais, c'était un homme de foi et un grand administrateur.
" Après son retour en France, sa baronnie fut transformée en comté, et il devint comte d'Orsainville. Il mourut en novembre
" Son nom brille à côté de ceux de Champlain, de Maisonneuve, de Laval, de Frontenac, de Montcalm et de Lévis, dans nos annales canadiennes."
Source: la Presse, de Montréal, 29 juin 1901, article d'Ignotus; Thomas Chapais, Jean Talon, intendant de la Nouvelle- France.
Page 330