OÙ RÉSIDAIT L'INTENDANT TALON À QUÉBEC
I'est le 12 septembre 1665 que l'intendant Talon débarqua . à Québec après une traversée de cent dix-sept jours. Où se logea M. Talon en arrivant à Québec ?
Denis- Joseph Ruette d'Auteuil, marié à Claire-Françoise Clément Du Vault, était passé dans la Nouvelle-France en 1649. Sa belle-mère, Anne Gasnier, veuve de Jean Clément Du Vault, seigneur de Monceaux, qui était riche, vint ici en même temps que lui. La même année, elle obtenait la concession d'une bonne partie du terrain du parc Montmorency-Laval actuel, au haut de la côte la Montagne. Le 21 août 1655, Anne Gasnier se remariait avec Jean Bourdon. Par son contrat de mariage, elle abandonna sa concession à sa fille et à son gendre. Le 23 juillet 1656, M. d'Auteuil agrandissait considérablement son terrain en se faisant donner une nouvelle concession par le gouverneur de Lauzon. Sur ce vaste terrain il se bâtit une très belle maison. Exclu arbitrairement du Conseil Souverain par le gouverneur de Mézy en septembre 1664, M. d'Auteuil se retira sur son domaine de Monceaux, à Sillery.
Sa maison de la côte la Montagne était inoccupée lors de l'arrivée à Québec de M. Talon. Celui-ci s'empressa de la louer. C'est dans cette maison que M. Talon habita pendant son séjour à Québec, de 1665 à 1672.
Le 3 juillet 1667, par l'entremise de Octave Zapaglia, sieur de Ressan, secrétaire de M. de Tracy, M. Talon achetait la belle propriété qu'il occupait depuis 1665 et un autre emplacement de huit arpents sur la Grande- Allée, pour la somme de 6,500 livres.
Comme M. Talon avait fait pour une somme de 2,500 livres d'améliorations tant à la maison et à la grange qu'aux jardins et clôtures, il ne versa que 4,000 livres à M. d'Auteuil.
Le site merveilleux de la résidence de Talon a inspiré à M. Thomas Chapais une des plus belles pages de son livre Jean Talon, intendant de la Nouvelle-France:
" Des fenêtres de son hôtel, situé sur l'emplacement de notre
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ancien parlement provincial, au sommet de la côte la Montagne, Talon pouvait contempler, durant les beaux jours d'été où l'atmosphère est limpide et le ciel sans nuages, un admirable spectacle. A perte de vue s'étendaient devant lui les habitations de Beauport, de la côte de Beaupré et de l'île d'Orléans, espacées de quatre arpents en quatre arpents. Les champs cultivés, taillés en pleine forêt, allongeaient, entre des travées de verdure, leurs rectangles symétriques, où les blés mûrissants faisaient onduler leurs flots d'or. Plus près, une longue coupée à travers bois lui indiquait le chemin qu'il avait fait ouvrir jusqu'aux éclaircies de Bourg-Royal, de Bourg-la-Reine et de Bourg-Talon, créés et peuplés par ses soins. S'il abaissait les yeux vers la rade, il y apercevait de nombreux vaisseaux, dont quelques-uns déchargeaient leur cargaison de France, tandis que d'autres prenaient leur chargement pour les îles lointaines que son intelligente sollicitude rapprochait de notre pays par les courants alternatifs de l'échange et du commerce. En même temps, le bruit cadencé de la hache et du marteau montait jusqu'à lui du chantier maritime où, par ses ordres, se construisaient des navires destinés à relier les deux mondes. A ses pieds se groupaient les entrepôts, les magasins, les maisons de la ville basse industrieuse et commerçante. En haut du promontoire, sur le prolongement du plateau où s'élevait sa demeure, dans un rayon de quelques mille pas, le château, le séminaire-évêché, la cathédrale, le collège des Jésuites, le monastère des Ursulines, l'Hôtel-Dieu, la Sénéchaussée, contenaient et résumaient la vie politique, intellectuelle et religieuse de la Nouvelle-France."
Après son départ de la Nouvelle-France, la propriété de M. Talon fut vendue à François Provost, major de la ville et château de Québec. L'acte de vente en fut passé par le notaire Genaple, le 9 novembre 1682.
Le 12 novembre 1682, François Provost vendait, à son tour, sa propriété à Mgr de Saint- Vallier pour la somme de quinze mille livres, argent de France. L'ancienne maison de M. Talon disparut en 1697 pour faire place à une nouvelle aile du palais épiscopal que Mgr de Saint- Vallier avait fait commencer en 1694.
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