LES DERNIERS JOURS DE M. DE MÉZY
n a fait beaucoup de potins sur les derniers jours du gouver-
neur de Mézy. Un manuel scolaire va jusqu'à dire que le
gouverneur, sentant sa fin approcher et voulant se réconcilier avec de Laval, son ancien bienfaiteur et ami, qu'il avait si gravement injurié, se fit placer sur une litière et porter à la résidence de l'évêque.
Il y a ici une exagération qui fait peut-être voir plus clairement le repentir de M. de Mézy. Mais il ne faut pas exalter les derniers moments de M. de Mézy au détriment de de Laval, qui eut le beau rôle dans ses démêlés avec lui. M51 de Laval qui priait et faisait prier, depuis plusieurs semaines, pour le retour de M. de Mézy à de meilleurs sentiments, n'attendit pas qu'on lui apporta le malade chez lui. Dès son premier appel il accourut à son chevet, à l'Hôtel-Dieu.
L'abbé de Latour écrit:
" Malgré quelques éclipses que l'ambition, l'intérêt, la jalousie, les mauvais esprits et des vues fausses, quoiqu'avec des intentions droites, avaient malheureusement occasionnées, M. de Mézy avait de la piété; il rentra en lui-même et répara bien authentiquement le mal qu'il avait fait. Le prélat, toujours plein de charité, et mettant en Dieu sa confiance, avait tous les jours fait dire et disait lui-même la messe pour lui, depuis ce grand éclat. Ses prières furent exaucées, et après bien des remords qui avaient ébauché la conversion, le gouverneur tomba malade de la maladie dont il mourut; il se fit porter à l'Hôtel-Dieu dans la salle des pauvres. Sa maladie fut longue et lui laissa le temps de se préparer à la mort. Il fit prier M. de Laval de venir le voir, se réconcilia sincèrement avec lui, lui demanda pardon, et renonça à toutes ses prétentions. Il fit publier à son de trompe et afficher à tous les carrefours, l'acte de la rétractation de tout ce qu'il avait dit et écrit contre lui et répandu dans des écrits publiés, affichés et distribués partout contre l'évêque, le clergé, et la société, et le pardon qu'il demandait au public du scandale qu'il avait donné et à l'évêque de
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l'outrage qu'il lui avait fait. Il fit plus, il prit M. de Laval pour son confesseur, et voulut mourir entre ses mains. Enfin pour y mettre le dernier sceau, il fit un testament où il renouvela les mêmes protestations, et par esprit d'humilité et de pénitence il demanda d'être enterré dans le cimetière, au milieu des pauvres, sans pompe et sans distinction."
L'auteur va trop loin ici. Le testament de M. de Mézy a été publié plusieurs fois. Il est bien connu. On y chercherait vainement une phrase, un mot ressemblant à une excuse.
Le 26 avril 1665, c'est-à-dire deux jours après avoir fait son testament et dix jours avant sa mort, M. de Mézy avait écrit à M. de Tracy qui était attendu à Québec dans les derniers jours de juin. C'est peut-être dans cette lettre que M. de Latour et ceux qui sont venus après lui, ont cru voir une rétractation. Il disait:
" J'aurais eu une consolation très grande si votre arrivée en ce pays avait précédé ma mort d'autant qu'elle m'aurait fourni avec joie les moyens de rendre toute l'obéissance que je dois à l'autorité de votre charge et au mérite particulier d'une personne que j'honore infiniment comme vous: la connaissance que j'avais que ma vie ne serait pas longue pour les accidents qui sont arrivés à ma maladie, me faisait souhaiter votre retour avec empressement pour vous entretenir avant mourir des affaires principales de ce pays de Canada, dont j'ai fait connaître au Roi les plus grandes particularités tant pour ce qui touche la gloire de Dieu, les intérêts de Sa Majesté et ceux du public; mais Dieu ayant disposé de mes jours pour m'appeler à lui, m'a fait prier avant ma mort, Monsieur de Tilly, conseiller du Roi, de vous donner les lumières avec les écrits de ce que j'ai fait savoir au Roi l'année dernière, et de ce qui s'est passé ensuite entre Monsieur l'évêque de Pétrée, les Pères Jésuites et moi. Votre arrivée, assurément, en ce pays m'a donné beaucoup de joie avant ma mort puisque vous éclaircirez bien mieux que moi les choses que j'aurais pu faire savoir au Roi touchant leur conduite dans les affaires temporelles. Je ne sais néanmoins si je ne me serais point trompé en me laissant trop légèrement persuader au rapport qu'on m'en avait fait."
Cette lettre de M. de Mézy ne détruit-elle pas l'affirmation de M. d aLatour ?
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