‹ La ville de Québec sous le régime françaisChapitre 168 sur 275 · LE LIEUTENANT GÉNÉRAL DE TRACY À QUÉBEC · texte numérisé non relu

LE LIEUTENANT GÉNÉRAL DE TRACY À QUÉBEC

e 19 novembre 1663, M. de Prouville Tracy recevait une

commission de lieutenant général dans toute l'étendue des

-* — * terres sous l'autorité du roi de France, situées en l'Amérique Méridionale et Septentrionale. Il remplaçait temporairement le comte d'Estrades, vice-roi et lieutenant général en Amérique, envoyé en mission en Hollande.

Le comte d'Estrades n'avait jamais mis les pieds dans les pays placés sous sa juridiction. M. de Tracy prit son rôle plus au sérieux et traversa la mer pour exercer ses hautes fonctions avec plus d'efficacité.

Le roi qui avait beaucoup d'estime pour M. de Tracy lui donna quatre compagnies d'infanterie, et voulut que ses gardes portassent les mêmes couleurs que les siennes. Il lui fit équiper deux vaisseaux, le Brezé et le Teron, dont l'un était de huit cents tonneaux, et y ajouta plusieurs autres navires chargés de vivres et de munitions.

Cette petite flotte partit de La Rochelle le 26 février 1664. Le lieutenant général se rendit d'abord à Cayenne, puis à la Martinique et à la Guadeloupe. Il était porteur d'une commission des plus amples et remit tout à l'ordre dans ces colonies lointaines. L'expédition se mit ensuite en route pour la Nouvelle-France.

C'est le 30 juin 1665 que M. de Tracy débarqua à Québec. Les habitants de Québec, nous dit la Relation de 1663-1665, s'étaient préparés à lui faire la plus magnifique réception qu'il leur fut possible, mais M. de Tracy refusa tous ces honneurs et se contenta des cris de joie, qui commencèrent au moment qu'il sortit du vaisseau et qui l'accompagnèrent jusqu'à l'église, où le son des cloches l'invitait.

" M^de Pétrée, notre évêque, l'attendait à l'entrée de l'église, revêtu pontificalement, accompagné de son clergé. Il lui présenta de l'eau bénite et la croix et le mena auprès du chœur, à la place qui lui avait été préparée, sur un prie-Dieu, mais M. de Tracy, quoiqu'il se sentît fort faible (il avait été malade toute la traver-

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sée) et qu'il fût encore tourmenté de sa fièvre, ne voulut point le prendre et se mit à genoux sur le pavé, sans vouloir même se servir du carreau qui lui fut présenté. On chanta le Te Deum avec l'orgue et la musique.

" Lorsqu'il fallut sortir de l'église, M. l'évêque vint reprendre M. de Tracy et le reconduisit jusqu'à la porte dans le même ordre, et avec les mêmes honneurs qu'il l'avait reçu en entrant."

M. de Tracy fut ensuite conduit à la résidence qu'on lui avait préparée.

Dès son arrivée à Québec, M. de Tracy s'occupa de mettre le pays à l'abri des courses des Iroquois en faisant élever des forts à Sorel, à Chambly, etc., etc., puis, aussitôt le régiment de Carignan arrivé au pays, il marcha contre les Iroquois. Agé de plus de soixante ans, il avait voulu commander lui-même l'expédition qui eut un grand succès, puisqu'elle força les fiers Iroquois à venir humblement demander la paix à Québec.

M. de Tracy s'embarqua pour la France, le 28 août 1667.

" Nous allons perdre M. de Tracy," écrivait en 1667 la Mère Marie de l' Incarnation. ' 1 Le roi qui le rappelle en France a envoyé un grand vaisseau de guerre pour l'amener avec honneur. Cette nouvelle Église et tout le pays y fera une perte qui ne peut se dire, car il a fait ici des expéditions qu'on n'aurait jamais osé entreprendre ni espérer. Dieu a voulu donner cela à la grande piété de son serviteur, qui a gagné tout le monde par ses bonnes œuvres et par les grands exemples de vertu et de religion qu'il a donnés à tout le pays. On l'a vu plus de six heures entières dans l'église sans en sortir. Son exemple avait tant de force que le monde le suivait comme des enfants suivent leur père. Il a favorisé et soutenu l'Église par sa piété et par le crédit qu'il a universellement sur tous les esprits. Nous perdons beaucoup en lui pour notre particulier: c'est le meilleur ami que nous ayons eu depuis que nous sommes en ce pays."

M. de Tracy avait laissé à Québec un monument de sa piété. Il avait fait élever sur le terrain du Séminaire, face au fleuve, une croix de soixante-cinq pieds de hauteur qui fut conservée assez longtemps.

Source: Relation des Jésuites, années 1663-1665.

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