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LE RÉGIMENT DE CARIGNAN À QUEBEC

A vrai dire, tous les gouverneurs du Canada avaient demandé au roi d'envoyer ici suffisamment de troupes pour écraser les Iroquois ou les mettre à la raison. Le roi de France, pris par d'autres guerres, n'avait jamais pu se rendre à ces demandes. Enfin, au printemps de 1665, Colbert écrivait à l'intendant Talon: " Le roi envoie le sieur de Tracy avec quatre compagnies d'infanterie, et le sieur de Courcelles avec mille bons hommes du régiment de Carignan; il y adjoindra trois ou quatre cents soldats du pays, qui savent la manière de combattre les Iroquois. "

Le Journal et les Relations des Jésuites nous donnent les dates d'arrivée à Québec des différentes compagnies du régiment de Carignan.

Le 18 juin 1665, arrive le vaisseau du capitaine Petit avec deux compagnies.

Le 19 juin, le vaisseau du capitaine Le Gagneur en débarque quatre compagnies.

Le 30 juin, arrive M. de Tracy avec ses quatre compagnies d'infanterie.

Le 19 août, M. de Salières, colonel du régiment, débarque à Québec avec quatre compagnies.

Le lendemain, 20 août, le vaisseau du capitaine Guillon jette l'ancre dans le port avec quatre autres compagnies.

Le 14 septembre, le navire la Justice arrive avec huit compagnies dont plus de cent soldats sont malades.

La Mère Marie de l'Incarnation écrivait, le 30 septembre 1665:

" Tous les vaisseaux sont arrivés et nous ont amené le reste de l'armée avec les personnes les plus considérables que le roi envoie pour secourir le pays. Ils ont pensé périr tous à cause des tempêtes qui les ont arrêtés quatre mois dans le trajet. Aux approches des terres, impatients d'une si longue navigation, ils ont trop tôt ouvert les sabords de leurs navires, ce qui a fait que l'air y étant trop tôt entré, la maladie s'y est mise, qui a causé bien de la déso-

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lation. D'abord il en est mort vingt, et il a fallu en mettre cent trente à l'hôpital, entre lesquels il y avait plusieurs gentilshommes volontaires, que le désir de donner leur vie pour Dieu avait fait embarquer. La salle de l'hôpital était pleine; il en a fallu mettre dans l'église, laquelle était remplie jusqu'aux balustres; il a fallu avoir recours aux maisons voisines, ce qui a extraordinairement fatigué toutes les religieuses, mais ce qui a aussi excellemment augmenté leur mérite."

Un bon nombre de soldats du régiment de Carignan passèrent l'hiver de 1665-1666 à Québec puisque, dès le 24 août 1665, M. de Tracy faisait publier une ordonnance par laquelle il ordonnait aux habitants de fournir huit cents cordes de bois pour les soldats qui devaient hiverner dans la capitale.

A la date du 14 septembre 1665, le Journal des Jésuites note:

" Jusques ici près de vingt hérétiques convertis."

Bon nombre de soldats de Carignan étaient, en effet, huguenots, et pendant leur séjour à Québec on tenta de les ramener à la religion catholique. Les registres de l'archevêché de Québec nous donnent les noms de quelques officiers et soldats de Carignan qui se convertirent à leur arrivée à Québec. Mentionnons : le capitaine Isaac Berthier, de la paroisse de Bergerac, en Périgord; Jean Eluard, de Rennes, en Bretagne; Pierre Gelbert, de Saint- Juvin d'Usez; Pierre Le Baron, de Coué, en Poitou; Mathieu Hienné, de Metz, en Lorraine; Isaac Lessart, de Ruffé, en Angoumois; Jean Harcouet, de Morenne, enSaintonge; Pierre Curtart Mombaron, de Paisesnodouïz, en Angoumois; Moïse Faure, de Montrouel, en Périgord; Jean Recouet, de Marene, proche La Rochelle; Jacques Gaultier, de Chandenevers, en Poitou; Philippe Poictieux, de Saint-Surin, de Mortaix; Moise Aymé; Jean Renouart, de Janserre; M. de Choisy ; Pierre Serre.

M. Suite estime qu'environ quatre cents soldats du régiment de Carignan s'établirent dans la Nouvelle-France et y firent souche.

Source: Benjamin Suite, Le Régiment de Carignan.

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