TROIS AMIS DE L'HÔTEL-DIEU
MM. de Tracy, Courcelles et Talon arrivèrent à Québec la même année, M. de Tracy le 30 juin 1665 et les deux derniers le 12 septembre suivant.
La Mère Juchereau de Saint- Ignace, dans son Histoire de V Hôtel-Dieu de Québec, fait le plus bel éloge de ces hauts personnages. " Ces trois messieurs," dit-elle, "étaient doués de toutes les qualités qu'on peut souhaiter, ils avaient tous trois une taille avantageuse et un air de bonté qui leur attirait le respect et l'amitié des peuples; ils joignaient à cet extérieur prévenant beaucoup d'esprit, de douceur et de prudence et s'accordaient parfaitement pour donner une haute idée de la Majesté Royale ..."
Tous trois étaient des amis dévoués de l'Hôtel-Dieu dont ils avaient probablement entendu parler en France.
On sait que la maladie fit de grands ravages dans les vaisseaux qui amenèrent ici les soldats du régiment de Carignan. Dans une seule journée cent trente soldats entrèrent à l'Hôtel-Dieu. La Mère Juchereau de Saint-Ignace dit à cette occasion : " Monsieur le marquis de Tracy nous faisait l'honneur de nous venir voir souvent dans l'hôpital et monsieur de Courcelles aussi, de sorte que la salle était trop petite pour contenir toute leur suite, il en restait une partie dehors et quelquefois l'un des deux sortait pour faire place à l'autre, il avait une attention toute particulière aux besoins des malades pour qu'ils ne souffrissent point de cette grande affluence de monde, toutes les religieuses s'y appliquaient beaucoup, et leur modestie qui édifiait tous les officiers autant que leur charité leur attirait le respect de toute cette noblesse. Plusieurs capitaines et autres officiers du régiment de Carignan, qui se sont établis en Canada, ont conservé jusqu'à la mort une estime et un attachement très sincère pour notre maison."
M. Talon visitait aussi les malades de l'Hôtel-Dieu très souvent.
" Les soins et la charité de M. Talon, notre nouvel intendant,
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furent incomparables pendant que nous eûmes cette quantité de malades; il les visitait, les consolait et veillait lui-même sur tous leurs besoins, ses grandes affaires ne l'ayant jamais diverti de ce saint exercice, qu'il pratiquait autant que la Providence lui en fournissait les occasions: l'affection qu'il portait aux pauvres comme membres de Jésus-Christ et les grandes libéralités que nous en avions reçues, nous obligèrent à prier pour lui comme un de nos insignes bienfaiteurs, il ne manquait pas un seul jour de visiter l'hôpital avec une grande bonté, aussi le regardions-nous comme le père des pauvres et le nôtre. . . "
Ailleurs, la Mère Juchereau de Saint-Ignace raconte ingénument la première visite de M. Talon à l' Hôtel-Dieu:
" Dès le jour que M. Talon descendit à terre, il se fit conduire ici sans suite et fort simplement. Il demanda la Mère supérieure sans dire qui il était; elle vint avec la Mère Marie de la Nativité; il les salua de la part de M. l'intendant, feignant d'être son valet de chambre, et les assura que M. Talon était très disposé à lui faire tout le bien qui dépendrait de lui; comme il parlait admirablement bien et qu'il assurait fort hardiment tout ce qu'il disait, la Mère de la Nativité, qui avait beaucoup de discernement, fit un signe à la Mère supérieure, et elle lui dit agréablement qu'elle ne pensait pas se tromper en le croyant plus qu'il ne voulait paraître; il lui demanda ce qu'elle voyait en lui qui lui donnait cette pensée; elle lui répondit qu'il y avait dans son discours et dans sa physionomie quelque chose qui l'assurait que c'était M. l'intendant lui-même à qui elle avait l'honneur de parler. Il ne put dissimuler plus longtemps la vérité ni cacher le plaisir que lui faisait un compliment si juste et si obligeant ..."
Source: Mère Juchereau de Saint-Ignace, Histoire de VHôtel-Dieu de Québec.
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