‹ La ville de Québec sous le régime françaisChapitre 189 sur 275 · LES CONDAMNATIONS CONTRE SERVITEURS ET DOMESTIQUES · texte numérisé non relu

LES CONDAMNATIONS CONTRE SERVITEURS ET DOMESTIQUES

es registres de jugements du Conseil Souverain ou Supérieur

et de la Prévôté de Québec renferment bon nombre de con-

— damnations contre des serviteurs et domestiques qui avaient laissé le service de leurs maîtres sans congé ou subrepticement. Que de bonnes dames trompées et laissées par leurs servantes seraient heureuses de voir revivre cet écriteau de jadis: serviteur domestique qui a délaissé sans congé le service de son maître ! Voyons quelques-uns de ces jugements:

En 1673, le nommé René Blanchard, aide de cuisine du gouverneur Frontenac, quittait et abandonnait le service de son maître, sans avertissement ni raison valable. Jean Lechasseur, secrétaire du gouverneur, fit arrêter Blanchard et il subit son procès devant la Prévôté de Québec. La condamnation fut très sévère, et Blanchard en appela au Conseil Souverain qui semblait prendre plaisir à mettre à néant les sentences du lieutenant général de la Prévôté de Québec.

Le jugement du Conseil Souverain fut rendu le 5 juin 1673 dans les termes suivants:

" Le Conseil a reçu et reçoit le dit appel, et faisant droit sur icelui a mis et met la dite sentence dont était appel au néant, et émendant et faisant ce que devait faire le dit lieutenant général, déclare le dit Blanchard dûment atteint et convaincu des cas à lui imposés et pour réparation condamné d'être pris et enlevé des dites prisons par l'exécuteur de la haute justice, conduit à la Grande Place de la basse ville et appliqué au carcan pour y être pendant trois heures avec un écriteau sur l'estomac auquel sera écrit: Domestique engagé qui a délaissé le service de son maître sous un faux donné à entendre, condamné en outre à servir trois ans par force tel maître qui lui sera indiqué et à tels gages qui lui seront ordonnés en justice; à restituer au dit sieur Lechasseur les choses qu'il lui a fournies au delà de ce qui lui était dû de gages pour le temps du service par lui rendu, à lui payer cinquante sols pour

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chaque journée qu'il s'est absenté, en dix livres d'amende envers le Roi et en tous dommages, intérêts et dépens du procès principal et d'appel envers le dit sieur Lechasseur, qui seront pris ensemble la dite amende sur les dits gages à fur et mesure du temps du service qu'il aura rendu, s'il n'y avait autrement satisfait."

Le 14 août 1673, Mathurin Moreau se plaignait au Conseil Souverain que Jacques Renault, son domestique, engagé à son service pour un an, avait déserté et abandonné son service. Renault fut condamné " d'être pris et enlevé des prisons par l'exécuteur de la haute justice et appliqué au carcan en la place de la basse ville pendant deux heures, ayant un écriteau sur l'estomac conçu en ces termes: Serviteur qui a délaissé le service de son maître pour la première fois. Il lui fut fait défense de récidiver sous peines corporelles. Il fut en outre condamné aux dommages et intérêts portés par l'arrêt du 2 juin 1673.

Le 18 octobre 1673, Renault Chollet dit Laliberté, domestique du sieur de Saint-Ours, ayant lui aussi délaissé le service de son maître, reçut la même punition, c'est-à-dire qu'il fut appliqué pendant deux heures au carcan de la basse ville de Québec avec un écriteau portant : Serviteur domestique qui a délaissé sans congé le service de son maître pour la première fois. Il fut aussi condamné à cent sols d'amende, aux dommages et intérêts et à servir le dit sieur de Saint-Ours jusqu'à ce qu'il fût entièrement quitte avec lui. Il fut, de plus, averti que s'il récidivait il serait battu de verges et recevrait l'impression d'une fleur de lys. Quant à Abel Turcotte, qui avait reçu Chollet dit Laliberté chez lui, il fut condamné à payer au sieur de Saint-Ours, cinquante sols, pour chaque journée de travail qu'il avait perdue, à vingt livres d'amende et aux dépens.

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