‹ La ville de Québec sous le régime françaisChapitre 221 sur 275 · L'INTENDANT JACQUES DE MEULLES · texte numérisé non relu

L'INTENDANT JACQUES DE MEULLES

" "]% IW de Meulles fut nommé intendant de la Nouvelle- I Y/ 1 France le 19 mai 1682. Il arriva ici à la fin de septem- • bre en même temps que M. de la Barre . . .

"M. de Meulles était un homme de talent, progressif, plein de zèle, actif, doué d'une intelligence fertile en projets, et possédant de réelles qualités administratives. Par contre, il était accessible au préjugé, peu bienveillant, souvent injuste et passionné dans ses antipathies et ses jugements. Les instructions de la cour recommandaient la paix et l'entente entre le gouverneur et l'intendant. On en avait par-dessus la tête à Versailles des passes d'armes de Frontenac avec Duchesneau. Dans une certaine mesure, les intentions de la cour furent respectées. La paix régna vaille que vaille entre MM. de Meulles et de la Barre. . .

" La correspondance de M. de Meulles avec le ministre est volumineuse et instructive. Elle démontre que cet intendant s'occupait d'une foule de sujets importants. Il voulait faire venir dans le pays des hommes de métier tels que des chapeliers, des cordonniers, des tisserands. Il exposait dans un mémoire que le Canada fabriquerait facilement de la potasse, " sel qui se tire de toutes sortes de bois par l'incinération et la filtration des cendres, pour lequel la France est tributaire de la Moscovie, et qui sert aux teintureries, verreries, savonneries et lessives." En 1683, il s'intéressait aussi aux vivres, et on le voit s'attacher à la question des pêches sédentaires qui pouvait devenir très importante pour la colonie.

" Les relations de M. de Meulles avec le Conseil Souverain ne furent pas très bonnes. Il semblait avoir hérité des méfiances de Frontenac à l'endroit de ce corps . . .

"M. de Meulles semble avoir aimé beaucoup à remplir les fonctions judiciaires attachées à la charge d'intendant. Il ne refusait jamais les plaideurs qui venaient lui demander de juger leurs causes et se montrait remarquablement expéditif. Le Conseil prit ombrage de ce zèle et le procureur général d'Auteuil, revenu de

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France avec la confirmation de son titre, se plaignit que l'intendant " attirait à lui la connaissance de tous les procès, citant les parties sur un simple billet de son secrétaire, les jugeant verbalement et se servant de prisons et d'amendes pour faire exécuter ses jugements."

" C'est à M. de Meulles que doit revenir le titre de fondateur du Palais de l'intendance.

"Il fut aussi le créateur de la monnaie de cartes. Étant donné la rareté du numéraire au Canada, elle rendit des services réels à une certaine époque, malgré les abus auxquels elle donna lieu plus tard. C'est en 1685 que M. de Meulles fit la première émission. Il n'avait pas d'argent pour payer les soldats de la garnison et ne sachant, comme il l'écrivit au ministre, à quel saint se vouer, l'idée lui vint de mettre en circulation des espèces de billets faits avec des cartes coupées en quatre, et il rendit une ordonnance afin qu'elles fussent reçues en paiement comme monnaie régulière. Ces cartes étaient des cartes à jouer ordinaires. Elles étaient marquées d'une fleur de lys et d'une couronne et signées par le gouverneur, l'intendant et le commis du trésorier de la marine à Québec.

" Dans l'automne de 1685, M. de Meulles fit un voyage en Acadie pour étudier la situation et les besoins de cette colonie connexe de la Nouvelle-France. L'intendant prit plusieurs mois à ce voyage. C'est alors qu'il étudia un projet de route entre Québec et Port- Royal . . .

" M. de Meulles avait incontestablement de grandes qualités et était un fonctionnaire intelligent et habile. Il fut pourtant rappelé au printemps de 1686.

Source: la Presse, de Montréal, 27 juillet 1901, article de Ignotus.

Signature de l'intendant Jacques de Meulles

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