UNE SECONDE BASSE VILLE À QUÉBEC
Après avoir étudié de nouveau le projet d'agrandissement de J-\ la basse ville, qu'il avait soumis au marquis de Seignelay, l'intendant de Meulles décida d'utiliser le peu de terrain qui restait au roi, et, le 13 avril 1685, il émettait son ordonnance pour l'alignement des rues de la basse ville. Cette réglementation avait du bon, mais déjà presque tout le terrain si resserré entre le cap et le fleuve Saint-Laurent était concédé, et les négociants se plaignaient avec raison qu'ils n'avaient plus de place pour bâtir des magasins et des entrepôts.
M. de Meulles, après avoir discuté la chose avec les intéressés, conçut un autre projet. C'était de prolonger la basse ville dans la direction de la brasserie de M. Talon, c'est-à-dire vers le quartier du Palais d'aujourd'hui.
Le 28 septembre 1685, il exposait son nouveau projet au ministre dans les termes suivants :
" Au lieu de l'agrandissement de la basse ville de Québec que j'avais proposé à Sa Majesté qui aurait été d'une extrême dépense, parce qu'il aurait fallu faire une digue de trois cents toises dans un endroit où il y a, de haute marée, huit ou dix pieds d'eau; j'espère que j'y aurais réussi parce que je m'y serais extrêmement attaché, et je ne regardais en cela que le bien du pays; parce que cette basse ville de Québec est extrêmement serrée de la côte et par conséquent qui ne peut jamais s'accroître; mais, Monseigneur, comme ce dessein ici serait d'une trop grande entreprise, j'en ai un autre à vous proposer qui ne coûtera au Roi que l'achat des terres qui dépendent de la brasserie et appartiennent à M. Talon, dont personne ne se sert, étant abandonnées et remplies de broussailles au nombre de dix-sept arpents; il faudrait pareillement acheter le moulin, par ce dessein vous donneriez naissance à une ville qui serait autant grande qu'on voudrait; le port y est aussi beau qu'à Québec, la marée vient battre tous les jours au pied de ces terres, et, par conséquent, peut apporter à tout moment les marchandises et provisions de ceux qui s'y établiront en donnant les terres gratis
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à ceux qui y voudront bâtir; je m'assure qu'en trois ans il y aura autant de maisons qu'à la basse ville, et à l'avenir il s'y formera une ville de conséquence, la haute ville de Québec est une petite montagne qui ne s'habitera jamais, parce que l'évêché consiste en dix-huit ou vingt arpents de terre qui regarde le fleuve Saint-Laurent qui est le plus bel endroit, et le reste est serré d'une montagne plus haute qu'on appelle le cap au Diamant, où on ne se donnera jamais la peine de bâtir parce qu'il en coûterait trop pour voiturer ses provisions, et que parce que toute l'année ils sont obligés d'envoyer quérir de l'eau à la rivière qui en est fort éloignée. La basse ville de Québec est au pied de cette montagne d'un côté et celle que je propose est de l'autre et même moins difficile pour y monter; on s'est toujours étonné comment on n'avait pas commencé à s'établir dans cet endroit.
" Ces deux basses villes peuvent se joindre aisément parce que indubitablement on bâtira à deux rangs de maisons qui, avec le temps, feront une communication de l'une à l'autre le long et au pied de la côte; il y en a déjà un quart de bâtie du côté de la basse ville qui commence à former un faubourg."
M. de Meulles était bon prophète en parlant de la " ville de conséquence " qui s'élèverait autour de la brasserie de M. Talon. Il jugeait moins bien en écrivant au ministre que " la haute ville ne s'habiterait jamais."
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