L'INCENDIE DE LA BASSE VILLE EN
n des plus anciens sinistres dont Québec ait été victime,
c'est le désastreux incendie qui consuma une partie de la
basse ville en 1682. Nos vieilles chroniques nous en ont conservé quelques détails.
" Le 4 août, vers neuf heures et demie du soir, le tocsin retentit soudain, et des clameurs lugubres éclatèrent dans la paisible cité de Champlain. Il avait fait beau tout le jour et le temps était très sec. M. René-Louis Chartier de Lotbinière, lieutenant civil et criminel, qui demeurait au coin des rues Haldimand et Saint- Louis, ayant entendu sonner les cloches, sortit précipitamment, et aperçut, du côté de la basse ville, une grande lueur indiquant un incendie considérable. Il fit immédiatement avertir les charpentiers de descendre avec leurs haches et se précipita par la " côte du Magasin," vers le lieu de la conflagration.
" En arrivant, il aperçut la maison d'Êtienne Blanchon toute en feu, et celle de Philippe Nepveu, qui commençait à s'embraser. Blanchon et Nepveu étaient tous deux tailleurs, mariés et pères de famille. Presque en même temps, les flammes se communiquèrent à un petit magasin, appartenant aux Pères Jésuites, situé de l'autre côté de la rue. Vainement, le lieutenant général essaya-t-il d'organiser les hommes présents pour apporter de l'eau. Ils étaient si stupéfaits qu'on les aurait crus paralysés. Il ordonna alors aux charpentiers d'abattre une petite maison appartenant à un coutelier du nom de Claude Desainte, afin d'essayer de couper le chemin au feu. Il se rendit ensuite à la Grande Place, — aujourd'hui la place de Notre-Dame des Victoires, — où il rencontra l'intendant Duchesneau et M. de Vitré, conseiller au Conseil Souverain, qui venaient d'y faire abattre la maison de Pierre Soumande. Retournant vers la rue Sous-le-Fort, il fit abattre une partie du logis de Gilles Rageot, son greffier à la Prévôté, du côté de la rue Saint-Pierre. Les charpentiers s'attaquèrent ensuite à la maison du sieur Defoy, marchand, mais les flammes étaient devenues un torrent irrésistible, et les deux tiers de la basse ville furent ré-
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duits en cendres sans qu'on pût circonscrire les ravages de l'implacable élément.
" La basse ville de Québec était alors le siège principal du commerce. La plupart des habitants de ce quartier, adonnés au négoce, étaient en ce moment à Montréal pour leurs affaires. C'était l'époque des échanges et de la traite avec l'Ouest; le gouverneur Frontenac lui-même était dans cette ville, où il se trouvait plus à portée des nations sauvages qu'il s'efforçait de pacifier. Ceux des résidents de la basse ville qui étaient présents furent tellement surpris par la violence et la rapidité des flammes qu'ils purent sauver seulement une faible partie de leurs meubles. Enfin, les gens des campagnes environnantes étant accourus au secours, l'incendie fut éteint au Cul-de-Sac, sur les quatre heures et demie du matin, après avoir consumé la maison d'un arquebusier nommé Jean Soulard. Au témoignage du lieutenant général, cinquantecinq corps de logis étaient brûlés avec une quantité considérable de meubles et de marchandises, ainsi que de bois et de planches qui étaient dans les cours.
" La partie inférieure du chemin qui conduisait de la haute à la basse ville menaçait ruine, " les terres du dit chemin n'étant retenues que par des pièces de charpente qui furent aussi brûlées." Quelque temps après l'incendie, le nouveau gouverneur, M. de la Barre, qui avait remplacé Frontenac, écrivait au ministre: "Je vous marque ici l'incendie de la basse ville de Québec; il faut songer à faire rétablir le chemin montant à la haute ville. C'est un ouvrage pour M. l'intendant."
" La vénérable annaliste de l'Hôtel-Dieu parle assez longuement de cet événement désastreux:
" Il n'y eut dans toute la basse ville que la maison de M. Aubert de la Chesnaye qui fut sauvée, et Dieu lui conserva sans doute ses biens pour aider ses concitoyens à se rebâtir. C'était un très riche marchand, qui avait l'âme noble et généreuse, et qui épuisa ses fonds pour prêter à tout le monde; de sorte qu'il n'y eut presque aucune maison de la basse ville qui ne lui fût redevable..."
Source: la Presse, de Montréal, 22 juillet 1899, article de Ignotus.
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