LA CONSULTE DU 10 OCTOBRE
Quelques jours à peine après son arrivée à Québec, le gouverneur de la Barre, qui songeait déjà à aller attaquer les „ Iroquois dans leur propre pays, convoquait les principaux habitants du pays pour s'instruire de l'état des nations iroquoises et de celui de la colonie " afin d'en informer Sa Majesté et lui représenter les besoins de la colonie, tant pour détourner la guerre que pour la terminer et finir avantageusement si l'on était en nécessité de la faire."
La réunion eut lieu au collège des Jésuites le 10 octobre 1682. L'intendant Jacques de Meulles; M61- de Laval; M. Dollier, supérieur du séminaire Saint-Sulpice, à Montréal; les Pères Jésuites Beschefer, Dablon et Frémin; M. François Provost, major du gouvernement de Québec; M. de Varennes, gouverneur des Trois- Rivières; MM. de Brucy, d'Ailleboust, Du Gué, Lemoyne, la Durantaye, Bizard, Chailly, Godefroy de Vieuxpont, Duluth, Sorel, Le Gardeur de Repentigny, Berthier et Pierre Boucher de Grosbois avaient répondu à l'appel du gouverneur.
Les Pères Jésuites firent d'abord connaître à l'assemblée ce qui s'était passé chez les Iroquois depuis cinq ans. M. Dollier, de son côté, parla de l'état de la colonie de Montréal et des déprédations commises par les Iroquois dans tous les environs.
" La compagnie," dit le procès-verbal officiel de l'assemblée, " est demeurée unanimement et tous d'une voix d'accord, que, depuis quatre ans, les Anglais n'ont rien omis pour engager les Iroquois à nous déclarer la guerre, soit par le grand nombre de présents qu'ils leur ont fait soit par le bon marché auquel ils leur ont donné les denrées et surtout les fusils, la poudre et le plomb, que les Iroquois ont été deux ou trois fois prêts de l'entreprendre; mais qu'ayant considéré que s'ils nous attaquaient avant d'avoir de fait ruiné les nations alliées et leurs voisines, elles se rallieraient et se joignant ensemble tomberaient sur eux et détruiraient leurs villages dans le temps qu'ils seraient occupés contre nous. "
L'assemblée discuta assez longtemps et en vint à la conclu-
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sion qu'il était grand temps de faire quelque chose contre les Iroquois, qu'autrement ceux-ci se rendraient maîtres de Michillimakinac, des lac Erié et Huron et de la baie des Puants, nous priveraient de tout le commerce de ces établissements et détruiraient à jamais les missions qu'on y avait établies avec tant de peines.
Quant à l'état de la colonie, l'assemblée ne le trouva pas très brillant. On estimait pouvoir mettre sur pied mille bons hommes tout aussi entendus dans la guerre que les Iroquois mais qui les remplaceraient pour les besoins de la terre ?
La réunion se termina par l'adoption de la résolution suivante :
" Que c'est une guerre qu'il ne faut pas commencer pour la laisser imparfaite, parce que se connaissant mieux les uns les autres que l'on ne faisait il y a dix-sept ans, si on l'entreprenait sans la finir, il ne faudrait pas espérer de conserver la colonie, les Iroquois n'étant pas des gens à revenir. Que le défaut d'aucun secours de France avait commencé à donner du mépris pour nous aux dits Iroquois qui nous croyaient abandonnés de la protection du grand Onnontio, notre maître, et que s'ils voyaient qu'il nous donnât ses assistances il y aurait apparence que changeant d'esprit ils laisseraient en paix nos alliés et se soumettraient à ne point chasser sur leurs terres ou à en rapporter toutes les pelleteries aux Français."
En résumé, l'assemblée ou la consulte du 10 octobre 1682 dut démontrer à ceux qui y prirent part que M. Lefebvre de la Barre n'avait pas la force de caractère, ni l'esprit de décision nécessaires pour venir à bout des Iroquois.
Source: Bulletin des Recherches Historiques, vol. XXX (1924).
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