‹ La ville de Québec sous le régime françaisChapitre 226 sur 275 · UN CHARIVARI À QUÉBEC EN · texte numérisé non relu

UN CHARIVARI À QUÉBEC EN

"Te Français " né malin " a dû créer le charivari, car on en retrace l'existence jusqu'au Moyen âge, dans notre an- — cienne mère patrie. Au onzième siècle, le charivari traversa la Manche avec les barons normands qui l'acclimatèrent en Angleterre en lui retenant son nom. Beaucoup plus tard, il accompagna les Français et les Anglais allant fonder des colonies en Amérique.

" Cependant dans les divers pays où le charivari a régné, sa forme la plus ordinaire et celle qui a pu constituer l'origine de la coutume, c'est " le tumulte " qui se fait en dérision des gens qui se marient étant d'âge fort inégal, ou encore, en moquerie des veufs et des veuves qui convolent trop peu de temps après le décès de leurs conjoints.

" A toutes les époques, ces charivaris ont donné lieu à des scènes regrettables et déjà, au seizième siècle, le concile de Trente les avait défendus sous peine d'excommunication.

" En quelle année le charivari fit-il son apparition en la Nouvelle-France ?

" Tant que les " colonnes " furent peu nombreuses, il ne put être question de narguer les personnes qui n'observaient pas un délai de viduité jugé suffisant, ou qui s'épousaient sans égard à la disparité de leur âge. Nécessité passe loi et coutume. Aussi bien, comment organiser une manifestation antipathique dans une ville ou un village d'une centaine d'habitants forcés de se retirer à bonne heure, et même de se barricader crainte d'une visite des Iroquois ? Les pionniers ne pouvaient donc pas charivariser. Il en fut autrement dès que les filles à marier furent en nombre quelconque et que l'ennemi se tint éloigné.

" Alors, la coutume renaquit et c'est à Québec que l'on paraît avoir donné le premier charivari " de conséquence."

" Le 7 juin 1683, on inhumait à Québec François Vézier dit Laverdure. Il laissait une veuve âgée de 25 ans qui, exactement trois semaines plus tard, le 28 juin, épousait Claude Bourget, bourgeois, âgé de 30 ans.

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" Trois semaines de veuvage semblèrent courtes peut-être à la population québécoise ? Toujours est-il qu'un grand tapage en résulta et que le sieur Bourget ne sut pas le calmer. Le dérèglement régnait depuis une semaine lorsque l'autorité religieuse résolut de sévir avec rigueur. Relisons ce document, plus que deux fois centenaire, signé par MF de Laval le 3 juillet 1683:

" Ayant été informé qu'en conséquence du mariage célébré dans cette ville de Québec depuis six jours, grand nombre de personnes de l'un et l'autre sexe se seraient assemblées toutes les nuits sous le nom de charivari et auraient dans leurs désordres et libertés scandaleuses, comme il arrive ordinairement, commis des actions très impies et qui vont à une entière dérision de nos mystères et des vérités de la religion chrétienne et des plus saines cérémonies de l'Église, ce qui nous aurait obligé de recourir au bras séculier pour faire cesser ces sortes d'assemblées, lequel aurait employé son autorité pour les réprimer nonobstant quoi nous avons appris que non seulement ils continuent, mais encore qu'ils vont augmentant de jour en jour, ce qui nous oblige par le devoir de notre charge de joindre l'autorité de l'Église à celle du bras séculier et de nous opposer de tout notre pouvoir à ces sortes d'impiétés et à de telles assemblées expressément défendues à tous les fidèles de l'un et de l'autre sexe, et même par les ordonnances civiles comme n'ayant rien de plus préjudiciable à la religion, aux bonnes mœurs, au bien public et au repos de toutes les familles. Nous, pour ces causes et pour apporter un remède convenable à un grand mal qui ne pourrait avoir que des suites et des conséquences très funestes, faisons très expresses inhibitions et défenses à tous les fidèles de l'un ou l'autre sexe de notre diocèse de se trouver à l'avenir à aucune des dites assemblées qualifiées du nom de charivari, aux pères et mères d'y envoyer ou permettre que leurs enfants y aillent, aux maîtres et maîtresses d'y envoyer leurs domestiques ou permettre volontairement qu'ils y aillent, le tout sur peine d'excommunication. Et afin que personne n'en prétende cause d'ignorance nous voulons que notre présente ordonnance soit lue et publiée au prône de l'église paroissiale de Québec et autres lieux de notre diocèse et affichée à la porte des églises."

Source: Bulletin des Recherches Historiques, vol. XXXII (1926), article de E.-Z. Massicotte.

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