‹ La ville de Québec sous le régime françaisChapitre 229 sur 275 · M** DE SAINT- VALLIER, ÉVÊQUE DE QUÉBEC · texte numérisé non relu

M** DE SAINT- VALLIER, ÉVÊQUE DE QUÉBEC

Jean-Baptiste de la Croix de Chevrière de Saint- Vallier était né à Grenoble, le 14 novembre 1653. Il aurait pu se faire un avenir très brillant dans le monde car sa famille était illustre et influente, mais il préféra se consacrer au service de Dieu. Ordonné prêtre, il fut, peu après, fait chanoine de la cathédrale de Grenoble. Son frère aîné, capitaine des gardes de Sa Majesté, le fit nommer aumônier ordinaire du roi. Les plaisirs de la cour ne le gâtèrent pas, il y vécut très effacé, s'occupant surtout des déshérités du monde.

Louis XIV, qui connaissait la vertu de son aumônier, lui offrit le siège épiscopal de Tours puis celui de Marseille, mais l'humble prêtre refusa ces charges d'honneur. M^ de Laval, ayant offert sa démission de l'évêché de Québec, en 1684, on jeta les yeux sur l'abbé de Saint- Vallier pour le remplacer. Celui-ci accepta d'être évêque de Québec, parce qu'il prévoyait que, cette fois, la charge épiscopale serait accompagnée de sacrifices et de pauvreté. M. de Saint- Vallier passa d'abord au Canada, en 1685, en qualité de grand vicaire de M*1 de Laval, puis, à son retour en France, il fut sacré évêque dans l'église de Saint-Sulpice, à Paris, le 25 janvier

Me de Saint- Vallier arriva à Québec, le 1er août 1688, et fut reçu solennellement par le clergé et le peuple.

En mars 1684, l'abbé Dudouyt, chargé de prendre des renseignements sur l'abbé de Saint- Vallier dont il était alors question comme évêque de Québec, écrivait à M*1 de Laval:

" Il a un zèle un peu trop ardent, soit pour sa propre perfection, soit pour y porter les autres; il n'a pas encore beaucoup d'expérience, étant jeune; il est austère. . . "

L'abbé Dudouyt avait pensé juste. Son zèle sans mesure fit de l'épiscopat de M^ de Saint- Vallier une longue suite de démêlés avec les autorités civiles, les ordres religieux et les prêtres du diocèse. Les choses en vinrent à un tel point qu'on considéra comme un bonheur le séjour forcé de treize ans, en Angleterre et en

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France, de l'évêque de Québec. Louis XIV, pour ramener la paix dans le diocèse de Québec, tenta à deux reprises d'obtenir la résignation de Mp de Saint- Vallier, mais celui-ci, attaché à son église, refusa chaque fois de se rendre au désir du roi.

de Saint- Vallier avait, il est vrai, des défauts de caractère qui ennuyèrent la plupart de ceux qui vinrent en rapport avec lui, mais nous devons ajouter qu'il avait de riches qualités dont l'église de Québec bénéficia beaucoup. Possesseur d'un patrimoine de famille considérable, il vécut pauvrement, presque misérablement pour donner plus aux œuvres de charité. La plupart des aumônes et des charités du deuxième évêque de Québec ne sont connues que de Dieu. Les archives de l'Hôpital général de Québec nous apprennent, tout de même, que M87 de Saint- Vallier dépensa au Canada en œuvres utiles, plus de 600,000 livres dont 200,000 provenaient de sa propre fortune. Citons ici quelquesunes des aumônes de l'évêque de Québec :

1° Une fondation de 40,080 livres au séminaire de Québec, pour l'entretien de six prêtres dans les missions sauvages les plus abandonnées. 2° La construction du palais épiscopal de Québec qu'il légua à ses successeurs, et qui lui coûta plus de 80,000 livres. 3° La fondation de l'Hôpital général de Québec à laquelle il consacra 60,000 livres. 4° La fondation du monastère des Ursulines des Trois-Rivières, qu'il dota de 30,000 livres. 5° Un don de 20,000 livres aux prêtres du séminaire de Montréal. 6° Une donation de 8,000 livres pour le soutien d'une école à Québec. 7° Une somme de 6,000 livres aux Sœurs de la Congrégation de Notre- Dame de Montréal.

En 1725, M* de Saint- Vallier, malade, épuisé, se retira dans sa chère fondation de l'Hôpital général où il ne fit que languir et souffrir jusqu'au 26 décembre 1727, jour de sa mort. Il était âgé de 74 ans et avait quarante années d'épiscopat.

Sources: M& de Saint- Vallier et l'Hôpital général de Québec; M«r Têtu, Les

Évêques de Québec.

Signature de Mgr de Saint- Vallier

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LETTRE DE M«r DE SAINT- V ALLIER

LA PREMIÈRE VISITE DE Mp DE SAINT- VALLIER À

QUÉBEC

gr de Saint- Vallier, choisi comme successeur de M*1" de

Laval au siège épiscopal de Québec dès 1684, ne fut ce-

pendant nommé que le 27 juillet 1687 et sacré le 25 janvier 1688. Dès l'été de 1685, toutefois, M*- de Saint- Vallier était passé dans la Nouvelle-France en qualité de grand vicaire de Mp de Laval, et il gouverna pratiquement l'Église de Québec de 1685 à 1688. Aussitôt de retour à Paris, il publiait une relation de son voyage qu'il intitula État présent de l'Église dans la Nouvelle- France. L'ancien aumônier du Roi ne peut taire son enthousiasme dans ce livre sur tout ce qu'il avait vu à Québec et dans le reste du pays.

Du superbe témoignage qu'il donne à M® de Laval nous ne pouvons citer que le début :

" La noble maison de Laval dont il est sorti, le droit d'aînesse de sa famille auquel il a renoncé en entrant dans l'état ecclésiastique, la vie exemplaire qu'il a menée en France avant qu'on pensât à l'élever à l'épiscopat, le zèle et l'application avec laquelle il a gouverné si longtemps l'Église du Canada, soit en qualité de vicaire apostolique, évêque dePétrée, soit en qualité de premier évêque de Québec, dont le titre a été érigé à Rome en l'année 1674, à l'instance de Louis le Grand, qui a doté l'évêché; la constance et la fermeté qu'il a eue à surmonter tous les obstacles qui se sont opposés en diverses occasions et en différentes manières à la droiture de ses intentions et au bien de son cher troupeau; les soins qu'il a pris de la colonie des Français et de la conversion des Sauvages; les navigations qu'il a entreprises plusieurs fois pour les intérêts des uns et des autres; le zèle qui le pressa de repasser en France il y a trois ans pour venir se chercher un successeur; le désintéressement et l'humilité qu'il a fait paraître en offrant et en donnant de si bon cœur sa démission pure et simple ; enfin toutes les grandes vertus que je lui vois pratiquer chaque jour dans le séminaire où je demeure avec lui, mériteraient bien en cet endroit de solides louan-

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ges, mais sa modestie m'impose silence, et la vénération qu'on a pour lui partout où il est connu est un éloge moins suspect que celui que j'en pourrais faire. . "

Quel bel éloge M8* de Saint- Vallier fait du séminaire de Québec ! " Les directeurs qui le gouvernent," écrit-il, "sont en petit nombre et s'ils avaient moins de grâce et d'activité qu'ils n'en ont, il leur serait impossible de faire tout ce qu'ils font au dedans et au dehors de leur maison : le détachement dont ils font profession, la charité qui les unit, l'assiduité qu'ils ont au travail et la régularité qu'ils s'efforcent d'inspirer à tous ceux qui sont sous leur conduite m'ont donné une très sensible consolation: quelque ferveur que j'aie trouvé parmi eux, j'ai eu le plaisir de la voir redoubler dans leur maison. . . "

M81 de Saint- Vallier rend aussi un bel hommage aux Jésuites de Québec. " Le supérieur est à présent le Père Dablon," dit-il, " homme d'un mérite et d'une expérience consommée, avec qui j'ai eu beaucoup de liaison pendant mon séjour en Canada; plus on le voit, plus on l'estime: et dans le compte qu'il a bien voulu me rendre des qualités et des travaux de tous les religieux qui lui sont soumis, soit dans le collège soit dans les missions, j'ai connu qu'ils sont tous des saints qui ne respirent que Dieul seul, et qui ne s'épargnent en rien pour convertir les infidèles et pour sanctifier les chrétiens."

M81" de Saint- Vallier prend aussi la peine d'écrire qu'il a sujet de se louer des Récollets de Notre-Dame des Anges dans les emplois qu'il leur a commis, pendant son séjour de deux ans à Québec.

Des Ursulines et des Hospitalières de l'Hôtel-Dieu, M81- de Saint- Vallier dit :

" Il y a à Québec deux communautés de religieuses, érigées par lettres patentes, les Ursulines et les Hospitalières; les unes et les autres travaillent chacune selon l'esprit de leur vocation, avec grande fidélité aux emplois de leur institut."

Bref, M81 de Saint- Vallier ne trouve absolument rien à redire de tout ce qu'il vit à Québec. Il est vrai qu'il changea un peu d'opinion plus tard. La première impression, en tout cas, avait été excellente.

Source: M«r de Saint- Vallier, État présent de l'Église dans la Nouvelle-France.

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