‹ La ville de Québec sous le régime françaisChapitre 230 sur 275 · UNE ÉPIDÉMIE À QUÉBEC, EN · texte numérisé non relu

UNE ÉPIDÉMIE À QUÉBEC, EN

e 28 septembre 1685, l'intendant de Meulles écrivait au mi-

I nistre:

" L'arrivée des deux vaisseaux de Sa Majesté a causé un grand désordre en Canada. Ceux qui y ont passé ont presque tous été attaqués de maladie contagieuse, qui s'est même communiquée à la plupart des habitants qui se sont mis en devoir de les soulager. Vous verrez, Monseigneur, par la liste que je vous envoie combien il est mort d'officiers, soldats, engagés et matelots. Ce mal a été si dangereux que la plupart des maîtres de barques que j'ai été obligé de leur envoyer en sont morts ou malades. Il y en a un entre autres qui était un nommé Denis Dion qui en est mort et laisse une veuve avec huit ou dix enfants. Sa famille mérite que Sa Majesté lui fasse quelque gratification, deux de ces enfants étant encore présentement à l'extrémité. Quoique le vaisseau où on envoyait le dit Dion fût soupçonné de contagion, il ne laissa pas d'obéir aveuglément aux ordres qui lui furent donnés. Vous aurez, s'il vous plait, égard, Monseigneur, à ces sortes de services. Si cet homme n'y avait pas été, les deux vaisseaux du Roi seraient péris sans secours, parce qu'ils étaient à trente lieues de Québec et n'avaient pas la force de lever leurs ancres. Il est encore mort de bons ecclésiastiques, que Monsieur l'évêque faisait venir ici, pour avoir voulu secourir les malades.

" Il est déjà mort un tiers de ceux qu'on a mis à l'Hôpital, quoiqu'ils aient été parfaitement bien secourus. On ne saurait faire trop de cas de cet hôpital; les religieuses ont fait dans cette occasion des choses surprenantes, il le faut regarder comme un bien universel qui mérite que Sa Majesté l'appuie fortement.

" Monsieur le gouverneur et Monsieur l'évêque m'ont fort sollicité de leur faire donner pour les malades, qui ont été jusques au nombre de cent, des couvertures, des draps, des paillasses et des chemises, celles du Roi étant dans un vaisseau marchand qui n'était pas encore arrivé; cette dépense que je n'ai pu refuser monte à huit ou neuf cents livres."

La liste des officiers, soldats, engagés et matelots morts par cette cruelle épidémie de 1685 n'a pas été conservée.

Dans sa lettre au ministre du 3 décembre 1685, le gouverneur de Denonville parle aussi de l'épidémie de 1685 à Québec.

" La flûte le Mulet," y dit-il, " est enfin arrivée de la semaine dernière. Si la maladie y a été aussi grande il y a eu beaucoup plus d'arrangements dans le bord et plus d'ordre que dans le Fourgon: aussi M. le chevalier de la Corde est-il un officier fort appliqué dont on se loue très fort car il a bien pris soin des malades.

" Ce qu'il y a encore de fâcheux est que plusieurs de nos bons habitants que nous avons envoyés au devant pour secourir les flûtes sont tombés malades et qu'il en est mort dont l'un nommé Guion (Dion) laisse une veuve avec neuf enfants qui auraient bien besoin d'être secourus étant très pauvres. M. l'intendant et moi sommes convenus de remplacer les soldats morts de pareil nombre d'engagés dont on a fait faire des mémoires pour les retrouver quand besoin sera ; on ne vous saurait encore rendre compte de ce qui est de soldats et d'engagés car tous les jours il en meurt quelqu'un à l'hôpital où on en compta hier jusques à cent.

" Les religieuses de cet hôpital prennent un soin admirable des malades. En vérité, Monseigneur, elles méritent bien que vous leur fassiez quelques gratifications pour leur aider à exercer leurs charités envers le pays auquel elles sont d'un grand secours, ne refusant aucun malade, pauvre ou riche, elles reçoivent ce que l'on veut donner, tous les malades de la campagne ne trouvent de secours qu'en s'y faisant porter; faire du bien à cette maison, Monseigneur, c'est en faire à tout le pays.

" La supérieure est canadienne, très raisonnable, d'une sagesse et conduite admirable. Sa maison est engagée de dix mille livres chez les marchands; il y a deux revenus séparés, celui de l'hôpital ne suffirait pas, elles emploient celui de la communauté et l'engagent de même, M. l'évêque reçoit leurs comptes tous les ans; avec quelques années de vos bienfaits elles peuvent espérer de raccommoder leurs affaires; ne leur refusez pas, Monseigneur, l'honneur de votre protection."

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