LE MARQUIS ET LA MARQUISE DE DENONVILLE
IE marquis de Denon ville qui fut toute sa vie un catholique si convaincu était né d'un père protestant et d'une mère protestante. Tous deux se convertirent, peu après la naissance de leur fils.
Nommé gouverneur de la Nouvelle-France le 1er janvier 1685, Jacques-René de Brisay, marquis de Denonville, arriva à Québec le 1er août suivant. Le Conseil Souverain réuni le 3 août pour l'enregistrement de ses provisions, députa deux de ses membres, MM. Rouer de Villeray et Denys de Vitré, pour aller saluer madame la générale, " et lui témoigner la joie de la Compagnie, de ce qu'elle eût bien voulu s'exposer aux dangers de la mer et donner au pays la satisfaction de posséder une personne de sa conduite et de sa vertu."
de Saint- Vallier, rarement prodigue d'éloges, ne peut taire son admiration pour la vie que menait madame de Denonville dans la Nouvelle-France :
" Elle est," écrivait-il, " à la tête de toutes les bonnes œuvres, toujours la première aux messes de paroisses, aux processions, aux saluts, et à toutes les dévotions publiques, tantôt dans une église, tantôt dans une autre: elle a mis les actions de piété à la mode dans Québec, parmi les personnes de son sexe, qui se font honneur de la suivre partout, même dans les hôpitaux où elle sert les malades de ses propres mains, et dans les maisons des pauvres honteux, qu'elle assiste selon leurs divers besoins en santé et en maladie; elle les instruit, elle les console, elle panse leurs plaies, elle leur prépare des remèdes, elle fait leurs lits; et tout cela d'une manière si aisée et si naturelle, qu'on voit bien qu'elle y est accoutumée, et qu'elle découvre par la pénétration de sa foi la personne de Jésus-Christ dans celle des misérables; elle passe une partie de sa vie dans les monastères des filles, où on a cru devoir lui accorder une libre entrée, pour sa propre consolation et pour celle des religieuses qu'elle édifie beaucoup par sa conversation et par sa conduite; le reste du temps se passe dans sa maison à élever sa famille
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et à travailler de ses mains, apprenant encore plus par son exemple que par ses paroles à toutes les personnes qui viennent lui rendre leurs devoirs, qu'une femme chrétienne, de quelque rang qu'elle puisse être, ne doit jamais demeurer inutile, et que dès qu'elle ne fait rien, elle est en état de faire beaucoup de mal."
Le marquis et la marquise de Denonville avaient amené ici, leur fille, Marie-Catherine. Ils la mirent au pensionnat des Ursulines de Québec. De retour en France, elle entra chez les Carmélites de Chartres, où elle se rendit fort remarquable par la sainteté de sa vie.
Dans un mémoire anonyme daté de Québec, le 30 octobre 1688, il est dit:
" J'ajouterai seulement un article sur lequel vous trouverez peut-être étrange que je ne dise rien, savoir si M. le gouverneur fait quelque commerce. Je vous dirai que non, mais que madame la gouvernante, qui est d'humeur à ne pas négliger l'occasion du profit, a fait, jusqu'à la fin de l'hiver dernier, tenir dans le château de Québec une chambre, pour ne pas dire une boutique, pleine de marchandises, et trouvé moyen après cela de faire une loterie pour se défaire du rebut qui lui était resté, et qui lui a plus produit que sa bonne marchandise."
Il ne faut pas attacher trop d'importance aux dires de cet anonyme. Sa haine contre le marquis de Denonville perce à toutes les pages de son mémoire. Il est le seul d'ailleurs à attaquer la marquise de Denonville. Les témoignages de de Saint- Vallier et des annalistes des communautés religieuses de Québec doivent compter plus, nous semble-t-il, que celui de ce pamphlétaire sans nom.
La marquise de Denonville, née Catherine Courtin, décéda en son château de Denonville, le 18 mai 1710, à l'âge de 64 ans. Le marquis de Denonville la suivit dans la tombe le 24 septembre de la même année, à l'âge de 72 ans.
Le duc de Saint-Simon, dans ses Mémoires, lance quelques traits acérés à M. et madame de Denonville. L'un et l'autre étaient pieux. Cela suffisait pour les exposer aux médisances du grincheux mémorialiste.
Source: Bulletin des Recherches Historiques, vol. XXVI (1920).
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