‹ La ville de Québec sous le régime françaisChapitre 234 sur 275 · UNE SECONDE ÉPREUVE POUR LES URSULINES · texte numérisé non relu

UNE SECONDE ÉPREUVE POUR LES URSULINES

|ETTE année 1686, il plut à Notre-Seigneur de visiter dere-

chef notre communauté par un second incendie qui arriva

^-"^ le dimanche, 20 octobre. Nous étions toutes à la messe de communauté et nous avions laissé tous les feux en très bon état. Comme nous étions à la communion, l'on sonna au tour plusieurs fois de suite : c'étaient quelques personnes du dehors qui venaient nous avertir que le feu était à la maison, ayant aperçu une horrible fumée qui sortait par la cuisine. Aussitôt notre Révérende Mère sort du chœur et va vers la cuisine, qu'elle trouve tout en feu ! Elle referme la porte, accourt au chœur à la hâte, disant: " Mes sœurs, tout est perdu, sortez promptement ! " L'on sonne le tocsin, toute la ville vole au secours, mais inutilement, le feu fortement poussé par un vent du nord, courut avec une telle impétuosité qu'ayant commencé sur les huit heures du matin, il consuma d'un côté le grand bâtiment, les parloirs et le noviciat, le magasin et une partie des étables; et de l'autre il brûla le chœur, l'avant-chœur, la chapelle des Saints et celle de l'Enfant-Jésus, l'église et la chapelle Sainte- Anne avec la sacristie, et cela en deux ou trois heures de temps. Tout ce que l'on put faire fut de sauver le Très Saint Sacrement et les saintes reliques, qui étaient à la chapelle des Saints, au-dessus du chœur; encore les fallut-il descendre par deux fenêtres qui étaient au-dessus de la voûte de l'église,par laquelle voûte l'on fit aussi descendre la religieuse (la Sœur Marie Montmesnil de Sainte-Cécile) qui avait été assez généreuse que d'exposer sa vie pour les sauver. L'on put aussi enlever les ornements qui étaient dans la sacristie; mais les plus beaux qui se trouvaient dans une armoire au bout du grand dortoir furent brûlés. Pour garantir la boulangerie et la buanderie, on les avait entièrement découvertes, en sorte qu'il ne nous restait que le petit bâtiment que feu madame notre fondatrice avait donné autrefois pour le séminaire ; ce petit logis nous fut conservé par la bonté divine pour nous servir une seconde fois de refuge dans nos disgrâces.

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" Ce coup, quoique très rude et imprévu, ne nous fut presque pas sensible, et la grâce se rendit tellement maîtresse de nos cœurs dans ce moment où Dieu, se donnant tout à nous dans son sacrement d'amour, nous ôtait tout le reste, qu'il ne nous fut pas possible de regretter la privation des choses de la terre.

" Ce fut surtout en cette rencontre que IVP de Saint- Vallier se porta avec des bontés et des tendresses toutes paternelles à pourvoir aux nécessités de ces pauvres filles Ursulines. S'étant aussitôt transporté chez les Mères Hospitalières pour examiner le lieu où il nous pourrait loger, il trouva en ces chères Mères des cœurs remplis de charité pour nous, et il revint aussitôt pour mettre ordre à tout et prendre les mesures nécessaires pour nous faire conduire à l'Hôtel-Dieu, où il fut convenu que vingt de nous irions demeurer, tandis que les huit autres resteraient dans la petite maison de madame notre fondatrice, tant pour avoir soin de la basse-cour que pour veiller sur les ouvriers qui travailleraient à réparer les clôtures, la boulangerie et la buanderie, et aussi à accommoder les lieux réguliers dans ce petit bâtiment qui devait nous servir de monastère, jusqu'à ce qu'il plût à Dieu de nous en donner un autre.

" Après la grand'messe à la cathédrale, entre midi et une heure, le R. P. Beschefer vint quérir celles qui devaient aller à l'Hôtel-Dieu. Les Mères Hospitalières nous reçurent avec toute la charité et cordialité possible. Etant entrées par l'hôpital, on nous conduisit droit au chœur où, à genoux devant le Saint-Sacrement, nous chantâmes le Laudate pour rendre grâces au Seigneur de ce qu'il avait accompli en nous sa sainte volonté en nous dépouillant de tout, et le Memorare à la Sainte Vierge, notre mère et principale supérieure, la suppliant de prendre soin de nous. Nous entendîmes ensuite la sainte messe que le R. P. Beschefer avait eu la bonté de différer jusque-là afin de nous consoler plus efficacement. "

Source: Les Ursulines de Québec depuis leur établissement jusqu'à nos jours.

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