L'INTENDANT JEAN BOCHART DE CHAMPIGNY
es uns nomment cet intendant M. Bochart, d'autres M. de
Champigny. La vérité est qu'il s'intitulait Jean Bochart,
— chevalier, seigneur de Champigny, Noroy et Verneuil. Nommé intendant de la Nouvelle-France le 24 avril 1686, il arriva à Québec à la fin de juillet de la même année. Le Conseil Souverain enregistra sa commission le 23 septembre.
M. Thomas Chapais dit au sujet de M. Bochart de Champigny:
" M. de Denonville, qui n'aimait pas M. de Meulles, accueillit avec satisfaction l'arrivée de son successeur. Dans une lettre du 10 novembre 1686, il remercie le ministre de cette nomination. Le fait est que durant tout son gouvernement l'harmonie la plus parfaite ne cessa de régner entre les deux fonctionnaires. L'accord du gouverneur et de l'intendant est une chose trop rare dans l'histoire de la Nouvelle-France, pour que nous ne notions pas ici spécialement cette concorde inaccoutumée. Les relations de Talon avec Courcelles avaient été souvent tendues. Duchesneau et Frontenac avaient été constamment en guerre. Une sourde mésintelligence entre MM. de Meulles et de la Barre s'était donnée carrière dans de nombreux factums. Enfin Denonville avait fortement contribué au rappel de M. de Meulles. L'arrivée de Champigny marqua une trêve qui devait durer jusqu'au retour de Frontenac."
M. Bochart de Champigny commença sa carrière d'intendant par un acte peu louable. Il fut le principal instrument dans le guet-apens du fort Frontenac où on prit un certain nombre d'Iroquois par traîtrise pour les envoyer servir sur les galères du roi. M. Henri Lorin excuse M. Bochart de Champigny en disant qu'un bon intendant ne discute pas les instructions de son roi. Sans doute, le roi avait recommandé à MM. de Denonville et Bochart de Champigny de prendre le plus grand nombre possible d'Iroquois pour les galères, mais ce qu'on blâme surtout dans l'incident
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du fort Frontenac c'est la tricherie de l'intendant. Un tel acte, il nous semble, ne s'excuse pas.
En 1689, M. de Frontenac remplaça M. de Denonville au gouvernement de la Nouvelle-France. Les beaux jours de M. Bochart de Champigny finirent. Il n'avait jamais eu le moindre différend avec le marquis de Denonville. Celui-ci l'avait toujours associé à toutes ses démarches. Avec M. de Frontenac ce système changea. Le gouverneur prenait ses décisions et faisait les nominations sans même en parler à l'intendant. M. Bochart de Champigny fut virtuellement relégué à l'arrière-plan. M. de Callières, qui remplaça M. de Frontenac, traita l'intendant de façon à lui faire regretter le gouverneur défunt. Le 26 mai 1799, M. Bochart de Champigny écrivait au ministre: "M. de Callières a débuté à mon égard avec tant de hauteur et d'une manière si désobligeante, que je n'avais encore rien vu de pareil ni d'approchant, depuis treize ans que j'ai l'honneur d'être intendant en ce pays."
Les conflits de M. Bochart de Champigny avec M. de Frontenac, puis avec M. de Callières engagèrent le roi à le rappeler en
L'intendance de M. Bochart de Champigny avait duré seize ans. C'était la plus longue que le Canada eût connue jusque-là. Il ne faut pas juger M. Bochart de Champigny par ses conflits avec les gouverneurs Frontenac et Callières. Il travailla consciencieusement au progrès de la Nouvelle-France. Il fut le principal protecteur des entreprises de pêche du sieur Riverin sur la côte nord de la péninsule gaspésienne et aida de toute façon M. Hazeur dans l'établissement de sa scierie de la Malbaie. Plus que tout autre intendant peut-être, M. Bochart de Champigny entrevoyait le brillant avenir industriel du Canada.
Source: la Presse, de Montréal, 10 avril 1901, article de Ignotus.
Signature de Bochart de Champigny
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