‹ La ville de Québec sous le régime françaisChapitre 241 sur 275 · LE RETOUR DE M. DE FRONTENAC À QUÉBEC · texte numérisé non relu

LE RETOUR DE M. DE FRONTENAC À QUÉBEC

a Hontan, qui profitait de la bourse et de la table de M. de

I Frontenac, parle de son retour à Québec en 1689 avec un — enthousiasme délirant.

" Ce nouveau gouverneur, dit-il, arriva à Québec le 15 d'octobre, mit pied à terre sur les huit heures du soir et fut reçu au flambeau tant de la ville que de la rade, par le Conseil Souverain et par tous les habitants qui étaient sous les armes. On fit trois décharges de canon et de mousqueterie, et les feux de joie furent accompagnés d'illuminations à toutes les fenêtres des maisons de la ville, ce soir même tous les corps du Canada le complimentèrent, et surtout les Jésuites, qui lui firent une harangue fort pathétique, où le cœur avait moins de part que la bouche. Le lendemain, il fut visité de toutes les dames dont la joie secrète se remarquait autant sur leur visage qu'en leurs paroles. Plusieurs personnes firent jouer des feux d'artifice pendant qu'on chantait le Te Deum à la grande église, où ce gouverneur se trouva. Ces réjouissances durèrent en augmentant de jour en jour, jusqu'à ce qu'il partit pour le Montréal, ce qui est une marque du plaisir qu'on se fait de son retour et de l'assurance que l'on a que par sa sage conduite et son esprit sublime, il conservera le repos et la tranquillité qu'il a toujours su y maintenir pendant les dix années de son premier gouvernement."

Puis, La Hontan donne les raisons de la joie du peuple à cause du retour de M. de Frontenac.

" Il est adoré de tout le monde; on l'appelle Redemptor Patriœ, ce titre lui convient, car sur le rapport de tous les habitants de ces colonies, tout était dans le chaos, dans la confusion et dans la pauvreté la première fois qu'il vint en Canada. Les Iroquois avaient brûlé toutes les plantations et égorgé des milliers de Français; le laboureur était assommé dans son champ; le voyageur était enlevé dans ses courses, et le marchand ruiné par le manque de commerce; la famine désolait tout le monde, la guerre faisait abandonner le pays, en un mot la Nouvelle-France allait infailli-

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blement périr, si ce gouverneur n'eût fait la paix avec ces barbares. Cet ouvrage qui ne vous paraîtra peut-être pas d'une aussi grande conséquence que je vous le dépeins, l'est cependant plus que vous ne sauriez vous imaginer, car ces barbares ne font la guerre que par inimitié personnelle, au lieu que dans toutes les ruptures qui se font en Europe la vengeance y a moins de part que l'intérêt."

En 1687, le gouverneur de Denonville, de concert avec l'intendant Bochart de Champigny, au mépris des coutumes les plus élémentaires de la guerre, avait fait prendre une quarantaine d'Iroquois au fort Frontenac et les avait envoyés en France pour servir sur les galères. Plusieurs de ces Sauvages moururent en France. On se rendit bientôt compte qu'on ne pourrait faire la paix avec les Iroquois si on ne renvoyait au Canada les survivants de ceux qui avaient été embarqués sur les galères. C'est M. de Frontenac qui se chargea de les rapatrier. Le plus important de ces galériens libérés s'appelait Ouréouharé. M. de Frontenac, durant la traversée puis, une fois, débarqué à Québec, lui témoigna les plus grands égards. Il le logea au château Saint-Louis et le traita de façon à lui faire oublier les durs traitements qu'il avait reçus en France. Il voulait s'en servir pour recouvrer l'ascendant qu'il exerçait jadis sur les Iroquois.

Quatre ou cinq jours après son arrivée, M. de Frontenac monta en canot à Montréal. On fit tout ce qu'on put pour l'empêcher d'entreprendre ce voyage dans une saison si avancée. On eut beau lui représenter toutes les misères qu'il allait se donner et ses soixante-huit ans d'âge, rien n'y fit. Il regrettait tellement l'abandon du fort Frontenac ordonné par M. de Denonville, qu'il se serait rendu jusque-là pour remédier à la faute commise. Rendu à Montréal, il abandonna ce voyage à la suite des représentations de ses officiers qui lui firent comprendre qu'à son âge il ne pouvait s'exposer, en automne, aux dangers des passages des sauts et des cataractes qui se rencontrent de Montréal à Frontenac. Il envoya à sa place M. d'Ailleboust de Manthet qui était habitué à ces sortes de voyages, et revint à Québec juste pour saluer le marquis et la marquise de Denonville, avant leur départ pour la France.

Source: La Hontan, Voyages dans l'Amérique Septentrionale.

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