‹ La ville de Québec sous le régime françaisChapitre 251 sur 275 · LES TROPHÉES DU SIÈGE DE · texte numérisé non relu

LES TROPHÉES DU SIÈGE DE

Aucun monument ne fut élevé à Québec pour commémorer la /A levée du siège, mais on conserva longtemps plusieurs trophées qui parlaient aussi éloquemment que des tablettes de pierre ou d'airain.

Le plus important de ces souvenirs glorieux fut bien ce drapeau qui flottait au grand mât du vaisseau amiral de Phipps et qui fut si prestement abattu dans la matinée du 16 octobre 1690 par un boulet lancé d'une batterie de la basse ville. Le 5 novembre 1690, pendant la fête de la reconnaissance, le drapeau de Phipps fut solennellement porté à la cathédrale où il fut suspendu à la voûte. C'était le premier étendard guerrier qu'on déposait dans l'église de Québec. Plus tard, les drapeaux des régiments de Shirley, de Pepperell et de Schuyler, pris à Chouaguen le 14 août 1756, vinrent le rejoindre.

Que devinrent ces trophées? Ils furent conservés dans la cathédrale jusqu'au siège de 1759. Nous les perdons ensuite de vue. On a dit qu'ils furent détruits en même temps que la cathédrale, à la fin de l'été de 1759. Ne furent-ils pas plutôt remis aux Anglais par le gouverneur de Vaudreuil et le chevalier de Lévis, ainsi que le voulait la capitulation de Montréal ?

Le 19 octobre, en s' éloignant de Québec, le vaisseau amiral de Phipps, le Six Friends, presque désemparé, avait dû laisser son ancre au fond du fleuve afin de ne pas être coulé par les projectiles qu'on lui lançait de Québec.

Aussitôt la flotte anglaise sortie du port de Québec, Jean Guay, un habitant entreprenant de la Pointe-de-Lévy, se mit dans la tête de retirer cet ancre du fleuve. Il y réussit comme nous le constatons par les procès- verbaux de la Prévôté de Québec, à la date du 30 juillet 1691.

Les soldats du major Walley quittèrent si précipitamment leur camp de Beauport ou de la Canardière dans la nuit du 21 au 22 octobre, qu'ils abandonnèrent sur le terrain un drapeau, cinq pièces de canon, de la poudre, des provisions, etc, etc. Les mili-

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ciens de la côte de Beaupré, sous le commandement du brave Pierre Carré, de Sainte-Anne-de-Beaupré, s'étaient si bien conduits pendant la bataille de la Canardière, que M. de Frontenac, pour les récompenser, leur donna l'étendard abandonné à Beauport. Ils l'emportèrent avec eux dans leur paroisse, et il fut suspendu à la voûte de la petite église de Sainte-Anne-de-Beaupré, comme le pavillon amiral de Phipps fut accroché dans la cathédrale de Québec. Ce drapeau, par une délibération unanime des habitants de la paroisse du 25 mars 1704, fut vendu à Pierre Fromage pour la somme de seize livres. Nous ignorons les raisons de cette vente étrange.

Quant aux cinq canons laissés au camp de la Canardière, les soldats de Walley n'avaient pas même pris la peine de les enclouer. Nous présumons que le gouverneur Frontenac les fit placer sur les remparts de Québec pour aider à la défense de la place. La relation de Monseignat dit, en effet, parlant de la fête du 5 novembre 1690: "Il y eut plusieurs décharges de notre canon et de mousqueterie; et l'on n'oublia pas à faire tirer plusieurs fois les pièces que nous avons gagnées sur les ennemis et qui nous seront utiles dans la suite."

On conserve à la résidence d'été des prêtres du séminaire de Québec au Petit-Cap, un vieux canon de fabrique anglaise. Une tradition ancienne et respectable veut que ce canon soit un des cinq laissés sur la grève de Beauport, en octobre 1690. Ce petit canon serait donc le seul trophée qui nous resterait du siège de 1690. Dans ce cas, qu'on le conserve précieusement.

Source: Bulletin des Recherches Historiques, vol. III (1897).

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