LES MORTS ET BLESSÉS DU SIÈGE DE
Relativement aux morts et aux blessés, les relations françaises et anglaises du siège de Québec en 1690 enchérissent " les unes sur les autres.
Ainsi, pour les pertes canadiennes- françaises, voyons ce que disent les principales relations anglaises: Sir William Phipps:
" In this expédition, the enemy suffered great damage and had a great number of their men killed ..." Major Walley:
"... We had killed 20, some say 30 of the enemy, and since have been informed their hospital is full of wounded men." Thomas Savage :
" We killed of the French at our coming ashore above thirty, as some, who have made a computation of what they saw in several places lay dead, say."
Jetons maintenant un coup d'œil sur les relations françaises au sujet des pertes des Anglais.
Dans sa lettre à Louis XIV du 20 octobre 1691, Frontenac dit que, dans la seule rencontre du 18 octobre 1690 sur les grèves de Beauport, les Anglais perdirent trois cents hommes. Ailleurs, Frontenac dit encore: "Ils ont assurément perdu plus de cinq cents hommes morts ou blessés." Ici, M. de Frontenac veut parler des pertes en morts et blessés pendant toute la durée du siège.
Monseignat, qui fut chargé d'écrire la relation officielle ou authentique du siège de 1690, dit:
" Les ennemis perdirent en cette occasion (la journée du 18 octobre) cent cinquante hommes au rapport d'un habitant qui visita la nuit le champ de bataille." Parlant de la bataille du 20 octobre, Monseignat dit: " Ils n'ont perdu pas moins de monde dans cette occasion qu'à l'autre (c'est-à-dire la rencontre du 18 octobre).
Du côté anglais comme du côté français on a considérablement exagéré les pertes respectives pendant le siège de 1690.
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Phipps avait intérêt à grossir le nombre des morts et des blessés français et canadiens afin de pallier un peu la défaite qu'il venait de subir. De son côté, le gouverneur Frontenac, pour magnifier sa victoire, avait besoin de faire disparaître un bon nombre d'ennemis. Il est triste de l'avouer, mais dans une bataille, plus il y a de morts et de blessés plus la victoire est importante.
M. Ernest Myrand, qui a fait un relevé comparatif de toutes les relations anglaises et françaises du siège de 1690, estime les pertes des Anglais en tout et partout, c'est-à-dire dans les engagements sur terre comme sur les vaisseaux, à cent cinquante hommes tués ou morts de blessures d'armes. Il est toutefois bon de remarquer que le typhus, la petite vérole, la dysenterie, les fièvres de camp, les naufrages subis au retour de l'expédition durent enlever aux Anglais quelques centaines d'hommes.
Quant aux morts de l'armée canadienne-française, M. Myrand n'a pu en retracer qu'une dizaine parmi lesquels il nomme Alexandre-Samuel de Clermont, Joseph Pezard de Latouche, François Roberge, Pierre Maufils et Lemoyne de Sainte-Hélène. Les blessés connus sont Nicolas Juchereau de Saint-Denys, le sieur Godefroy de Vieuxpont, le sieur Lemoyne de Longueuil et Jacques Aubuchon. D'après le calcul de M. Myrand, du côté canadien-français, il y aurait eu en tout soixante et un morts et blessés.
Comme on le voit, M. de Frontenac, sir William Phipps, le major Walley, Thomas Savage, le sieur de Monseignat et tous ceux qui, après eux, ont parlé des centaines de morts et de blessés du siège de 1690 se sont joliment éloignés de la vérité. Le mot bluff n'était probablement pas encore en usage en l'an de grâce 1690 mais, sûrement, ce qu'il désigne était d'usage courant.
Source: Ernest Myrand, Sir William Phipps devant Québec.
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