‹ La ville de Québec sous le régime françaisChapitre 253 sur 275 · UN HÉROS DU SIÈGE DE QUÉBEC · texte numérisé non relu

UN HÉROS DU SIÈGE DE QUÉBEC

E véritable héros du siège de Québec en 1690 fut Jacques

Lemoyne de Sainte-Hélène. Les nombreuses relations du

— siège ne tarissent pas d'éloges sur sa bravoure, son adresse, son activité. Malheureusement, l'attaque de Phipps sur Québec devait priver la Nouvelle-France des services de ce valeureux guerrier.

Jacques Lemoyne était né à Montréal le 16 avril 1659, du mariage de Charles Lemoyne et de Catherine Primot. Il prit son surnom de Sainte-Hélène, de l'île Sainte-Hélène, en face de Montréal. Jacques Lemoyne était le frère de Charles Lemoyne, premier baron de Longueuil, de Pierre Lemoyne d'Iberville, de Paul Lemoyne de Maricourt, de Joseph Lemoyne de Sérigny, de Louis Lemoyne de Châteauguay, de Jean-Baptiste Lemoyne de Bienville et de Gabriel Lemoyne d'Assigny. On a appelé avec raison les frères Lemoyne les Machabées de la Nouvelle-France.

Lemoyne de Sainte-Hélène embrassa de bonne heure la carrière des armes et eut la gloire de former à ce métier son frère, Lemoyne d'Iberville, le Jean Bart du Canada.

Lors du mariage de Lemoyne de Sainte-Hélène avec Jeanne Dufresnoy Carion, en 1684, Mp de Laval, écrivant à M. Dollier de Casson, lui rendait un beau témoignage:

" Il n'y a personne, disait-il, qui ne doive prendre part à la bonne fortune que la bonne Providence de Dieu, à ce qu'il y a tout lieu de croire, lui envoie, lorsqu'on regarde comme une récompense la fidélité, ainsi qu'on m'en assure, qu'il a toujours eue de ne point abuser de la traite des boissons aux Sauvages et d'en user avec crainte de Dieu, ce qui fait que j'ai de la joie à pouvoir contribuer pour ma part en quelque chose à l'heureux établissement que je lui souhaite et que j'espère, s'il continue à vivre dans la crainte du Seigneur..."

Dans l'expédition contre les Tsonnontouans, en 1687, Lemoyne de Sainte-Hélène avait le commandement de trois cents Sauvages chrétiens. Ces Sauvages se battirent tantôt à la française, tantôt à la sauvage. Ils contribuèrent grandement au succès

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de l'expédition grâce à la sage direction que leur donna Lemoyne de Sainte-Hélène.

Mais c'est au siège de Québec par Phipps que le brave Lemoyne de Sainte-Hélène devait se couvrir de gloire.

Il descendit à Québec avec le contingent des miliciens de Montréal dans les premiers jours d'octobre 1690. Il se trouvait donc dans la capitale avec son frère, M. Lemoyne de Longueuil, quand les vaisseaux anglais jetèrent l'ancre presque en face de la ville.

Lemoyne de Sainte-Hélène était un merveilleux tireur au fusil. Il était aussi très habile pointeur au canon. Lës canonniers manquaient à Québec, et il rendit de grands services aux batteries d'artillerie. Les meilleurs coups de canon, d'après la plupart des relations, furent tirés par lui.

Dans l'après-midi du vendredi, 20 octobre, pendant que Phipps délibérait avec son principal lieutenant, Walley, sur le peu de succès de leur entreprise et l'opportunité de lever le siège, un petit corps de Français et de Canadiens, sous les ordres des frères Lemoyne de Longueuil et Lemoyne de Sainte-Hélène, attaquait le corps de troupe anglais débarqué sur les grèves de Beauport et qui s'était avancé jusqu'à la rivière Saint-Charles. L'escarmouche fut longue et opiniâtre.

C'est dans cet engagement que le brave Lemoyne de Sainte- Hélène eut la jambe cassée par une balle anglaise. Il fut immédiatement transporté à l'Hôtel-Dieu où, malgré les bons soins reçus, il mourut le 4 décembre 1690.

La consternation fut générale dans tout le pays. Le Père de Charlevoix écrivait quelques années plus tard :

" Monsieur de Sainte-Hélène fut regretté de toute la colonie, qui perdit en lui un des plus aimables cavaliers et un des plus braves hommes qu'elle ait jamais eus. Les Sauvages d'Onnontagué qui affectionnaient d'une manière particulière la famille Lemoyne et qui l'avaient adoptée, envoyèrent, suivant un usage de leur nation, un collier de porcelaine pour pleurer la mort de Sainte- Hélène. Ils firent accompagner celui qu'ils nommèrent pour cette cérémonie par deux femmes du village de la Montagne, qu'ils retenaient prisonnières et auxquelles ils rendirent la liberté en cette occasion."

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