LA CARRIÈRE DE SIR WILLIAM PHIPPS
m William Phipps n'était peut-être pas un grand chef militaire,
mais, en 1690, il avait déjà un passé assez remarquable.
Parti de la plus basse classe de la société, il avait eu le mérite de se faire lui-même, grâce à son énergie indomptable.
Cotton Mather, contemporain et ami de sir William Phipps, a retracé sa vie avec grand soin. M. Benjamin Suite a résumé le travail de Cotton Mather dans les lignes suivantes :
" La famille de notre personnage habitait Woolwich, sur la côte du Maine. Le père était armurier, aussi forgeron, taillandier, faiseur de clous, etc., comme tous les ouvriers de son temps. Il avait vingt et un fils et cinq filles. Le petit William, né en 1651, se disait attiré vers la mer et bientôt il devint apprenti, charpentier de navire, genre goélette, barques et pinasses. Il apprit à lire, écrire, compter, durant cette période, puis, son temps d'épreuve terminé, il se dirigea du côté de Boston, entreprit de construire un bâtiment, se maria, réussit à merveille dans son métier, dessina un navire pour lui-même, le construisit, le gréa et l'ayant chargé de bois de service, le conduisit en Angleterre. Ce commerce l'occupa une dizaine d'années avec profit.
" Comme navigateur il était cité avec éloge. Un jour, on lui parlait d'une riche cargaison naufragée et considérée comme perdue aux îles Bahama; il conçut l'idée de repêcher ces marchandises, équipa un vaisseau dans ce but, composa un corps de matelots qu'il dressa aux exercices nécessaires pour opérer ce sauvetage et, après des travaux ardus, des efforts souvent infructueux, rentra à Boston chargé du produit de sa trouvaille.
" Son énergie dépassait la dose ordinaire de celle des marins. Avec cela, il était inventeur d'appareils nautiques. Vers 1683, il entendit dire qu'un galion espagnol portant des lingots d'or et d'argent avait péri dans une baie du voisinage de la Plata ; tout de suite il passa en Angleterre, y forma une compagnie d'actionnaires, construisit des machines spéciales pour la recherche du trésor en question, et le roi Charles II lui confia un navire avec près de
Page 505
cent hommes d'équipage. L'histoire de cette campagne est longue et nous montre le courage, l'esprit plein de ressources du ci-devant charpentier. Il retourna à Londres avec trois cent mille louis sterling du précieux métal, que les actionnaires eurent le plaisir de se partager, lui laissant vingt mille louis pour sa peine. Le roi le fit chevalier.
" Bientôt après il forma une compagnie maritime mais on l'envoya grand shérif de la Nouvelle-Angleterre, d'où il fut rappelé en 1689 lorsque Guillaume d'Orange monta sur le trône. C'est alors qu'il devint amiral.
" En 1690, il fit l'expédition de Québec.
" Après cela Phipps fut gouverneur du Massachusetts, puis il retourna en Angleterre et y décéda en 1695, âgé de quarante-quatre ans.
" Un petit-fils de Phipps épousa une Mulgrave, de haute noblesse, et reçut le nom de Mulgrave qui est encore dans les classes dirigeantes du royaume, comme aussi la branche de Normanby issue de Phipps-Mulgrave."
Source: Benjamin Suite, Mélanges Historiques, dixième série.
Page 506