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JOURS D'ALLÉGRESSE ET D'ACTIONS DE GRÂCES

alarme fut si grande et si générale à Québec quand, le 16

octobre 1690, les vaisseaux de Phipps vinrent se ranger

— devant la ville, que la population, malgré l'optimisme du gouverneur Frontenac et de ses lieutenants, mit son espoir presque uniquement en la Providence. L'église paroissiale, pourtant très exposée aux boulets ennemis, resta ouverte tout le temps du siège, et elle était toujours remplie de fidèles qui venaient demander aide et protection à la Sainte-Famille dont on avait suspendu la peinture au clocher. Aussi quand les vaisseaux anglais laissèrent le port de Québec, l'allégresse et la reconnaissance furent dans tous les cœurs.

La Mère Juchereau de Saint- Ignace, annaliste de l' Hôtel- Dieu, termine son récit du siège de Québec en écrivant:

" Nous n'avons pu donner une juste idée de la consternation que nous causa la venue des Anglais, ni des assauts que nous eûmes pendant le siège par les différentes alarmes que l'on prit de tout ce que l'on craignait ; mais il ne nous est pas plus possible d'exprimer la joie de toute la colonie quand on les vit partir en désordre. On avait de la peine à se persuader qu'ils se retirassent, et dès qu'on ne les vit plus on pensa aux moyens de rendre à Dieu des actions de grâces publiques, Monsieur le comte de Frontenac fut un des plus zélés pour en marquer sa reconnaissance. Il fit chanter le Te Deum dans la cathédrale avec toute la solennité requise. On fit après une procession magnifique dans toutes les églises de Québec ; on leur porta l'image de la très sainte Vierge en triomphe, comme notre libératrice, qui avait vaincu nos ennemis. Tout retentissait des louanges de la Reine des anges et des hommes qui venait de nous donner des témoignages si singuliers de sa maternelle protection. On établit la fête de Notre-Dame de la Victoire dans l'église de la basse ville pour mémoire éternelle de la défaite des Anglais. M. de la Colombière, archidiacre, y prêcha avec son éloquence ordinaire, et en fidèle serviteur de Marie, sur les obligations que lui avait la Nouvelle-France et ce qu'on devait faire pour en mériter

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la continuation. On lui attribua toute la gloire de cette victoire, sans parler de la prudence des gouverneurs, de la valeur des officiers, ni de la bravoure des soldats et des habitants, ce que pas un ne trouva mauvais, tant on était persuadé qu'Elle seule avait repoussé nos ennemis. La dévotion envers Marie s'augmenta beaucoup en ce pays."

La Mère Juchereau de Saint-Ignace parle ensuite des dévotions faites à Québec pour remercier la Vierge de son puissant secours.

" Nous fîmes entre nous quantité de dévotions pour remercier Notre-Seigneur et sa Sainte Mère du bienfait que nous en avons reçus. Nous demandâmes à Monseigneur l'évêque d'instituer chez nous la fête du Sacré-Cœur de Marie, ce qu'il nous accorda et nous en expédia la patente le 15 novembre 1690. Nous célébrâmes cette fête pour la première fois le 3 juillet 1691 avec les prières des Quarante-Heures.

" Messieurs de la Congrégation, comme particulièrement dévoués au service de la Mère de Dieu, voulurent aussi donner des marques éclatantes de leur reconnaissance. Ils fondèrent, à perpétuité, dans la cathédrale de Québec, une messe du Saint-Sacrement, le lendemain des cinq principales fêtes de la Très Sainte Vierge. La première fois qu'on la chanta ce fut le 16 août 1691. M. Glandelet y fit un sermon ..."

De son côté, la Mère Bourdon de Sainte- Agnès, annaliste des Ursulines, dit :

" On ne savait comment témoigner sa gratitude à la divine Majesté, reconnaissant que c'était un coup de sa puissance qui nous avait délivrés et que nous n'avions aucune part à cette victoire. Pour cet effet, Monseigneur ordonna une procession générale d'actions de grâces; le dimanche dans l'octave de la Toussaint, 5 novembre, l'on porta l'image de la sainte Vierge aux quatre églises où l'on fut en station, et l'on chanta le Te Deum à la cathédrale. On fit aussi un feu de joie ce même soir."

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