‹ La ville de Québec sous le régime françaisChapitre 256 sur 275 · PORTEUR DE BONNES NOUVELLES · texte numérisé non relu

PORTEUR DE BONNES NOUVELLES

Ioutes les relations canadiennes de l'attaque de Phipps

contre Québec nous disent qu'aussitôt après la levée du

siège, le gouverneur Frontenac envoya un vaisseau en France pour annoncer au roi la victoire qu'il venait de remporter sur les Anglais.

Quel fut le messager de ces bonnes nouvelles ? Le gouverneur Fronténac avait un faible pour ce gascon de baron de La Hontan qui faisait pourtant plus de tapage avec sa plume qu'avec son épée, et c'est lui qu'il choisit pour cette mission agréable, au détriment de plusieurs officiers canadiens qui s'étaient distingués pendant le siège.

Il faut lire dans ses lettres si caustiques et si pleines d'esprit, avec quel contentement La Hontan apprit qu'il avait été choisi entre tous pour se rendre en France.

Il nous fait savoir d'abord que, les Anglais à peine partis de la rade de Québec, un froid excessif se déclara, et que la glace endommagea à tel point les navires restés dans le port, qu'on fut obligé de les échouer dans le Cul-de-Sac afin de ne pas les perdre. Puis il continue:

" Cette gelée était un grand contretemps pour M. de Frontenac; tout rempli de son glorieux succès il était dans l'impatience d'en informer le Roi et il ne doutait pas que cette affaire ne lui fît beaucoup d'honneur à la Cour. Au lieu donc qu'il aurait souhaité de dépêcher un courier ailé, si la chose était possible, et s'il y avait un Mercure autre part que dans le pays des fables, il se voyait reculé jusqu'au printemps prochain pour mander à Versailles l'échaufïourée des Anglais, grande mortification pour un homme en place et pour un bon courtisan. De mon côté, sans vouloir faire comparaison avec notre gouverneur, je n'étais pas moins chagrin que lui, et me croyant obligé de me morfondre encore cet hiver en Canada, je donnais des bénédictions à rebours au dieu Borée et à sa bise précoce. Nous en fûmes quittes pour la peur néanmoins ; une pluie imprévue et qui produisit un dégel nous mit hors d'intrigue: M. de Frontenac prenant avidemment l'occasion fit aussitôt

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gréer et appareiller une frégate désagrée et ses ordres furent exécutés avec tant de diligence qu'en moins de deux ou trois heures le lest, les voiles, les cordages, les mâtures, enfin tout le vaisseau fut en état. Je lorgnais ce préparatif et j'avais un pressentiment que je n'y aurais pas la moindre part. J'étais même bien résolu de presser fortement mon congé si l'on ne me l'offrait pas dès que la frégate serait équipée. Mais M. le gouverneur général me prévint. Il me dit qu'il avait jeté les yeux sur moi pour porter à la Cour la nouvelle de l'entreprise des Anglais; que c'était une bonne occasion pour me faire connaître, pour rétablir mes affaires domestiques et pour avancer ma fortune; mais qu'il fallait tâcher de faire un voyage qui fût court et bon, que le plus tôt que je pourrais arriver en France ce serait le meilleur et surtout que je devais m'armer de courage et prendre la résolution de périr plutôt que de me rendre à quelque vaisseau des ennemis, ou de relâcher en quelque port que ce fût."

C'est à bord de la frégate la Fleur de May, capitaine Jean Gancleau, que La Hontan se rendit en France. Elle partit de Québec le 29 novembre 1690.

Un voyage en France à une saison si avancée était une entreprise risquée. Le capitaine Gancleau ne voulut pas l'entreprendre sans garantie, mais Frontenac avait une hâte si fébrile d'informer le roi de son succès qu'il consentit aux conditions du prudent capitaine.

Nous trouvons ces conditions dans un acte du notaire Gilles Rageot du 25 novembre 1690. Si la Fleur de May arrivait à La Rochelle sans encombre, le capitaine Gancleau devait recevoir quatre mille livres en une lettre de change sur le trésorier de la Marine à Rochefort. Si le vaisseau ne se rendait pas à bon port, qu'il fût pris par les ennemis ou perdu par les glaces ou le mauvais temps, Gancleau avait droit à neuf mille cinq cents livres.

Le voyage fut profitable au capitaine Gancleau, car il se rendit en France assez facilement. La Fleur de May arriva à La Rochelle avant le 12 janvier 1691.

Signature de Jean Gancleau

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