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L'INGÉNIEUR LEVASSEUR DE NÉRÉ ET LES FORTIFI- CATIONS DE QUÉBEC

DÈS son arrivée à Québec, à l'automne de 1693, l'ingénieur Levasseur de Néré leva le plan des fortifications de la ville, pour l'envoyer au ministre.

M. de Frontenac n'ignorait pas que les Anglais songeaient toujours à prendre leur revanche de la défaite qu'il leur avait infligée en 1690. Aussi il ne négligeait rien pour mettre la capitale à l'abri de leurs attaques. Après s'être consulté avec M. Levasseur de Néré, il décida d'entourer toute la ville d'un rempart en terre, de construire une forte redoute sur le cap aux Diamants, et d'ériger des batteries à la basse ville. Ces travaux considérables demandaient de la diligence et beaucoup d'économie, à cause des ressources dont il pouvait disposer. On décida de taxer les habitants de Québec en argent ou en provisions; quant à ceux des campagnes on leur demanda des corvées.

Dès le printemps de 1695, on se mit résolument à l'œuvre sous la conduite de Levasseur de Néré. A l'automne, l'ingénieur envoyait au ministre les plans et profils des fortifications de Québec, et l'état de la dépense à faire pour les mettre en bon état. Le ministre trouva que les travaux avaient trop d'ampleur. Dans sa lettre du 27 mai 1696, il priait l'ingénieur Levasseur de Néré de ne pas tomber dans les errements qui avaient fait rappeler son prédécesseur, le sieur de Villeneuve.

En 1698, M. Levasseur de Néré présentait au ministre un plan des ouvrages qu'il jugeait très nécessaires de faire à Québec. Plusieurs étaient d'une indispensable nécessité, comme celui de la construction d'un magasin aux poudres dans un endroit plus approprié, et de l'achèvement d'un puits dans la grande place de la haute ville, afin d'avoir de l'eau en cas de feu, etc, etc.

De 1698 à 1701, Levasseur de Néré rédigea mémoires sur mémoires pour convaincre le ministre de la nécessité de refaire les fortifications de Québec. Enfin, après de nombreuses correspondances et l'envoi de plusieurs plans, le 31 mai 1701, le ministre

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informait l'ingénieur que ses plans pour fortifier la capitale étaient acceptés. Il devait être dépensé pour cet objet 20,000 livres par année. Les habitants devaient aider aux travaux par des corvées.

On commença les travaux des fortifications en 1702. Ils se poursuivirent d'année en année. En 1708, on fait des reproches à Levasseur de Néré. Dans leur lettre du 14 novembre 1708, MM. de Vaudreuil et Raudot s'objectent aux redoutes qu'il veut construire. Ils trouvent ces ouvrages dispendieux et inutiles. En 1709, nouvelles doléances des MM. Raudot père et fils contre M. Levasseur de Néré qui ne veut pas mettre ses plans et projets par écrit, sous le prétexte que le tout est dans sa tête.

Le 15 novembre 1709, MM. Raudot reviennent à la charge contre l'ingénieur en chef de la Nouvelle-France. Leurs plaintes peuvent se résumer comme suit : Les fortifications de Québec que dirige M. Levasseur de Néré ont trop d'étendue. Ne pouvant disposer que de 2,000 hommes, il est inutile et même nuisible de faire des fortifications qui requièrent 8,000 hommes pour les défendre. Cela obligera à dégarnir tout le pays pour défendre Québec et exposera Montréal à un coup de main. Il en est de même pour les fortifications de Montréal et des Trois-Rivières. Chacune de ces villes devrait être fortifiée suivant le nombre de ses défenseurs dans ces divers gouvernements. Les murailles de Québec sont si épaisses qu'elles conviendraient à une ville de Flandre. Tout cela a coûté cher et inutilement, car il serait mieux de réduire la ville à ses anciennes fortifications. Si hardie que puisse paraître cette disposition, ils la soumettent et elle est conforme au sentiment de tous. Le sieur Levasseur de Néré, qui passe en France, ne manquera pas de soutenir ce qu'il a fait par toutes sortes de bonnes raisons. Ils terminaient en priant le ministre d'envoyer un ingénieur de mérite pour donner son sentiment.

En 1712, le roi permettait à M. Levasseur de Néré, revenu en France depuis l'automne de 1709, de laisser son emploi d'ingénieur, tout en conservant la compagnie des troupes du détachement de la marine qu'il avait obtenue en 1694.

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