LE COUVENT DES RÉCOLLETS À LA HAUTE VILLE
Ies Récollets établis à Notre-Dame des Anges depuis 1615, ne tardèrent pas à constater, à mesure que la population augmentait, que leur couvent était trop éloigné de la ville. Le peuple, désireux de profiter de leur ministère, pouvait difficilement se rendre chez eux. Ils songèrent donc à se rapprocher de lui. Encouragé par le gouverneur Frontenac, ils firent des démarches pour établir un couvent ou tout au moins un pied à terre dans la ville même.
Le 28 mai 1681, le roi de France accordait aux Récollets une place située en la haute ville, sur laquelle était ci-devant bâtie la maison de la Sénéchaussée royale. Ils prirent possession de ce terrain le 30 juillet 1681.
Les Récollets, après bien des négociations avec IVF de Saint- Vallier, qui ne se souciait pas de les voir s'établir au cœur même de la ville, obtinrent la permission de bâtir un petit hospice qui prit le nom de couvent du Château, à cause de sa proximité du château Saint-Louis.
En 1692, M*1 de Saint- Vallier, désireux d'établir son Hôpital général dans le couvent même de Notre-Dame des Anges, entra en transactions avec les Récollets. Ceux-ci consentirent à lui abandonner leur couvent avec toutes ses dépendances, moyennant une somme de seize mille livres payée comptant, une autre somme de neuf mille livres payable en cinq versements et différents autres avantages. De plus, l'évêque de Québec leur permettait d'établir un couvent régulier à la haute ville. Il leur disait (4 septembre 1692) :
** Nous pour leur témoigner notre gratitude et bienveillance leur avons permis et accordé, permettons et accordons aux religieux d'établir leur couvent régulier dans la ville de Québec, et d'y vivre en communauté, d'y chanter l'office divin publiquement, et d'y faire toutes les fonctions qu'ils ont coutume de faire en toutes leurs autres maisons et couvents de la province de Paris, leur permettant spécialement, comme ils nous l'ont demandé, d'exposer le
T. S. Sacrement aux jours des fêtes de saint François, leur fondateur, de Notre-Dame des Anges et de saint Antoine de Pade, leur titulaire. . ."
La première pierre du couvent et de l'église des Récollets à la haute ville fut posée le 14 juillet 1693, comme en témoigne l'inscription suivante (traduction) : " D. O. M. L'an du Seigneur 1693, le 14me jour de juillet, en la fête solennelle du séraphique Bonaventure, Innocent XII occupant le siège du souverain pontife, sous le règne du roi très chrétien Louis XIV le Grand, à la gloire éternelle de Dieu, à l'honneur de la Vierge, mère de Dieu, à la louange du séraphique Père François, sous l'invocation expresse du céleste Antoine de Padoue, l'Illustrissime et Révérendissime seigneur Jean de la Croix de Saint- Vallier, second évêque de Québec, en vue de la réédification d'une nouvelle église et d'une maison en faveur des Frères Mineurs Récollets, pour remplacer l'ancien couvent de Notre-Dame des Anges des mêmes Frères,échangé et transformé en hôpital par sa grande charité et sa piété, après libre concession des mêmes Frères, posa cette première pierre de cette église et de ce couvent de saint Antoine de Padoue."
L'hospice ou couvent du Château, c'est-à-dire le premier corps de logis des Récollets à la haute ville, s'élevait sur la partie nord-est du terrain actuel de la cathédrale anglicane. L'église et le couvent dont la construction fut commencée en 1693 étaient contigus à ce premier corps de logis, et formaient avec lui un carré complet qui renfermait une cour très spacieuse. Le clocher et l'entrée de l'église des Récollets se trouvaient au point précis de la grande porte actuelle du palais de justice, coin de la Place d'Armes et de la rue Saint-Louis.
Au dire du Père de Charlevoix, l'église des Récollets était digne de Versailles.
L'église et le couvent des Récollets furent détruits par un incendie, le 6 septembre 1796. Les Récollets n'ayant pas eu la permission de se perpétuer après la conquête, étaient, pour lors, presque tous disparus.
C'est dans l'église des Récollets qu'avaient été inhumés les gouverneurs Frontenac, Callières, Vaudreuil et la Jonquière. Leurs cendres furent placées dans les caves de la cathédrale de Québec peu après l'incendie du 6 septembre 1796.
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