‹ La ville de Québec sous le régime françaisChapitre 268 sur 275 · LA RÉÉDIFICATION DU CHÂTEAU SAINT-LOUIS · texte numérisé non relu

LA RÉÉDIFICATION DU CHÂTEAU SAINT-LOUIS

DÈS 1685, année de son arrivée à Québec, le gouverneur de Denonville parlait dans une lettre au ministre du mal nommé château Saint-Louis, construit en bois, tombant en ruine et exposé à être détruit par le feu d'un instant à l'autre.

Sept ans plus tard, en 1692, le gouverneur de Frontenac écrivait à son tour: " Les murailles (de l'enceinte du Fort) menacent ruine et sont sans défense, flancs ni parapets. . . Ce ne sera pas sans besoin qu'on construira un nouveau corps de logis, et je serai bien heureux de pouvoir attendre qu'il soit achevé sans être accablé sous les ruines de l'ancien, en étant à la veille toutes les fois qu'il fait quelque gros vent."

L'année suivante, en 1693, M. de Frontenac fit démolir les murs édifiés par M. de Montmagny et les fit remplacer par des murailles de seize pieds de hauteur.

" Enfin, en 1694, le vieux château Saint-Louis édifié par M. de Montmagny fut démoli jusqu'aux fondements, et l'on commença aussitôt, sur les anciennes bases, la construction d'un vaste bâtiment à deux étages, avec deux avant-corps faisant légèrement saillie du côté du fleuve, et trois avant-corps (aux angles et au centre) donnant sur la cour intérieure."

M. de Frontenac, alors âgé de près de soixante-quinze ans, dirigea lui-même les travaux de reconstruction avec l'ardeur juvénile qu'il mettait à toutes les tâches qu'il entreprenait. Il devait mourir dans ce château le 28 novembre 1698.

Bacqueville de la Potherie fait la description suivante, vers 1700, du château Saint-Louis bâti par le comte de Frontenac :

" Le château est sur le bord d'une grande côte escarpée, de trente toises. Il est irrégulier dans sa fortification, ayant deux bastions du côté de la ville, sans aucun fossé. La maison du gouverneur général est de cent vingt pieds de long, au-devant de laquelle est une terrasse de quatre-vingts pieds qui a la vue sur la basse ville et sur le canal. Ce bâtiment est fort agréable, tant pour ses dedans que pour ses dehors, à cause des pavillons qui forment

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des avant et arrière-corps. Il est à deux étages; il y manque encore un pavillon de trente-trois pieds de long.

" Il y a une batterie de vingt-deux embrasures à côté de cette maison, partie dans l'enceinte et partie au dehors, qui commande la basse ville et le fleuve. A quatre cents pas au-dessus est le cap au Diamant, de quatre-vingts toises de haut, sur lequel est une redoute qui commande le Fort, la haute ville et toute la campagne.

" Au-dessous du cap, en tirant au nord-ouest à l'extrémité de la haute ville, est un cavalier revêtu de pierre, sur lequel on peut mettre plusieurs pièces de canon, qui commandent la campagne, dans le milieu duquel est un moulin. On a fait un nouveau bastion qui met la ville à l'abri de l'insulte des ennemis.

" Le gouverneur général a huit mille sept cent quarante-huit livres pour sa compagnie des gardes, composée d'un capitaine, d'un lieutenant, d'un cornette et de dix-sept carabins. La garnison du château, que les Fermiers du Canada entretiennent, est composée de deux sergents et de vingt-cinq soldats. Ils ont trois mille sept cent soixante et dix livres et quatre cent quatre-vingts livres pour leur bois et leurs souliers."

C'est ce château construit par M. de Frontenac de 1694 à 1697 et réparé par le gouverneur Murray en 1764, et par le gouverneur Craig, de 1808 à 1811, qui fut incendié en 1834.

En résumé, le fort Saint-Louis fut habité par MM. de Champlain et de Montmagny avant la construction du corps de logis ou édifice connu sous le nom de château Saint-Louis. Ce dernier bâtiment fut habité par les gouverneurs d'Ailleboust, de Lauzon, d'Argenson, d'Avaugour, de Mézy, Courcelles, Frontenac, la Barre et Denonville. Quant au second château Saint-Louis, il fut habité, sous le régime français, par les gouverneurs de Frontenac, de Callières, Philippe de Vaudreuil, de Beauharnois, la Galissonnière, la Jonquière, Duquesne et Pierre de Vaudreuil Cavagnal.

Sources: Ernest Gagnon, Le Fort et le Château Saint-Louis; Bacqueville de la Potherie, Histoire de l'Amérique Septentionale.

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