LES URSULINES À LA HAUTE VILLE
1e 15 janvier 1637, la Compagnie de la Nouvelle-France avait concédé à Jean Beauvais, commissaire de la marine du ~* Ponent, la quantité de douze arpents de terre dans la ville de Québec, au lieu qui serait jugé commode pour construire une église et un monastère de religieuses, qui se dévoueraient à l'instruction des jeunes filles françaises et sauvages de la Nouvelle- France. Jean Beauvais agissait ici pour les Ursulines. Dans l'acte de concession il n'est pas question des Ursulines, mais M. Beauvais déclare qu'il se réservait de nommer l'ordre de religieuses qui se chargeait de la fondation " dans quelque temps."
C'est sur ce terrain accordé à M. Beauvais le 15 janvier 1637, que madame de la Peltrie posa, au printemps de 1641, la première pierre du monastère des Ursulines.
La construction marcha assez lentement. Il avait fallu abattre les arbres sur une bonne partie du terrain, de plus le prix des matériaux était élevé et la main-d'œuvre très rare. Les Ursulines n'étaient pas riches et ne comptaient pour ainsi dire que sur les générosités de madame de la Peltrie.
Enfin, le 21 novembre 1642, les Ursulines quittaient leur réduit de la basse ville pour prendre possession de leur monastère de la haute ville. Au lever du soleil, la petite troupe, conduite par le Père Vimont, supérieur des Jésuites, et M. Faulx, chapelain du monastère, gravissait lentement le raboteux sentier de la côte la Montagne pour se rendre au nouvel édifice. Réunies dans la petite chapelle non encore terminée, les Ursulines assistèrent à une grand'messe d'actions de grâces, durant laquelle elles chantèrent des hymnes en langue sauvage, et firent la sainte communion.
" Que de prières ferventes, que d'aspirations de gratitude s'élançaient de ces cœurs vers le ciel, dit le Vieux Récit. Leur joie était à son comble, et cependant qui peut dire les incommodités que les Ursulines eurent à souffrir dans cette nouvelle demeure ? Il n'y avait de terminé que les planchers de bas et quelques cloi-
sons; les planchers de haut consistaient tout simplement en madriers posés sur les poutres."
L'hiver de 1642-1643 fut très dur pour les Ursulines. Aucun poêle n'était monté dans l'édifice. Les cheminées, seules, donnaient une chaleur intermittente et bien insuffisante. La chronique dit que les religieuses, pour se prémunir contre le froid, s'étaient fait faire des coffres de bois, garnis à l'intérieur de serge ou de drap, dans lesquels elles se réfugiaient pour passer la nuit.
Les Ursulines avaient bien quelques pensionnaires françaises, mais le pays était si pauvre que toutes payaient leur pension en nature. On conserve au monastère des comptes et reçus qui montrent comment les religieuses étaient rétribuées pour la pension et l'instruction de leurs élèves. Citons-en un de 1646 pour la pension d'une jeune fille appartenant à une des principales familles du pays. Le père donna pour sa fille: le 13 janvier, 3K cordes de bois de chauffage; le 6 mars, 4 cordes de bois de chauffage; le 13 mars, 12 livres de beurre; le 13 novembre, 1 cochon gras, 1 baril de pois et 1 baril d'anguilles salées.
Les ouvriers qui travaillaient à terminer le monastère avaient besoin de leur argent, de sorte que les Ursulines ne pouvaient les employer que quand elles en recevaient elles-mêmes.
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