LA MÈRE MARIE DE L'INCARNATION
mule de sainte Jeanne de Chantai, qu'elle rappelait non seulement par la mâle beauté des traits et la noblesse de la démarche, mais encore par la fermeté invincible jointe à une inaltérable douceur, par la piété tendre et par le génie, Marie Guyard, vénérée sous le nom de Marie de l'Incarnation (1599- 1672), veuve à dix-neuf ans, eut le rare courage de quitter pour Dieu, quelques années après, un fils tendrement aimé et qui n'avait que douze ans.
" Bientôt (1639) elle met entre elle et ce cher fils l'océan, barrière difficile à franchir, surtout alors; elle ne le re verra jamais. Mais, fécondité admirable du sacrifice, cette séparation cruelle a donné le jour à ce noble monastère des Ursulines, honneur du vieux Québec, d'où sont sorties tant de femmes remarquables, éducatrices distinguées, mères chrétiennes, auxquelles le Canada doit des générations vigoureuses de soldats, d'orateurs, de prêtres, défenseurs de ses libertés, de ses lois et de sa foi. Et que de lettres tombées de la plume féconde et diserte de la vénérable religieuse, précieuses à la fois pour la religion et pour l'histoire! C'est grand dommage vraiment que, des centaines qu'elle écrivit chaque année pendant trente ans, un si petit nombre ait été conservé.
" Celles qui nous restent ont été publiées par dom Claude Martin, le fils de Marie de l'Incarnation, devenu enfant de saint Benoit. On ne saurait trop regretter que, pour les plier à une division artificielle en lettres spirituelles et lettres historiques, il se soit permis de les retoucher, de les corriger et même de les mutiler. Un autographe conservé à la bibliothèque Mazarine et publié par les Études, au mois de juin 1906, nous édifie amplement sur cette méthode trop en honneur au dix-septième siècle. Toutefois il n'a pas réussi à les gâter, et, en les comparant à la Vie de sa mère, qu'il a écrite, un bon juge en ces matières, dom Guéranger, n'hésite pas à dire que, même comme écrivain, la mère est bien supérieure au fils.
" Marie de l'Incarnation est considérée par les historiens
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comme une des femmes les plus distinguées de son siècle. Charlevoix, Ferland, louent à l'envi l'élévation de sa pensée, sa pénétration, son esprit d'observation, la solidité de son jugement, cette noble simplicité de style où peu d'écrivains parviennent.
" Mais ce n'est là que le côté humain. Qui ne sait que cette âme, — IVP de Laval lui-même en rend témoignage, — était élevée au degré le plus sublime de l'oraison, qu'elle reçut, cinquante ans avant sainte Marguerite-Marie, la révélation de la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus, et la pratiqua ensuite tous les jours de sa vie ? Sa lettre du 16septembre 1661, où elle dit qu'elle fut favorisée de cette grâce trente ans auparavant, en reste un témoin irréfragable.
" Bossuet admirait assez sa sainteté pour la nommer, dans son Instruction sur les états d'Oraison, la " Thérèse de nos jours et du Nouveau-Monde." Déjà longtemps auparavant le nom de " seconde sainte Thérèse," lui avait été donné par M. de Bernières. Et, plus tard, le célèbre M. Emery, dans une lettre à M^ Plessis, ne parle pas autrement. M? de Laval, en France à la mort de la sainte religieuse (1672), en écrit à la supérieure des Ursulines de Québec un magnifique éloge dont je ne puis détacher que ces quelques lignes :
" Le témoignage que nous en pouvons rendre est qu'elle était ornée de toutes les vertus dans un degré très éminent, surtout d'un don d'oraison si élevé, et d'une union avec Dieu si parfaite qu'elle conservait sa présence au milieu de l'embarras des affaires les plus difficiles et les plus distrayantes . . . Nous ne doutons pas que ses prières n'aient obtenu en grande partie les faveurs dont jouit maintenant l'Église naissante du Canada."
Source: Souvenir des fêtes du 21-23 juin 1908 à Québec, article de l'abbé H. -A. Scott.
Signature de Marie de l'Incarnation
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MME, D.E LA PELTRIE.